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Schwimmer

INJECTIONS WERCURIELLES SOLUBLES.

remèdes, en somme, n'en font qu'un ; c'est toujours le mercure sous des formes diverses, c'est toujours le mercure en des combinaisons variées.

Puis, entre tant et tant de remèdes, lequel choisir? Chaque formule nouvelle d'injection mercurielle (soluble ou insoluble, n'importe) n'a jamais manqué de s'annoncer comme « supérieure à toutes les autres » , supérieure en tant qu'effets thérapeutiques, supérieure en tant que degré de tolérance. Chaque formule nouvelle d'injection s'est dite « destinée à se substituer dorénavant à toute autre ». Il faudrait s'entendre cependant; toutes ne peuvent être (( la meilleure ». En sorte qu'aujourd'hui nous ne sommes rien moins que renseignés sur la valeur absolue de tous ces nouveaux remèdes. Encore moins sommes-nous édifiés sur leur valeur relative, sur leurs effets thérapeutiques actuels ou d'avenir, sur leur appropriation à telle ou telle forme d'accidents, à telle ou telle modalité morbide, etc. Un travail de revision s'impose donc pour la détermination de tous ces multiples et difficiles problèmes; et, forcément, il ne peut être, il ne sera que le résultat d'une longue et patiente observation.

Quant à présent, il n'est guère que trois formules qu'on puisse dire éprouvées^ j'entends dont les avantages, comme les inconvénients, aient été fixés par une expérience suffisante. Ce sont :

i^La formule de Lemn, constituée comme il suit :

"if Bichlorure d'hydrargyre .... 5o contigr.

Chlorure fie sodium i gramme.

Eau distillée 100 grammes.

Cette solution est dosée de telle sorte qu'une seringue de Pravaz ordinaire, c'est-à-dire de la capacité d'un gramme, contient exactement cinq milligrammes de bichlorure * .

2° La solution de peplone merciirique ammoniqae, dite encore solution de Delpech.

C'est une solution dans la glycérine et l'eau d'un

T. Tout récemment, un médecin militaire des plus distingués, M. le D' Burlureaux, professeur agrégé au Val-de-Gràce, vient de proposer un nouveau procédé d'injections au sublimé, sous forme d'injections huileuses.

« L'huile, dit-il, est un excellent véhicule pour tous les médicaments qu'elle peut dissoudre. Elle est plus facilement digérée par la peau que l'eau, la vaseline liquide ou tous autres véhicules auxquels on a incorporé le mercure ou les sels mercuriels; et, d'autre part, c'est un aliment de premier ordre qui ne peut être que fort utile aux syphilitiques. » La difficulté était de dissoudre le sublimé dans l'huile. On n'y réussit que par un stratagème qui consiste à faire dissoudre d'abord le sublimé dans l'éther, puis à mélanger cette solution à une certaine quantité d'huile. — U importe de faire usage d'huile stérilisée, privée d'acide et filtrée. — La solution proposée par le D'' Burlureaux est à 0,40 pour 1000; c'est-àdire que a5 grammes d'huile contiennent un centigramme de sublimé. — La dose à injecter varie entre ao et 80 grammes d'huile. L'injection doit être faite avec l'appareil imaginé par le même médecin pour les injections d'huile créosotée; elle ne sera poussée qu'avec lenteur (ao grammes à l'heure en moyenne). Elle ne nécessite d'ailleurs que les précautions usuelles des injections \\J\>odermiques.

« Cette injection, ajoute M. le D"' Burlureaux, est plus douloureuse que celle de l'huile créosotée à i/i5. C'est là un obstacle à la généralisation du procédé, qui doit rester un procédé d'exception pour les cas suivants : 1° quand il faut instituer une médication intensive ; — a" quand l'estomac paraît ne pas devoir tolérer le mercure. » {Société française de dermat. et de sjphil., 189a.)

INJECTIONS MERCURIELLES SOLUBLES

mélange ou d'une combinaison de peplone, de sublimé et de chlorure d'ammonium'.

Elle contient environ un centigramme de bichlo- ]*ure pour un gramme d'eau distillée.

Plus douce et mieux tolérée que la solution de Lewin, elle est — chez nous, au moins — d'un usage plus commun.

Ces deux préparations s'administrent à des doses naturellement variables suivant les cas, suivant les

I. Au dire des chimistes, les prétendus sels qualifies des noms de « chloro-albuminate » ou « peptonate » de mercure n^ex'istent pas à rétat de composés définis. « Les combinaisons, dit mon distingué collègue et ami le P'' G. Pouchet, qui prennent naissance lorsqu'on traite une solution d'albumine ou de peptone par une solution de sublimé ne présentent pas de composition constante. Il suffit d'un excès de solution albumineuse ou peptonique pour redissoudre ces combinaisons, et l'on ne peut, en aucun cas, obtenir de produits cristallisés et nettement définis — Les chlorures alcalins, spécialement ceux de sodium et d'ammonium, dissolvent les précipités albumino-mercurique et peptono-mercurique. On a cru, à l'aide de cette propriété, pouvoir parvenir à faire cristalliser les composés mercuriques dérivés de l'albumine et de la peptone. Or, c'est là une erreur absolue. Les cristaux que l'on obtient ainsi sont constitués par des chlorures alcalins mélangés à des quantités plus ou moins faibles de solution albumineuse et ne contenant que des

traces de mercure En résumé, il existe bien des composés albu-

mineux ou peptoniqucs tenant en dissolution du mercure, mais la proportion de ce métal y est essentiellement variable avec chaque substance employée et avec le mode de préparation. Au point de vue chimique, On ne peut appeler cela des composés définis.... Pour obtenir (ce qu'on demande en ciinique) une solution renfermant une proportion invariable et connue de mercure, il faut peser une certaine quantité de sublimé, la dissoudre dans de l'eau, et y ajouter une solution albumineuse ou peptonique légèrement salée jusqu'à redissolution complète du précipité qui se produit alors. De cette façon seulement on peut être certain qu'un volume connu de Ja solution renfermera une quantité rigoureusement dosée de mercure. »

efifets à produire. En moyenne, on les donne de façon à introduire dans l'organisme une dose quotidienne d'un à deux centigrammes de sublimé, rarement davantage.

3° La solution huileuse de hi-ioclure^ d'après la formule suivante :

If. Huile stérilisée lo grammes.

Bi-iodure de mercure 4 centigr. '

Une seringue de Pravaz contient donc exactement, dans cette formule, quatre milligrammes de bi-iodure.

Dose quotidienne : une demi-seringue de Pravaz à une seringue et demie.

Cette préparation a été surtout expérimentée dans la thérapeutique oculaire de la syphilis. D'après M. le P' Panas, elle serait très généralement bien tolérée, peu douloureuse, et presque exempte d'accidents. Le même observateur la dit fort active, et, après essais nombreux, « la préfère à toute autre injection, voire aux frictions mercurielles ».

Une question plus générale et d'intérêt supérieur s'impose à nous actuellement.

Que vaut la méthode des injections solubles?

I. D'après M. Vigier, on peut dissoudre jusqu'à uu centigramme de bi-iodure dans un gramme d'huile stérilisée.

INJECTIONS

MEnCURIELLES

SOLUDLES.

Quels résultats thérapeutiques fournit-elle? Quels inconvénients peuvent lui être reprochés? A quelles indications répond-elle plus spécialement?

Que vaut cette méthode? Ai-je à vous dire au préalable que les opinions sont aussi divisées que possible à son sujet? Les uns l'exaltent avec enthousiasme et la préconisent comme supérieure à tout autre mode d'administration du mercure, comme propre à tout, bonne à tout. — D'autres n'y voient qu'un mode d'administration du mercure qui en vaut bien un autre, mais qui ne vaut guère mieux ni moins que tel ou tel autre. — D'autres la rejettent absolument, la condamnent en principe, et ne consentent tout au plus à l'admettre qu'au seul titre d'une méthode d'exception à réserver pour des cas d'exception. — La plupart, enfin, restent indécis et attendent le mot d'ordre de ceux qu'ils appellent les « spécialistes » ,

Ces dissentiments, ces opinions de tout ordre composent le sujet que nous allons aborder. Eh bien, au lieu de procéder dogmatiquement et de vous exposer ma seule opinion en la matière, je crois préférable d'apporter devant vous toutes les pièces du procès, de façon que chacun de vous, indépendamment de la solution personnelle que je vous proposerai, ait par devers lui les éléments propres à se faire une conviction, à établir son jugement individuel sur la question en litige. Ce mode d'exposé, s'il a le tort d'être un peu long, vous offrira en revanche, je l'espère, un intérêt particulier.

Premier point : Quels sont les avantages de cette méthode ?

Ces avantages, nous dit-on, sont multiples et peuvent être rangés sous les sept chefs suivants :

I. — D'aljord, raison de pratique" : « C'est une méthode qui exclut toute supercherie de la part des malades dans l' application du traitement. »

Pas de discussion possible sur ce premier point. Oui, il est de toute évidence qu'avec le procédé des injections mercurielles (quelles qu'elles soient d'ailleurs, solubles ou insolubles, n'importe) il n'est pas a craindre que le malade puisse éluder le traitement et tromper le médecin en ne prenant pas un remède qu'il dit prendre.

Et cette considération a bien son prix. Le mercure n'est-il pas par excellence un remède honni, redouté , détesté , auquel les gens du peuple et même les gens du monde croient prudent de se soustraire? Que de fois n'avez-vous pas entendu ici et ailleurs des malades raconter qu'ils ont esquivé le traitement qui leur avait été prescrit, et cela « parce que c'était du mercure »? Que de fois, à l'hôpital, la liqueur de Van Swieten ne va-t-elle pas en ligne directe dans l'urinoir ! En dépit de la surveillance de nos dignes Religieuses, que de fois la pilule de protoiodure n'est-elle pas dissimulée sous la langue, pour être rejetée en temps opportun ! Les femmes, on le sait, sont particulièrement habiles en ce genre d'exercice.

INJECTIONS MERCUniELLES SOLUBLES.

Or, ])ieii manifestement, de telles fraudes sont impossibles avec la méthode des injections.

II. — (( Cette méthode assure un dosage exact, précis, mathématique, du composé mercuriel administré. »

Cela encore est indéniable. Oui, avec cette méthode, on sait exactement ce qu'on fait, ce qu'on administre de mercure au malade, parce qu'on sait ce qu'on a mis dans la seringue. Tandis qu'avec d'autres méthodes, telles que les frictions ou les fumigations, il est impossible de se rendre compte de la quantité du médicament qui pénétrera dans l'organisme. On peut même dire qu'on sait mieux ce qu'on fait avec les injections qu'avec la méthode stomachale, parce que cette dernière peut permettre à une partie de la dose ingérée d'être éliminée avec les selles, surtout en cas de diarrhée.

Donc, acceptons encore cette seconde proposition.

m. — (( Elle constitue une méthode avec laquelle ï absorption du remède est absolument certaine. Ainsi, analysez les urines des malades soumis aux injections, toujours vous y trouverez le mercure. »

Voilà, en vérité, une considération qui ne me touche que médiocrement. C'est bien le moins, dirai-je, que l'absorption soit assurée avec cette méthode ; car, au cas contraire, y aurait-il méthode?

Veut-on dire que l'absorption est mieux assurée par le procédé des injections que par d'autres, que

TnAITEMENT DE LA SYPHILIS.

par celui des friclions, que par celui de l'ingeslion? Mais ces derniers, me semble-t-il, laissent peu à désirer quant au fait même de l'absorption. A preuve les accidents pliysiologiques et les elFels thérapeutiques qui en dérivent.

Donc, au total, ce troisième argument n'a qu'une valeur très relative.

ÏV. — (( La méthode office ce grand avantage de respecter^ de laisser indemnes les voies digestives. »

Oui, il est indéniable que, pour la très grande majorité des cas, les injections mercurielles, alors qu'on n'excède pas certaines doses, restent sans offenser les voies digestives. Et, à ce titre, elles peuvent fournir le plus utile recours en divers cas spéciaux, alors qu'on a afîaire à des malades dont le système digestif est intolérant, à des malades préalablement dyspeptiques, gastralgiques, affectés de catarrhe intestinal, sujets à la diarrhée, etc.

Mais, d'autre part, il m'est impossible de ne pas noter contradictoirement ces deux points, à savoir :

1° Que cette même immunité des fonctions gastrointestinales peut être réalisée, au moins le plus habituellement, par d'autres modes d'administration du mercure, même par l'ingestion. J'ai conscience d'avoir traité des milliers de malades par la voie gastrique, sans avoir causé le moindre préjudice à leur estomac ou à leur intestin ;

1° Que la méthode hypodermique ne respecte pas toujours le tube gastro-intestinal d'une façon aussi

INJECTIONS MERCUniELLl.S SOLUBLES.

absolue qu'on veut bien le dire. Elle esl-loin d'être toujours inolFensive à ce point de vue spécial. A doses faibles et moyennes, oui, elle est bien tolérée; mais dépassez ces doses et vous la- verrez plus d'une fois retentir sur le système digestif, comme le ferait le mercure donné par ingestion. Exemples :

Rollet déclare qu'à la dose de 2 centigrammes de sublimé par jour les injections « déterminent sur-lecliamp des troubles gastriques, des vomissements^ suivis de stomatite vers le troisième ou le quatrième jour ».

A la suite d'injections de sublimé, Stohr a observé « des catarrhes intestinaux, des diarrhées avec selles sanguinolentes, du ténesme et des catarrhes persistants de l'estomac ».

Expérimentant sur l'animal, Balzer a vu de véritables colites hémorrhagiques succéder à des injections hypodermiques de divers sels mercuriels, etc.

Donc, en ce qui concerne l'immunité gastro-intestinale^ les injections ne réalisent, par rapport aux autres méthodes d'administration du mercure , qu'un bénéfice relatif, et non absolu.

V. — On ajoute : (( La mercurialisation qui dérive des injections est d'ordre spécial; elle est bien tolérée par l'organisme et reste exempte des inconvénients ou des dangers que comporte le ■mercure administré par d' autres voies. »

Il est de fait que, dans les conditions où l'on s'est placé jusqu'ici, dans les conditions par exemple qui ont présidé aux expériences de nos deux re-

grellés coUègLies Liégeois el Martineau, la méthode des injeclions non seulement n'a pas déterminé de réaction fâcheuse sur l'organisme, mais encore est restée exempte de l'ordre de manifestations qui accompagnent souvent l'usage du mercure.

Ainsi, presque tous les médecins qui ont eu recours à la méthode d'après ce programme ont été unanimes à reconnaître : i" qu'au point de vue de l'état général, de ce qu'on appelle la santé, les injections sont bien tolérées en général; — i° que les accidents mercuriels (la stomatite, par exemple) sont rares, voire très rares, au cours de ce traitement.

Il y a plus même. Divers observateurs. Liégeois et Martineau notamment, ont insisté sur les bons effets de la méthode par rapport à la nutrition et à la santé générale. Liégeois a constaté sur la plupart des malades traités de la sorte une augmentation de l'embonpoint et une élévation du poids. D'après Martineau, les injections mercurielles auraient pour résultats, au point de vue de leur action sur l'organisme, d'accroître le nombre des globules rouges, d'augmenter le poids du corps, d'élever la quantité de l'urée et des chlorures dans l'urine, ce qui démontre, dit-il, qu'elles activent le mouvement de rénovation organique en favorisant tout à la fois la nutrition et la dénutrition, etc. Et plusieurs autres auteurs encore ont déposé dans le même sens.

Qu'il y ait, dans de si beaux résultats, une part

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MERCUIUELLES

SOLDHLES.

(l'enthousiasme à défalquer, qu'il faille même en rabattre plus ou moins, c'est là, d'après certaines expériences moins favorables (celles de Thiry, par exemple), ce qui ne paraît guère douteux. Mais je passerai sur ce point; car, à mon sens, il est deux considérations plus sérieuses qui sont bien faites pour tempérer l'appréciation optimiste des observateurs précités.

L'une, c'est que les injections mercurielles, telles qu'on les a mises en usage jusqu'ici, à savoir aux doses faibles qu'on n'a guère dépassées, n'ont jamais réalisé qu'une mercurialisation légère. On s'est tenu presque toujours (ce n'est pas un blâme que j'exprime, mais un fait que je constate) à de petites doses, telles que cinq milligrammes, un centigramme, tout au plus un centigramme et demi de sublimé quotidiennement. Or, à ces doses, y avait-il à redouter des effets de mercurialisation intense? Devait-on, pouvait-on s'attendre à encourir des inconvénients, des dangers comparables à ceux que l'on affronte alors qu'on administre par la bouche des doses deux ou trois fois supérieures (2,3, 4 centigrammes de bichlorure en pilules ou en liqueur, 10 à i5 centigrammes de protoiodure, etc.), ou que l'on procède à des frictions plus ou moins énergiques?

L'autre considération à ne pas oublier et sur laquelle je suis incessamment forcé de revenir, c'est que, vraiment, le mercure est un remède absolument bien toléré (sauf exceptions rares), et bien

toléré surtoul alors qu'on s'en tient à des doses faibles ou moyennes. On s'étonne" que le sublimé, administré par injections, ait été accepté sans accidents, sans stomatite notamment, aux doses de cinq à dix milligrammes. Mais c'est le contraire, me semble-t-il, qui devrait être matière à étonnement. Donné à mêmes doses de n'importe quelle façon, j'affirme qu'il eût été aussi favorablement accepté, j 'affirme qu'il se fût montré inoffensif au même degré.

Conséquemment, cette facile tolérance du mercure administré par la méthode hypodermique, cette absence au moins relative d'accidents qu'invoquent en leur faveur les partisans de cette méthode, nous l'acceptons comme eux, mais nous l'interprétons autrement qu'eux. Ils en font honneur à la méthode; pour nous, il nous est impossible de voir là autre chose qu'un fait général, usuel, commun à toutes les formes d'administration du mercure. Donc, nous ne trouvons là rien qui soit de nature à conférer à la méthode une supériorité, un avantage réel, par rapport aux méthodes d'autre genre.

VI. — On nous dit encore : « La méthode des injections réalise ce bénéfice de faire beaucoup avec peu, c est-à-dire de déterminer des effets curatifs marqués avec de petites doses du remède. » En autres termes, de petites doses de mercure données en injections agiraient d'une façon égale à des doses plus fortes autrement administrées.

INJECTIONS MEnCUniELLES SOLUBLES.

Eh bien, il faut en convenir, dans les expérimentations tentées avec les injections solubles on s'est tenu presque toujours à des doses plus ou moins basses, et le plus souvent on n'a pas eu à dépasser ces doses pour obtenir des résultats thérapeutiques satisfaisants.

Mais pourquoi? Il est à cela une raison des plus simples. C'est que, pour l'énorme majorité des cas, on a appliqué la méthode au traitement d'accidents secondaires, c'est-à-dire d'accidents bénins, superficiels, voire spontanément résolutifs de nature. En eût-il été de même si l'on se fût attaqué, avec de semblables doses, à des accidents d'une autre période ou à des accidents de modahré plus réfractaire? Non, certes, et de cela nous verrons bientôt la preuve.

D'ailleurs, serait-il avéré qu'avec la méthode en question on obtient à doses plus faibles ce que réalisent seulement des doses plus fortes administrées d'autre façon, ce serait bien là un avantage, à coup sûr, mais ce ne serait là, à tout prendre, qu'un avantage de second rang. Pour peu qu'on guérisse un malade, il n'est guère d'importance à ce qu'on le guérisse avec telle ou telle dose, pourvu que cette dose soit tolérable, tolérée, et au total inoffensive. Or, à doses thérapeutiques, le mercure, je le répète encore, est si facilement supporté par l'organisme qu'il n'est vraiment jamais redoutable, de quelque façon qu'on l'administre.

Cette sixième considération, donc, ne nous parait

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TnAITKMBNT DE l.K SYPHILIS.

compoiler qu'un intérêt d'ordre tout à fait secondaire.

VIL — Enfin, arrivons au dernier argument invoqué en faveur de la méthode, celui-ci considéré par ses partisans comme majeur, comme capital, décisif.

(( A le juger par ses résultats, le traitement de la syphilis par les injections soluhles constitue une bonne méthode, une méthode à action puissante et rapide ».

(( C'est une méthode, nous dit-on, qui fait justice à bref délai des manifestations syphilitiques, notamment des manifestations secondaires.... Dès les premières injections, on voit les éruptions pâlir, puis s'atténuer, puis disparaître, etc., etc. »

Eh bien, oui — et il ne nous coûte en rien de le reconnaître, bien loin de là — oui, le mercure donné sous forme d'injections soluhles exerce sur les manifestations de la syphilis une action curative absolument irrécusable.

A priori, ce résultat était possible et même facile à prévoir. Car, administré de n'importe quelle façon, le mercure est toujours le mercure et doit toujours réagir sur les accidents de la syphilis suivant le mode qui lui est propre.

A posteriori, ce résultat est avéré. Le contester serait aller à l'encontre de milUers d'observations recueillies par des médecins éminents, judicieux, impartiaux, et recueilUes de tous côtés, dans tous les pays du monde.

l.XJECTIONS MEncURIELLES SOLUDLES. 2 0

Donc, l'action des injections mercurielles soluliles (et, à l'avance, je puis dire de toutes les injections mercurielles, quelles qu'elles soient) sur les déterminations de la syphilis est ce qu'on est en droit d'appeler un fait acquis, une vérité démontrée.

Aussi bien, là n'est pas la question qui peut nous diviser aujourd'hui. Il ne s'agit plus de savoir si le mercure en injections peut exercer une action curative sur la syphilis; il s'agit exclusivement de déterminer si cette méthode est ou mm préférable à d'autres. Voilà le problème pour l'instant, voilà le procès à instruire et à juger. Eh bien, à quoi nous en tenir sur ce point, dans l'état actuel de nos connaissances? C'est là ce qu'il nous incombe d'apprécier maintenant.

Certes, les déclarations, les affirmations, ne manquent pas en l'espèce pour présenter la méthode en question comme a préférable à toute autre ». Mais rien qu'à la façon dont elles ont été produites il est bien permis de craindre qu'elles aient été dictées par un enthousiasme irréfléchi, un engouement précipité, plutôt que sévèrement déduites d'une observation patiente, attentive, mûrie. D'ailleurs, je vais vous en faire juges.

« Les injections hypodermiques, a dit, par exemple, l'un des partisans de cette méthode, constituent le meilleur mode d'administrer les préparations mercurielles.... Avec elles, on n'a plus à redouter aucun des accidents que développe fré-

quemment le mercure Avec elles, tout accident

svphiliLique, quelle que soit sa gravité, son étendue, est enrayé rapidement.... A l'aide de ce moyen, le médecin ne craint plus les nidnifeslations de la syphilisi}:)... Aucune autre méthode ne peut lui être préférée et comparée.... » — Et ailleurs : (( ... Cette méthode s'impose; et je vais plus loin, le médecin chargé d'un service nosocomial serait blâmable de ne pas l'adopter »(!).

Et, à l'appui de son dire, le très estimable et très regretté collègue auquel est emprunté ce qui précède citait des cas non moins extraordinaires de syphilis cérébrale guérie par dix injections, de scléro-choroidite guérie en cinq jours, de paralysie générale guérie, etc., etc....

Passons sur ces éloges dithyrambiques, d'autant qu'il me coûterait de mettre en cause un collègue, un ami, qui n'est plus là pour se défendre, et venons au fond même du procès.

On présente, on préconise comme (( supérieure à toute autre )) la méthode des injections. Or, quelles raisons invoque-t-on pour légitimer cette prétendue « supériorité » ? Des considérations telles

que celles-ci :

1° C'est une méthode, nous dit-on, qui abrège le séjour des malades dans les hôpitaux. Ainsi, Lewni nous apprend qu'à l'hôpital de la Charité, à Berlin, les malades traités par les anciennes méthodes séjournaient pendant dix semaines en moyenne pour accomplir leur cure, tandis qu'avec la méthode nou-

INJECTIONS MERCUniELLES SOLUBLES.

velle la durée moyenne de séjour à l'hôpital s'est abaissée à quatre semaines.

Eh bien, qu'est-ce que cela prouve? En quoi les malades d'aujourd'hui sont-ils mieux guéris de leur syphilis, après leurs quatre semaines de séjour à l'hôpital, que ne l'étaient les malades d'autrefois après leur hospitalisation de dix semaines? Pour tout médecin qui apprécie de sang-froid les données de telles statistiques, il n'est qu'une déduction cà en tirer, à savoir : Que les malades d'autrefois sortaient de l'hôpital à coup sûr non guéris de leur syphilis malgré leurs dix semaines de traitement, et que ceux d'aujourd'hui en sortent, après 28 jours, en semblable état de non-guérison.

2" Autre raison de même ordre : (( Avec les méthodes anciennes, les récidives après traitement se produisaient dans la proportion de 80 pour 100; — tandis qu'avec la méthode nouvelle elles sont descendues à une moyenne de 4o pour 100 ».

Sur ce point je n'hésiterai pas, pour ma part, à répondre ceci aux auteurs d'un tel argument : Vos statistiques anciennes et vos statistiques nouvelles sont également mauvaises, les unes et les autres. Car, si elles étaient bonnes, ce n'est ni 80 fois pour 100 ni 4o fois pour 100 qu'elles auraient noté des récidives, mais bien 100 fois sur 100, ou à peu près. Et, en effet, est-ce qu'on jugule la syphilis par un traitement quelconque? Est-ce que, sauf exceptions rares, une syphilis même bien traitée, même le plus éiiergiquement traitée, ne se traduit

[)ii.s toujours par quelque manifestation ultérieure, que (très improprement, d'ailleurs) on qualifie de (( récidive » ?

J'abrégerai cette discussion, et pour cause. Car à quoi bon raisonner dans le vide? D'une façon générale, toutes les statistiques que l'on a produites relativement aux résultats de la méthode sont frappées d'un vice rédhibitoire, en ce qu'elles n'ont jamais porté que sur une courte étape d'une longue maladie. On observe quelques semaines ou quelques mois un malade traité par le système des injections; ce malade sort de l'hôpital en bon état; et l'on conclut de là à la supériorité de la méthode ! Mais qu'est-il advenu de ce malade ultérieurement, un an, deux ans, dix ans plus tard? On ne s'en préoccupe pas; cela ne fait pas question. On a effacé des accidents (et encore quels accidents?) dans un délai que l'on juge relativement court; c'en est assez ; cela suffit à proclamer la méthode non pas seulement efficace, mais a supérieure à toute autre » !

C'est sur un tel schéma, — je n'exagère en rien, je vous l'affirme, — que sont calquées à peu près toutes les observations dont on s'est autorisé pour affirmer l'excellence du système hypodermique.

Or, de tels faits se compteraient-ils par milliers (comme c'est le cas d'ailleurs actuellement) qu'ils n'^n resteraient pas moins sans valeur, sans valeur aucune, pour la démonstration qu'on a prétendu en tirer. Car, ainsi que l'a très bien dit M. Mau-

INJECTIONS MERCURIELLES SOLUBLES

riac', ils n'embrassent qu'une période trop courte et de la vie du malade et même de l'évolution morbide pour avoir une signification de quelque importance. Seules seraient probantes en l'espèce des observations de longue haleine, nous montrant à dix, quinze, vingt ans de distance, ce que sont devevenus les malades traités par le système des injections. Mais des observations de ce genre restent encore à voir le jour.

Patience ! nous dit-on alors, à ce point de la discussion. La méthode hypodermique est toute jeune encore, relativement surtout aux méthodes rivales (frictions, ingestion) qui comptent quatre siècles derrière elles, et l'on ne saurait exiger d'elle ces preuves « de longue haleine » que vous réclamez.

Soit ! répondrai-je; mais alors, pourquoi attribuer à cette méthode des résultats c{ue, chronologiquement, elle n'est pas en état de fournir?

Concluons. — Je viens de passer en revue devant vous les avantages ou réels ou supposés que l'on a fait valoir en faveur de la méthode des injections. De la discussion qui précède qu'avons-nous à retenir? Ceci :

D'une part : 1° que ladite méthode constitue un procédé d'administration du mercure auquel on ne sauraitrécuserune action curative bien authentique, voire puissante et rapide ;

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