‹ Traitement de la syphilisChapitre 82 sur 92 · XI. — Chancre induré · texte numérisé non relu

XI. — Chancre induré

9 ans.

Sypbilide gommeusc du

Nul accident secondaire.

palais.

Quatre mois de traitement

12 ans.

.Sypbilide tuberculo-ul-

mpiTiiriel et ioduré, au début

cércuse.

de la maladie.

14 ans.

Infiltration gommeusc

de la lèvre inférieure.

18 ans.

Récidive de la lésion la-

biale. — Glossite sclé-

reuse. — Sypbilide tu-

berculo-ulcéreuse du

voile palatin.

XII. — Cliancre induré. — Quelques accidents secondaires an cours de la première année.

Six mois de traitement mercuriel, au début de la maladie.

3i ans.

Sypbilides gommeuses.

— Gomme sous-cutanée. ■ — • Exostose du cinquième métacarpien.

Voilà donc douze malades qui, 'pour avoir suivi un seul traitement mercuriel de quelques semaines ou de cjuelques mois dans les premiers temps de l'infection, ont acquis une immunité complète de neuf à trente-quatre ans {trente-quatre ans !) et n'ont payé tribut au tertiarisme qu'au delà de ces étapes incroyablement longues! N'y a-t-il pas là, pour nous, matière à méditations? N'y a-t-il pas là, pour nous, un enseignement à recueillir relativement au sujet spécial qui nous occupe ?

Et qu'on ne dise pas que l'expectation puisse

(aire môme chose, à savoir proroger de même l'invasion du lerliarisme à des échéances aussi reculées. Car cela n'est pas dans ses habitudes. L'expectation a ses échéances tertiaires bien autrement précoces. A preuve une statistique que j'ai instituée d'après un certain nombre de syphilis absolument abandonnées à elles-mêmes sans le moindre traitement, et d'où ressort ceci :

1° Que, dans 63 cas de ce genre, l'invasion du tertiarisme s'est faite 53 fois au cours des dix premières années \ — et lo fois seulement au delà;

2° Que, dans ces conditions, l'invasion du tertiarisme a un maximum bien marqué de la deuxième à la quatrième année (24 cas sur 63)'.

I. Voici ledétiui de cette statistique. — Sur 63 cas de sj^pliilis absolument abaudonnées à leur évolution propre el sans le moindre traitement, l'invasion du tertiarisme s'est faite :

Au cours de la première année a fois.

— seconde — 9 —

— troisième — g

— quatrième — y

— cinquième — . ... 3

— sixième — 6

— septième — .... 6 —

— huitième — • j —

— neuvième — ... . 3 — dixième — ..... 5 —

— onzième — 2 —

-— treizième — - i —

— quatorzième — a —

-- quinzième — i —

-- di.v-septième — ..... i —

— dix-neuvième — i —

vingtième — i —

-- vingt et unième — i —

ToTAi 63 fois

MÉTHODE DES TRAITEMENTS SUCCESSIFS

D'après cela, il ne saurait rester douteux qu'un traitement mercuriel institué au seuil de la diatbèse ne puisse avoir pour effet de modifier assez puissamment l'évolution morbide pour retarder l'explosion d'accidents graves et la rejeter à des échéances plus ou moins .lointaines. Autant de pris sur l'ennemi, comme on dit vulgairement. Donc, pourquoi ne pas profiter de cet effet suspensif d'une intervention précoce du mercure, alors que l'occasion se présente d'en faire bénéficier les malades ?

Eh bien, en l'espèce, ce que l'induction rationnelle permet d'espérer, l'observation le confirme. J'ai vu bien souvent, je le répète, la syphilis traitée énergiquement dès son origine se montrer singulièrement bénigne dans ses jeunes périodes et rester longtemps inoffensive au delà. On dirait que, surprise à ses débuts, elle se laisse plus facilement maîtriser et que, dans ces conditions, nos agents thérapeutiques soient plus aptes à la modifier comme évolution.

William Taylor, dans son excellent essai sur le traitement de la syphilis, exprime sur ce ponit particulier la même opinion que moi. Il la traduit même d'une façon pittoresque en disant que les premiers temps de la syphilis constituent une époque « solennelle » pour l'intervention du mercure et qu'un premier traitement mercuriel énergiquement institué à cette époque casse les reins à la maladie.

Conséquemment, je suis d'avis que la première

TR.VITKMIÎNT J)E L.\ SYPHILIS.

intervention du mercure, au seuil même de la diatlièse, soit une intervention énergique^ et énergique à un double point de vue, à savoir ; d'une part, comme intensité thérapeutique, et, d'autre part, comme durée.

Donc : TDans un premier traitement, je prescris le mercure à bonnes doses : soit, pour un sujet adulte (homme), dix centigrammes de protoiodure quotidiennement, voire davantage, si je vois le remède absolument bien toléré.

2° Je prolonge ce traitement six semaines au minimum. — J'accorde alors au malade un réj^it de quelques semaines. — Puis je reprends le traitement sur le môme pied pour six semaines.

En sorte que je place au seuil de la diathèse un traitement d'au moins trois mois, coupé par un entr'acte assez court.

Et j'espère de la sorte réaliser ce premier effort thérapeutique qui, surprenant la maladie à son origine, semble susceptible d'exercer sur elle une répression particulièrement active et durable.

II. — Second point : Il y a grande importance, je crois, à ce qu'au cours des diverses cures qui composent la méthode des traitement intermittents, le mercure soit donné à doses véritablement thérapeutiques, c'est-à-dire susceptibles d'exercer sur la maladie une action sérieusement efficace.

Or, c'est là un précepte auquel il se commet en pratique le plus d'infractions. Alors que la syphilis ne se traduit plus par rien de grave, alors surtout

MÉTHODE DES TUAITEMENTS SUCCESSIFS

qu'elle est silencieuse, on se laisse naturellement aller à ne plus combattre un ennemi « vaincu » que par de faibles closes. De môme encore pour les cas où l'on a eu affaire à une syphilis originairement bénigne, dont les premiers assauts ont cédé facilement à une petite dose de mercure pour la bonne raison qu'ils ne demandaient qu'à disparaître s/jo/i^e suâ\ on s'applaudit du succès obtenu à si peu de frais ; on croit avoir mis la main d'emblée sur la dose mercurielle efficace, et l'on ne songe pas à la dépasser. « A quoi bon la dépasser, puisqu'elle a bien fait? » Et alors, dans les cures suivantes, on s'en tient toujours à cette petite dose, c'est-à-dn^e que l'on continue, comme on a commencé, à donner le mercure au-dessous de la dose nécessaire, indispensable et véritablement curative.

Exemple : A un homme jeune, vigoureux, résistant, on prescrit le protoiodure à la dose quotidienne de cinq centigrammes (si ce n'est moins, bien souvent), et cela pour chacune des cures successives.

Eli bien, à ce taux, le mercure est inefficace, comme je vous l'ail dit précédemment; et il reste d'autant plus inefficace en l'espèce, par effet d'accoutumance, qu'on l'administre plus souvent et pour une plus longue durée. A de telles doses le traitement mercuriel n'est plus un traitement mercuriel; il devient une sorte d'expectation déguisée sous le masque d'une intervention presque inerte.

De cette mauvaise pratique, de ce traitement

timoré résultent deux conséquences, dont l'une surtout mérite toute notre attention.

La première, c'est l'explosion d'un accident ou d'une poussée syphilitique à un moment donné. Eventualité presque heureuse, presque favorahle pour le malade, en ce qu'elle peut servir du moins à éclairer le médecin sur le vice de sà médication.

La seconde, plus regrettable, c'est qu'une série de cures mercurielles à basses doses finit par conférer à l'organisme une sorte d'insensibilité relative au mercure, en vertu de laquelle le malade, à un moment donné, ne ressent plus que faiblement l'action de ce remède, même administré à doses supérieures. De cela voici la preuve, qui se présente à tout moment en pratique. Un malade a été traité longtemps par le mercure à doses débiles; survient sur lui, je suppose, un accident nouveau, en dépit et au cours même d'un traitement actuel; eh bien, cet accident, je déclare au nom de l'expérience qu'il sera éminemment réfractaire. On n'en viendra à bout, même avec de fortes doses mercurielles, que lentement, longuement, péniblement, alors qu'en toute autre circonstance le mercure en aurait eu rapidement raison. Et pourquoi cela? Parce qu'on a affaire en pareil cas à un malade qui est « fait au mercure » , qui est comme blasé vis-àvis de lui par une longue accoutumance, et sur qui ce remède, pour ainsi dire, n'a plus prise.

C'est qu'en efl'et de toutes les méthodes celle qui est en question pour l'instant, à savoir la métliode

MÉTHODE DKS TnAITEJlENTS SUCCESSIFS. 56 1

des cures mercurielles répétées, est la mieux faite naturellement pour conférer aux malades, par voie d'accoutumance, cet état réfractaire au mercure. Et, d'autre part, vous concevez à quel résultat déplorable on aboutit lorsque chacune des cures qui la composent est tenue au-dessous de la dose véritablement active du remède. D'un côté, on administre le mercure à dose insuffisante pour influencer sérieusement la maladie; et, de l'autre, on énerve, on émousse, on paralyse par avance l'action du remède pour le moment ou l'on aura besoin de le prescrire à doses supérieures.

Aussi bien, suis-je absolument de l'avis de mon distingué collègue W. Tajlor, qui s'élève avec énergie contre ces cures multiples à petites doses, contre ce qu'il appelle un traitement émasculé de la maladie'. Je serais presque disposé à croire avec lui qu'un malade soumis à une nombreuse série de cures mercurielles à faibles doses est plus loin de la guérison qu'un malade qui n'aurait subi qu'un seul traitement mercuriel à doses énergiques ou tout au moins suffisantes.

Je conclurai en disant : Si l'on accepte en principe la méthode des traitements successifs, il est essentiel que chacun des stades thérapeutiques qui la composent soit un stade de mercurialisation véritablement active et capable d'influencer la maladie, capable d'apporter son appoint, son contin-

I. Syphilis^ IVoin Hare's System of pi-act 'unl thcvapuiUics. FouuNlEn. — Tra'Uenienl de la Syphilis. 36

TIlAITliAIKM' DU LA. SVI'IULIS.

genL à l'(ruvre totale. Et, le moyen de réaliser ce résultat, e'est de toujours tenir le mercure à sa dose efficace, eu dépit des apparences bénignes ou môme de l'état latent de la diatlièse. Atténuer, abaisser et presque annihiler cette dose, comme on ne le fait que trop souvent, n'abou-lit plus qu'à donner du mercure en pure perte et à laisser le malade non traité avec le simulacre d'un traitement. Pis encore, c'est nuire à ce malade, en le rendant, par avance, insensible ou peu sensible aux elFets d'un remède dont il peut -avoir grand besoin dans l'avenir.

II[. — Y a-t-il avantage, ou non, avarier la composition des cures mercurielles successives? C'està-dire, pour préciser, y a-t-il avantage, ou non, après avoir traité un malade, je suppose, par une série de cures au protoiodure, à le traiter ensuite par une série de cures au sublimé ou à tel autre sel mercuriel, ou bien par les frictions, ou bien par les injections?

Question d'appréciation très délicate, très difficile, et qui attendra longtemps encore une solution péremptoire. D'une façon générale, cependant, et toutes réserves faites pour les détails, je crois être autorisé à lui donner une réponse affirmative, en disant : Oui, il convient, il est utile, je crois même indispensable, de varier les préparations mercurielles au cours d'une série de cures mercurielles; et cela, pour la raison suivante, décisive en l'espèce, à savoir : que certains composés mercuriels n'exer-

MÉTHODE DES TRAITEMENTS SUCCESSIFS

cent pas une influence égale et identique à toute période de la maladie, non plus que contre les divers accidents de la maladie. Il en est qui sont particulièrement actifs pour la répression de tels accidents et moins actifs vis-à-vis de tels autres; il en est qui « font bien » dans les étapes jeunes de la diathèse et qui réussissent moins dans les étapes avancées, ou inversement.

Je m'empresse de justifier cette assertion par deux exemples, quitte à répéter ici une remarque que déjà je vous ai présentée précédemment.

Soit un malade au début de la période secondaire, affecté des accidents d'observation usuelle à ce moment, tels que roséole ou syphilide érythémato-papuleuse, plaques muqueuses, croûtes acnéiformes du cuir chevelu, adénopatliies, douleurs névralgiformes, malaise général, etc. Je mets en fait que je soulagerai ce malade bien plus efficacement, que j'elïacerai ces accidents d'une façon bien autrement rapide par le protoiodure que par le sublimé, que. par le sirop de Gibert, que par les injections, voire par les frictions.

Soit, au contraire, un malade syphilitique de vieille date, se présentant avec une syphilide régionale de forme tuberculeuse, tuberculo-ulcéreuse, tuberculo-croùteus.e. Je tiens pour certain que je le guérirai bien plus difficilement, bien plus lentement, par le protoiodure que par le sublimé ou les frictions (sans parler de l'iodure de potassium, allié nécessaire du mercure contre ce genre d'accidents).

I^OLirquoi cela, dans l'un el l'autre cas? Je l'ignore, bien entendu. Les deux résultats qui précèdent sont des faits d'observation clinique, des faits que je constate, que j'enregistre, mais dont la raison m'échappe absolument.

Ce qui est vrai pour le protoiodure eJL le sublimé l'est-il également pour d'autres composés mercuriels qui se donnent par ingestion, comme aussi pour les autres modes d'administration du mercure ? Cela est plus que vraisemblable par analogie. En tout cas, il est irrécusable, dè par l'expérience clinique, que certains composés mercuriels sont mieux adaptés que d'autres au traitement de certains accidents et de certaines périodes de la maladie. Or, de là résulte, au point de vue de la direction générale du traitement mercuriel de la syphilis, un enseignement pratique de haute valeur, qui se résume en ceci :

S'efforcer^ an cours cViine série de cures mercurielles^ d'adapter le choix du composé mercuriel ou du mode . d' administration du mercure à la qualité des accidents à combattre et à la période morbide.

C'est pourquoi, à mon sens, il y a tout avantage à commencer le traitement mercuriel de la syphilis par des cures au protoiodure., et à le terminer par des cures au sublimé ou par des cures aux frictions.

Ce résultat d'observation clinique, je le dois au maniement usuel, assidu, quotidien, de ces trois remèdes (protoiodure, sublimé, frictions). Très pro-

MKDICATIOISS AUXILIAIRES.

bablement, je le répète, des différences analogues seraient à relever dans l'action d'autres agents antisvplîilitiques ou d'autres modes d'administration du mercure. Mais celles-ci, par expérience encore insuffisante, nous échappent quant à présent. C'est là nn sujet d'étude nouveau, important, essentiellement pratique, sur lequel j'appelle l'observation de mes confrères.

J'en ai fini, messieurs, avec ce qui constitue le traitement spécifique proprement dit, mais je n'en ai pas fini pour cela avec le traitement général de la vérole.

Il ne suffît pas, en effet, pour traiter un syphilitique, de lui administrer du mercure ou de l'iodure, même avec la meilleure méthode. Il est autre chose à faire pour lui, autre chose d'également médical, d'également digne de notre sollicitude. Il faut encore observer ce malade quant à ce qu'on appelle la santé ^ l'état général ; il faut surveiller le tempérament de ce malade, sa constitution, ses tendances morbides, surveiller également les incidences de tout ordre qui peuvent se produire, et satisfaire à ces indications qui peuvent être des plus variées. De là, pour nombre de cas, des médications auxiliaires (je ne dis pas accessoires , notez-le) à combiner avec le traitement spécifique.

TIIAITKMKKT DE I.A SVI'HILIS.

Cllicz cerUlins malades, cliez les sujets nerveux, eliez la femme surtout, ces médications auxiliaires prennent parfois une grande importance, au point de devenir presque principales, au point de i-eléguer par instants au second plan le traitement mereuriel ou ioduré.

En conséquence, je ne saurais assez .insister près de vous, messieurs, sur le conseil que voici : Alors que vous serez appelés à traiter un malade syphilitique, ne vous bornez pas à le traiter en tant que syphilitique; ne croyez pas avoir tout fait quand vous lui aurez prescrit du mercure et de l'iodure. Car cela n'est que partie d'un tout, car il y a ou il peut y avoir, je le répète, autre chose à faire. Étudiez ce malade d'un genre spécial (puisqu'il est ou semble bien portant) comme on observe un vrai malade; interrogez toutes ses fonctions, ayez l'œil sur son état général, en un mot veillez à la santé non moins qu'à la syphilis. Cela, croyezmoi, est tout aussi important et bien plus médical que de limiter son horizon aux symptômes purement alTérents à la diathèse.

C^'est dans cet esprit que vous donnerez d'abord >otre attention à V hygiène de vos clients. Vous vous informerez des détails de leur vie habituelle, de leur régime, de leurs occupations, du temps qu'ils consacrent à la marche, au sommeil, etc.; vous leur ferez comprendre — ce qui est plus difficile que vous ne pensez dans un certain monde — la nécessité d'une vie calme, régulière, sans excès

MÉDICATIONS A l J X l L 1 A I ! 1 S .

d'niiCLin genre ; vous leur prescrirez une alimenlalion tonique où la viande et le vin entreront pour une légitime part, un exerciee quotidien suffisant, un temps de sommeil suffisant, etc., etc.

C'est dans le même esprit que vous aurez souvent à leur prescrire les divers agents de la mèclicalioii tonique et reconstituante^ à savoir : en premier lieu le fer (bien plus efficace, il est vrai, contre l'anémie à laquelle s'associe la syphilis que contre l'anémie d'origine syphilitique, qui, elle, a son spécifique réel dans le mercure); — le c[uinquina; — les amers; — l'huile de foie de morue ; — les bains stimulants, révulsifs de la circulation capillaire; — les eaux minérales sulfureuses (Uriage, Clauterets, Barèges, Luchon, Aix (en Savoie), etc.); — l'hydrothérapie, ce tonique par excellence, ce régulateur des fonctions nerveuses; — les bains de mer; — et, mieux encore, les cures d'air soit dans la vraie campagne, soitau bord de la mer ou sur les plateaux élevés.

Je vous le répète, Messieurs, ces agents reconstituants sont, en bien des cas, les auxiliaires indispensables de la médication spécifique et contribuent souvent autant qu'elle au succès déllnitif que poursuivent nos efforts.

De ces divers points, que je viens seulement d'effleurer d'une façon générale et plus que succincte, il en est quelques-uns qui méritent une attention plus particulière. Je dois leur consacrer encore, avant de terminer ce sujet, quelques développements.

lUgime. — Hygiène générale. — Hygiène morale.

1 • — On a beaucoup varie sur la question du régime au cours de la syphilis et du traitement antisypliili tique.

Au XV' et au xvi' siècle, c'est-à-dire à une époque où les superstitions humorales jouissaient d'une pleine faveur, où les substances de tout ordre, soit médicamenteuses, soit même alimentaires, étaient dotées des propriétés les plus diverses et les plus merveilleuses, on accordait tout naturellement au régime une part majeure dans la curation de la maladie. Tout ce qui était ingéré par les voies digestives devait modifier en un sens quelconque la composition des humeurs. Sur ce chapitre, rien n'était indifférent, et le moindre ingrédient culinaire était recommandé ou proscrit à l'égal du remède le plus actif. La syphilis avait dônc son menu spécial, adapté à la (c crase » de ses humeurs viciées, menu auquel des pages entières étaient consacrées dans les écrits du temps'. Le malade devait bannir de sa table tous les aliments de nature à engendrer « la cacochymie » ; il lui fallait, avec un soin rigoureux, s'abstenir de « tous aliments de

I. V. Jean Almenar, Jean de Vigo, Jacques de Bétliencourl, Nicolas Massa, Fracastor, etc., etc.

IlÉGIIME.

qualité chaude ou froide », de tous aliments « salés, acides, acres, amers, humides, incrassants, fluidifiants, etc., propres à exciter le sang, la pituite, la bile et l'atrabile », etc., etc.; il lui fallait, pour préciser, se priver des viandes de bœuf, de vache, de mouton, de porc, de lièvre, de chevreuil, qui produisent « des obstructions dans le foie » \ — du gibier à plumes qui (( engendre un sang impur et efïervescent » ; — des poissons de tout genre, à l'exception toutefois des petits poissons rouges cuits sur le gril; encore devait-il en être très réservé )) ; — des légumes, des aliments herbacés, des fruits, qui « déterminent la putrescence intestii-,ale » -, — des œufs, du fromage, du lait, a qui offense les reins et le foie » ; — du vin, qui a épaissit le sang et stimule nocivement la glande hépatique et les nerfs », etc. — Le vin blanc, seul, était permis, car « il soutient l'estomac sans congestionner le cerveau ». — L'eau même, recommandée par quelques-uns, ne trouvait pas grâce devant certains autres. — Quel ne devait pas être l'embarras du malheureux patient pour aboutir à s'alimenter en satisfaisant à de si multiples exigences !

A une autre époque prévalut la doctrine qui consistait à affamer le malade sous prétexte d'exténuer par la diète les germes de corruption. Sans descendre aux absurdités extrêmes des cures d'inanition, on n'en condamnait pas moins les malheureux syphilitiques à la portion congrue, en les sevrant de viandes, d'aliments substantiels de toute espèce.

de graisses, de poissons, d'œufs, d'alcool, de vin von-e de bouillon, voire de lait, etc. On ne leur permeLlait que le pain (et encore en petite quantité), (( le lait écrémé », les graines farineuses cuites dans l'eau, les légumes, les pruneaux, les raisins de Corinthe, les poires, les pommes «non austères», • les oranges et les figues'. « Il faut rendre le corps maigre, extrêmement maigre, professait le grand Boerhaave ; c'est le moyen de chasser le virus des humeurs; et même, si le malade, devenu maigre comme un squelette, venait à reprendre son embonpoint, cela serait signe que le virus s'insinue de nouveau dans le sang ». Et il ajoutait, comme démonstration : « J'ai vu un homme affecté de ce mal, auquel on persuada de ne manger que des raves et de ne boire que de l'eau; il fut parfaitement guéri » \ Il est vrai, comme compensation, qu'à d'autres époques (mais bien plus rarement) on a préconisé pour les syphilitiques un régime riche, substantiel, fortement animalisé, « propre à prévenir ou à combattre l'anémie, la déglobulisation, la dénutrition, qui sont des effets usuels de la maladie ». Et ainsi de suite.

Toutes ces croyances, toutes ces exagérations sont passées de mode aujourd'hui et n'ont plus qu'un intérêt historique. Le bon sens et l'expérience en ont fait justice, et tout le monde actuellement s'accorde sur ces deux points, à savoir :

I. Voy. H. lioorliaave, Traile du mal vciiérioi, Irad. française, lySS. •i. Ouvrage cite, j). a^S.

d'une part, qu'il n'est pas d'aliments qui soient ou particulièrement favorables ou spécialement défavorables à la syphilis ; — et, d'autre part, qu'à cela près de cjuelques exceptions le syphilitique est un homme bien portant, cp'il convient de nourrir comme tout le monde, qu'il convient seulement de nourrir mieux à certains moments et dans certaines éventualités possibles de sa maladie.

Aussi bien, de nos jours, la réglementation du régime est-elle devenue des plus simples, relativement à la syphilis. Au total, elle se résume en ceci :

1° Si le régime habituel du malade est bon, n'y

rien changer;

2" S'il est insuffisant ou défectueux, le compléter ou le modifier en sens convenable \

3" S'il est excessif, le tempérer, en le ramenant à un taux hygiénique.

Ce qu'on appelle le « régime bourgeois », le régime (( de famille », qui est tonique sans être excitant ni excessif, voilà, purement et simplement, Messieurs, ce que vous recommanderez à vos malades, sans autres prescriptions plus spéciales.

Bien entendu, vous interdirez tout ce qui, pouvant nuire à la santé générale, nuirait par contrecoup à la syphilis, c'est-à-dire les écarts et les irrégularités de régime, les grands repas, les excès de table, et, par-dessus tout, les excès alcooUques. Car l'alcool, comme je l'ai dit et répété tant de fois, est l'ennemi-né de la syphilis, qu'il stimule, qu'd exaspère. 11 constitue très certainement pour elle ce

qu'on i.ppclle un « facteur de gravité », et cela tant d'une foçon générale que relativement à certains de ses accidents spéciaux, tels que les dermatoses et les manifestations du système nerveux ^

Le café, à doses moyennes, sera toléré. Jl sera même prescrit, en quelques cas, au titre de remède. Son action stimulante m'a paru maintes fois favorable dans les cas de syphilis astliénique, sur certains malades alanguis, adynamiés par la diatlîèse.

Pas un seul de vos clients ne manquera de s'informer près de vous (et c'est pour cela que j'accorderai une mention à ce simple détail) s'il peut, à l'occasion, et pour « ne pas s'afficher », accepter le petit verre d'eau-de-vie, de chartreuse ou de hqueur qui fait le complément usuel des réceptions, voire des réceptions de fomille. Sauf abus, cette inofFensive licence sera concédée.

En revanche, ce que vous proscrirez, au cours du traitement mercuriel, c'est tout l'ensemble des aliments ou des boissons susceptibles de déterminer kl diarrhée, à savoir : crudités, fruits en excès, glaces, boissons glacées, etc. — Et de même pour tout aliment ou boisson que le malade saura, par idiosyncrasie, lui être préjudiciable au point de vue de la régularité des fonctions gastro-intestinales.

II- — hygiène et le genre de vie du syphilitique ne comportent rien de plus compliqué.

I. Des facteurs de gravité de la syphilis, Leçons cliniques, 1886.

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