PROPHYLAXIE DES PUÉDISPOSITIONS NERVEUSES
ponr chercher d'autres voies de sahil. Je sais bien que le trailement spécifique reste et restera toujours la meilleure sauvegarde pour protéger nos malades contre les éventualités d'avenir qui peuvent affecter leur système nerveux aussi bien que tout autre système, et je ne propose en rien d'y renoncer, bien loin de là. Je suis un fervent admirateur, un adepte passionné du mercure et de l'iodure ; inutile de refaire sur ce point ma profession de foi après tout ce qui précède. Mais je ne puis néanmoins m'empêcher de reconnaître que ces deux utiles, bienfaisants, admirables remèdes sont loin de posséder contre les afl'ections nerveuses originaires de la syphilis (et cela au double point de vue curatif et préventif) cette action souveraine, infaillible, que leur accordent certains médecins moins habitués que nous à les manier et, par conséquent, moins en situation que nous de constater leurs défaillances.
En sorte qu'ayant eu, pour ma part, à constater plus d'une fois ces défaillances, j'en suis venu à me demander s'il n'y aurait pas autre chose à faire que ce qui est de pratique usuelle en vue de conjurer les imminences nerveuses de la syphilis tertiau-e, notamment chez les sujets qui, soit par hérédité, soit par tendances acquises, y sont notoirement plus prédisposés que d'autres. J'en suis venu à me demander si, à côté du traitement spécifique et parallèlement ou consécutivement à ce traitement spécifique, il n y aurait pas lieu d'instituer une
thërapeuLique d'un .uilie ordre, ll)érapeulique«/^^/nerveuse, où l'hygiène, l'iiydrolhérapie, el peut-être aussi quelques remèdes appropriés seraient appelés à prendre place.
Pour le moins, on m'accordera que ladite indication est rationnelle, et c'est tout ce que je suis en droit quant à présent d'attendre pour elle comme appréciation. Quelques essais tentés en ce sens m'ont paru dignes d'attention ; mais, encore une fois, je m'abstiendrai de citer des faits qui sont trop jeunes et trop peu nombreux pour avoir une signification. Encore une fois, je n'affirme rien et ne suis en mesure de rien affirmer. Je propose seulement, je cherche et j'espère, ce qui est tout différent.
Enfin, un dernier conseil, et j'achève.
Je suppose que le long programme thérapeutique qui précède ait été ponctuellement suivi, religieusement observé par un malade qui s'est confié à vos soins. Que vous restera-t-il à dire à ce malade, lorsqu'il viendra vous rendre sa dernière visite et qu'il vous posera — c'est immanquable — la question suivante : « Enfin, docteur, en suis-je quitte désormais avec la vérole? Suis-je enfin libéré? Me croyez-vous guéri^ radicalement guéri? »
Ce que vous devrez répondre en pareil cas, messieurs, c'est, loyalement, ce que vous pensez,
CONSEIL d'adieu.
ce que la science et l'expérience vous donnent le droit de croire ou d'espérer.
Or, ce que vous pensez, c'est que votre malade, traité suivant la rigoureuse méthode que nous venons de spécifier, a toutes chances pour être délivré de son mal dans le présent et l'avenir, pour ne plus être sujet à de nouveaux accidents, pour « en être quitte » avec la syphilis. — Cela, vous pouvez le dire, vous êtes moralement autorisés à le dire.
Mais ce que vous pensez aussi, c'est qu'en dépit de tous vos efforts, en dépit de votre longue et active médication, il ne serait pas impossible que ce malade fût exposé, dans un avenir plus ou moins éloigné, à quelque manifestation ou syphilitique ou parasyphilitique. Car, bien malheureusement, il n'est aucun signe qui nous permette, en fait de syphilis, d'affirmer la guérison; car, ainsi que l'a fort bien dit Ricord, « il n'est ni dose, ni forme pharmaceutique, ni durée de traitement, qui confère à coup sûr l'immunité, qui soit la garantie de l'extinction complète, absolue, radicale, de la vérole )>. Or, cela aussi, messieurs, il fl\ut le dire, il faut le répondre à votre malade.
Qu'à un malade condamné, expirant, qu'à un phthisique ou à un cancéreux qui a déjà un pied dans la tombe, nous promettions la santé, nous affirmions la guérison, soit! Cela est un mensonge licite, cela est une consolation que, clans notre . impuissance, nous devons au malheureux patient et qu'il serait cruel de refuser à sa facile crédulité.
TnAITEMENT DE LA SYPHILIS.
Mais à un sujet plein de santé, à un sujet compas sut, qui jouit de toutes ses faeultés, et que d'ailleurs nous avons presque le droit de croire à jamais débarrassé de sa maladie, nous ne devons que la vérité; et cette vérité, il faut la lui dire tout entière.
Il faut d'autant plus la lui dire, notez bien ceci, qu'il a tout intérêt à la connaître et à s'en pénétrer! Pourquoi? Le voici.
Advienne chez ce malade (contre notre attente et contre le but de nos efforts) un accident diathésique nouveau à une époque plus ou moins tardive, dix, quinze, trente, quarante ans après le début de l'infection, il pourra se faire que cet accident n'éveille en rien dans l'esprit dudit malade le souvenir d'une affection depuis longtemps évanouie et presque oubliée. Il pourra se faire également que le médecin, non averti des antécédents spéciaux de son client, méconnaisse le caractère syphilitique de cet accident, et cela d'autant mieux, d'autant plus facilement, que les manifestations diathésiques d'une période éloignée sont loin, comme on l'a dit, d'avoir l'allure suspecte et la physionomie vénérienne. Cet accident sera, par exemple, une lésion viscérale, une affeciion laryngée ou pulmonaire, une hémiplégie, une paraly sie, une sclérose de la moelle, une amaurose, une cirrhose, une néphrite, etc., etc. Or, quel rapport, aux yeux d'un homme du monde, de tels symptômes d'apparence vulgaire, sauraient-ils avoir avec un péché de jeunesse qu'il
coNSRiL d'adieu. 58g
croit expié et périmé de longue date? Quel besoin, à leur propos, d'aller faire au médecin une confession complète, en exhumant de l'oubli de compromettants souvenirs? Conséquence : le malade taira, dissimulera même parfois ses antécédents spéciaux ; et le médecin, non prévenu, si ce n'est trompé, courra grand risque de méconnaître la nature de l'alFection.
Et qu'arrivera-t-il finalement? C'est que, non traitée par la seule médication qui lui convienne, cette affection persistera, poursuivra son évolution normale, et pourra aboutir à une terminaison grave ou fatale, tandis qu'elle aurait eu la chance de guérir si elle eût été rattachée à sa véritable origine et soumise au traitement spécifique.
Et en effet, messieurs, tenez ceci pour certain : c'est que nombre de syphilitiques tertiaires sont conduits à des infirmités incurables ou même à la mort par ce seul fait qu'une lésion tardive de leur maladie a été méconnue et non traitée comme elle aurait dû l'être.
Or, c'est de cette éventualité possible qu'il vous faut préserver vos clients. C'est en raison de la possibilité (serait-elle même improbable) d'accidents tertiaires se manifestant à une époque reculée qu'il y a intérêt majeur à ce que vos malades soient édifiés par vous, pleinement et sincèrement édifiés sur leur situation véritable, à l'époque où, jugeant leur traitement accompli et suffisant, vous les congédierez.
THAITEMENT DE LA SYIMIILIS.
Ne négligez donc Jamais, messieurs, alors qu'un de vos clients viendra, lors de sa dernière visite, vous poser celte périlleuse question : « Suis-je guéri? », ne négligez jamais de lui exprimer votre pensée à découvert, et de lui donner comme adieu ce salutaire et très essentiel avis :
« Oui, je vous crois guéri; je vous crois guéri, autant que scientifiquement j'ai le droit de le croire. Mais, quoi qu'il vous advienne dans l'avenir, quel que soit le trouble qui puisse survenir dans votre santé, souvenez-vous de votre ancienne maladie. Accusez-la à votre médecin ; ne négligez à aucun prix d'éclairer ce médecin sur vos antécédents spéciaux. Dites-lui bien, dites-lui dix fois plutôt qu'une, qu'autrefois vous avez eu la vérole. Il est très probable certes que ce renseignement lui sera inutile; mais il n'est pas impossible que telle circonstance se présente où ce renseignement aurait pour lui et pour vous surtout une utilité majeure, capitale ; auquel cas, de l'aveu de vos antécédents pourrait dépendre votre guérison, votre vie. »