PROPHYLAXIE DES PHÉDISPOSITIONS NERVEUSES
plir vis-à-vis du prédestiné dont je parlais à l'instant, c'est-à-dire en fovenr de cet homme que, de par ses tendances acquises ou innées, nous avons lieu de croire vraisemblablement exposé à des dangers spéciaux d'avenir? N'est-il rien de plus à faire pour lui que de lui délivrer, comme à tout autre, la banale formule de protoiodure, de sirop de Gibert ou d'iodure de potassium? Je ne puis le croire, je ne veux pas me résigner à le croire. Évidemment, il est un effort thérapeutique à tenter en faveur du malade en question. Mais cet effort, comment le comprendre, et en quel sens le diriger ?
A commencer par un point qui ne souffre pas discussion, n'est-il pas manifeste qu'il faut avant tout recommander à cet homme une hygiène spéciale, à savoir celle qu'on lui prescrira plus tard — mais trop tard et quand il ne sera plus temps — c'est-à-dire alors que son système nerveux aura été offensé, lésé par la syphilis? Donc, d'emblée et dès les premiers temps de l'infection, il y aura heu de le soustraire dans la mesure du possible à toutes causes capables de créer pour lui des stimulations morbides du système nerveux, telles que : excès de tout genre et notamment excès vénériens ; — travaux intellectuels exigeant une tension d'esprit assidue ; — excès alcooliques ; — excès de table ; — fatigues, veilles, turbulence de la vie mondaine; — émotions de jeu ou de bourse; — et même exercices de corps trop violents, en raison des raptus con-
gestifs qu'une fatigue immodérée peut déterminer vers le cerveau ou la moelle. A ce dernier propos, je rappellerai au passage le fait démonstratif d'un de mes malades qui fut pris d'une myélite spécifique mortelle à la suite d'une course folle en vélocipède de Paris à Amiens et d'Amiens à Paris.
Secondement, certains remèdes peuvent-ils être utiles en l'espèce? Je ne saurais encore le dire. Empiriquement, le champ reste ouvert à toutes les tentatives; rationnellement, c'est à l'ordre des agents modificateurs du système nerveux qu'il conviendrait de s'adresser. Les bromures ou tous autres agents de même ordre ne pourraient-ils trouver ici d'avantageuses applications, surtout chez certains sujets où prédomine d'une façon habituelle l'éréthisme nerveux? Déterminer de temps à autre une sédation du système nerveux, ne serait-ce pas rendre ce système moins apte à subir les sollicitations morbides qu'il peut recevoir de la syphilis? Cela encore reste à étudier.
En tout cas, l'hydrothérapie a sa place naturellement marquée dans un traitement de cet ordre, au titre d'agent tonique, d'agent régulateur des fonctions nerveuses. On sait de reste quelle est son importance, quel est son rôle dans le traitement des affections du système nerveux; or, je ne crois pas son influence préventive inférieure à son action curative, tout au contraire. Dans cette pensée, j'ai pris l'habitude de prescrire systématiquement l'hydrothérapie à tous les sujets syphilitiques que leurs
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prédispositions hërëdilaires ou leurs lendances personnelles me permettent de considérer comme des prédestinés aux manifestations nerveuses, directes ou indirectes, de la syphilis. Et non seulement je la prescris d'emblée, c'est-à-dire au cours du traitement spécifique ; mais encore et surtout je la prescris au delà, après le traitement, et cela pour de longues années. Je la recommande même auxdits malades à titre de pratique habituelle, indéfinie.
Quels résultats pourront dériver d'un traitement préventifin^ixlné sur de telles bases? Cela, bien entendu, je ne saurais le présumer. L'avenir seul nous éclairera à ce sujet.
Ce c|ui reste incontestable en tout cas, c'est qu'il nous incombe le devoir de tenter un effort dans le sens de V intervention préventive dont je viens d'esquisser les bases.
D'autant — laissez-moi vous le dire — que les résultats du traitement curatif sont bien loin d'être satisfaisants en l'espèce, comme nous le savons tous et de reste. Voyez plutôt (et j'appelle énergiquement votre attention, sur ce point), voyez quels sont ces résultats, même avec des médications énergiques, intensives, hardies, même entre des mains habituées à manier sans crainte le mercure et l'iodure :
i" Dans la syphilis cérébrale^ à côté de résultats fort beaux, presque merveilleux quelquefois (le
TnAITRMRNT DE LÀ SYPHILIS.
mol n'a rien d'exagéré), demi-revers ou revers complets en nombre quelque peu supérieur à celui des guérisons ;
2° Dans la syphilis médullaire^ proportion des échecs, des désastres, bien supérieure à celle des succès ;
3" Et, pour le tabes^ c'est bien autre chose, à savoir : quelques guérisons très clairsemées, voire taxées d'extraordinaires et auxquelles même (bien à tort) certains n'ajoutent guère foi en raison de leur caractère exceptionnel ; guérisons, en tout cas, exclusivement relatives à des cas où le tabès a été surpris à sa période embryonnaire; — dans une étape plus avancée, possibilité éventuelle, mais très inconstante, d'enrayer, d'immobiliser la maladie, mais non de la guérir; — et, contre l'ataxie confirmée, impuissance absolue;
L{° Enfin, dans la paralysie générale d'origine syphilitique — laquelle est si commune, — autant d'échecs que de cas, au moins d'après mon expérience personnelle.
Lamentable, déplorable bilan, comme vous le voyez; et cela dans une maladie comme la syphilis, c'est-à-dire dans une maladie qui passe pour être facilement justiciable de deux grands remèdes, de deux remèdes tels qu'ils n'ont pas leurs égaux dans toute la thérapeutique!
Donc, vraiment, il ne serait pas superflu, me semble-t-il, de nous départir de la trop exclusive confiance que nous accordons à ces deux remèdes,