DOULEURS, NODOSITÉS, ABCÈS, GANGRÈNE, ETC
On lui reproche d'être douloureuse. Elle ne l'est pas plus sur le moment et en tant que piqûre, que s'il s'agissait d'une injection de morphine ou de cocaïne; mais elle le devient par la suite. Un quart d'heure, une demi-heure, une heure après la transfixion de la peau, on éprouve une sensation pénible de chaleur ou de meurtrissure, qui ne s'atténue qu'au bout de quelques heures. Cette seconde étape dans la douleur est suivie d'une troisième plus éloignée, qui ne survient que dans les jours qui suivent l'injection. Cette douleur éloignée est très spéciale et beaucoup plus importante que les deux premières. Toute la région où la piqûre a été pratiquée s'endolorit ou du moins devient très sensible, comme hyperesthésiée, et se convertit en foyer de sensations irradiantes névralgiformes, très variables suivant les sujets.
Ces trois ordres de douleurs finissent par devenir insupportables quand elles se répètent une ou deux fois par jour, pendant des semaines et des mois. Si encore on était préservé des récidives! Pour beaucoup de malades, c'est un supplice au-dessus de leur force et de leur patience. Aussi les hommes, les femmes surtout, désertent le service où on leur inflige un pareil traitement. « Dès qu'un médecin se met à traiter ses malades par les injections, dit mon savant collègue, M. Ernest Besnier, la désertion commence dans son service. Deux fois j'ai assisté à ce phénomène quand je me suis engagé dans la pratique des injections solubles et des injections insolubles. Une bonne partie des malades se soustrait à nos soins tout aussitôt, en nous laissant pour compte des observations incomplètes... Ce sont des méthodes à faire le vide dans un service. » Bulletins de la Soc. méd. des hôpitaux, 1887.
Au niveau du point où a pénétré l'aiguille, il se produit habituellement une nodosité sous-cutanée ou intra-musculaire, grosse comme une noisette, un marron, un œuf, arrondie, rénitente, un peu diffuse, sensible ou douloureuse à la pression. Celte nodosité est rarement très fugace ; elle persiste quelquefois plusieurs semaines et finit par agir sur les parties voisines comme un corps étranger. 11 en résulte un endolorissement exaspéré par le moindre contact et aboutissant à des troubles fonctionnels qui gênent les mouvements du tronc, des membres, et constituent une sorte d'infirmité fort pénible et quelquefois très préjudiciable. Nous y reviendrons quand il s'agira des injections massives et insolubles.
Les nodosités se convertissent quelquefois en petits abcès qui s'ouvrent spontanément ou qu'il faut évacuer.
AVANTAGES DBS INJECTIONS SOI.UBLKS.
linlin, de véritables gangrènes locales, avec escarres plus ou moins étendues de la peau, sont quelquefois aussi la conséquence des injections de sels soluble-.
Il faut reconnaître que ces accidents ont beaucoup diminué depuis qu'on a perfectionné la méthode par des précautions antiseptiques, par un choix de solutions purifiées et plus douces, par la découverte de régions tolérantes, etc. Mais tous les inconvénients n'ont pas disparu. Si la technique opératoire dont nous nous occuperons longuement plus tard a conjuré le danger des abcès et de la gangrène, les phénomènes douloureux et les nodosités sont encore si communs qu'on peut les considérer comme décidément inévitables.
II. Voici maintenant les avantages de cette méthode. Je ne ferai que mentionner le suivant: toute supercherie de la part des malades dans F application du traitement est impossible avec la méthode des injections hypodermiques ; et cet autre: ce traitement est moins coûteux ; il abrège le séjour des malades dans les hôpitaux, etc.
Venons aux arguments sérieux en faveur de la méthode.
II y en a un qui n'est pas discutable : avec les injections on a le dosage précis et mathématique du composé mercuriel qu'on emploie. On est beaucoup plus sûr qu'avec les frictions, les fumigations et même qu'avec l'ingestion, que telle ou telle quantité du médicament pénétrera forcément dans l'organisme, sera absorbée, et qu'aucune de ses parties ne sera expulsée ou perdue, d'une fan m ou d'une autre, sans agir par l'intermédiaire de la circulation.
Comme corollaire, on a fait valoir que les injections font beaucoup avec peu et produisent des effets curatifs supérieurs aux petites doses du remède, et qu'on n'obtiendrait pas avec des doses plus fortes introduites dans l'organisme par un autre procédé.
C'est possible ; mais il importe assez peu qu'on emploie pour la guérison telle ou telle dose, pourvu que cette dose soit inoffensive et bien tolérée. Tout est là. Les doses vraiment thérapeutiques du mercure sont en général facilement tolérées, quelle que soit la méthode.
Et puis, dans les cas où on a coutume de recourir aux injections solublcs, c'est-à-dire dans les accidents secondaires superficiels, spontanément résolutifs, il n'est pas nécessaire de recourir à des doses élevées. Peut-être en est-il autrement pour les accidents tertiaires ?