DOULEURS LOCALES ET IRRADIANTES
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se montre beaucoup plus accentuée et plus persistante qu'avec les injections solubles. Très souvent elle est-pénible, gênante et assez intense pour troubler sérieusement, à elle seule, le fonctionnement du membre inférieur. Elle rend insupportables et impossibles certaines positions du corps pendant plusieurs jours. Beaucoup de malades ne peuvent, par exemple, ni se coucher, ni s'asseoir sur le côté où a été faite l'opération. Outre la sensation douloureuse que développent le contact et la pression, il y a des irradiations névralgiformes tout le. long- de' la cuisse et de la jambe chez certains sujets prédisposés. Un de nos malades en a souffert près d'une année. Rien ne peut faire prévoir cette complication, qui se produit parfois, malgré la technique opératoire et toutes les précautions aseptiques les plus propres à rendre le procédé inoffensif localement1.
1. Je viens d'observer, dans mon service, un cas de sciatique sérieuse, conséculive à une injection profonde de calomel. Le malade âgé de 43 ans, amputé de la cuisse gauche au tiers supérieur, à la suite de blessures, en 1870, avait une première poussée de syphilide érythémato-papuleuse contluente qui ne cédait pas au protoiodure. Je prescrivis' une injection de 10 centigrammes de calomel. L'opération l'ut faite, avec toutes les précautions voulues, dans la fesse du côté droit. Formation d'un nodus volumineux et sensible avec impossibilité de se coucher sur le côté correspondant, de se lever et de marcher. Trois jours après, irradiations douloureuses des plus pénibles tout le long du nerf sciatique, depuis la région trochantérienne jusqu'à la plante des pieds, avec foyers algiques, dans la profondeur du mollet et vers la tète du péroné principalement. Cette sciatique très caractérisée, paroxeptique et fort douloureuse, a duré pendant trois semaines. Le nodus a diminué très lentement. Pour surcroit d'infortune, salivation mercurielle abondante.' Guérison de la syphilide mais sans rien d'extraordinaire comme rapidité; récidive au bout d'un mois et demi sous une forme un peu atténuée et par voie contluente.
Assurément il aurait beaucoup mieux valu ne pas faire cette injection qui a causé au malade des souffrances atroces et l'a cloué dans son lit pendant trois semaines. Si on l'avait pratiquée du côté amputé, aurait-il eu une sciatique aussi sévère? J'en doute, quoique des irradiations pour ainsi dire virtuelles puissent se produire dans des nerfs mutilés et dont il ne reste qu'un tronçon central. Dans tous les cas, cela aurait beaucoup mieux valu, car il aurait au moins eu à sa disposition La seule jambe dont il puisse se servir.
De pareilles sciatiques ne sont pas très communes. Mais le nodus est à peu près infaillible et il est rare qu'il n'entrave pas pendant quatre ou cinq jours le fonctionnement du membre inférieur correspondant.
J'ai aussi, dans mon service, une autre victime des injections profondes. Une qui lui fut pratiquée, il y a deux ans, dans le service de M. Balzer, avec de l'huile grise, lui causa d'atroces douleurs, le rendit impotenl trois semaines cl. lui causa une stomatite épouvantable. Depuis, il n'a cessé d'avoir des poussées de syphilides tertiaires ulcéreuses. Il en guérit très vile avec le mercure pris à l'intérieur et l'iodure de potassium. Mais la syphilose cutanée se reproduit avec une facilité désespérante. Je l'ai admis tout récemment dans mon service pour un zona confluent lombo-abdominal, d'une violence excessive, qui a été précédé, accompagné et suivi d'horribles douleurs névralgiformes. Décidément la peau île ce pauvre patient est vouée aux affections graves. Néanmoins, sa santé générale est très bonne.
Je me suis rarement félicité d'avoir recours aux injections massives. Cependant, chez un des malades de mon service qui avait une syphilide ulcéreuse
NODOSITÉS AUTOUR DE LA l'IQUHK.
II. Le nodus est moins inévitable que la douleur. Autrefois, il prenait un développement et suivait un processus d'une importance beaucoup plus considérable qu'aujourd'hui. Encore maintenant, cette petite tumeur sous-cutanée ou intra-musculaire semble être une conséquence forcée de l'action du mercure sur les tissus. On l'a atténué, mais on n'est pas parvenu à s'y soustraire.
La dimension de ces nodules profonds est très variable. J'en ai vu de gros comme un œuf de poule ; en général, ils ont les proportions d'une olive ou d'une prune. Par la palpation, on les perçoit à travei s la peau et son pannicule cellulo-graisseux, à l'état d'induration un peu vague, diffuse au premier abord, mais dont les contours se précisent lorsque la douleur permet de les bien explorer. La consistance des nodi est ferme et uniforme. Quand ils ne doivent pas s'abcéder, la peau glisse à leur surface et ne présente aucun cbangement de coloration.
C'est une lésion très particulière qui méritait d'être étudiée, et qui l'a été avec le plus grand soin, en particulier par M. le doc-teur Pasquale de Michèle Comme ce qu'il a constaLé à la suite de ses expériences sur les animaux semble reproduire exactement ce qu'on observe chez l'homme, je vais donner le résumé de ses recherches, concernant la nature des processus locaux qui succèdent aux injections de calomel et la durée de son absorption.
Les doses de calomel injecté variaient suivant la taille des animaux, de 1 à 5 milligrammes chez le lapin, et de 1/2 à 1 milligramme chez le cobaye. Le sel était en suspension dans de la glycérine pure ou additionnée d'eau, dans une émulation de gomme arabique ou dans l'huile de vaseline. Les injections furent faites avec toutes les précautions antiseptiques, après avoir rasé la peau de l'animal au point correspondant à l'injection.
Une demi-heure à une heure après l'injection, on sent une tuméfaction de la largeur d'une pièce de 5 centimes, mal délimitée, de consistance dure, élastique, douloureuse à la pression, qui persiste sans se modilier pendant 24 heures, et qui, au bout de deux jours, commence à se circonscrire en présentant une consistance un peu plus grande,
généralisée et réfraetaire au mercure ingéré et à l'iodure, les injections de calomel ont été très bien tolérées et ont guéri très proniptement. Mais il y a eu récidive au bout de cinq semaines. Encouragé par les résultats favorables de la première injection, j'en ai fait une deuxième pour combattre le retour de la sypliilose cutanée. Mais, cette fois, il s'est fait au niveau de la figure un énorme point douloureux, qui est devenu fluctuant sans s'ouvrir, et qui a fini par se dissoudre. L'effet curatif a été médiocre.
■1 . Pasquale de Michèle. Meeeanismo di azione dalle iniczumi di calomelano [Giurnule italiano dclle mulutlic venerce e délia pelle, mars, 1892, p. 5).