IDIOSYNCRASIES INDIVIDUELLES
sont assurément beaucoup plus sensibles que d'autres à l'action curative de l'hydrargyre. Malheureusement, son influence toxique l'emporte de beaucoup sur son action curative, et ne lui laisse pas le temps do se développer.
Aussi ces stomatites, dues à l'idiosyncrasie, ne se rattachent-elles en rien à l'action thérapeutique. Elles diffèrent beaucoup, comme signification, de celles qui expriment une mercurialisation progressive, méthodique, commencée depuis longtemps, poussée jusqu'à ce degré de saturation curative où l'hydrargyrie huccale n'est qu'un épisode, un avertissement qu'il ne faut pas aller plus loin, parce qu'à ce moment-là on a obtenu ou on va très prochainement obtenir la plénitude de son influence curative.
La prédisposition à la stomatite est loin d'être la même chez tous les sujets; elle présente même de grandes différences chez le même individu. Ainsi, j'ai vu des malades dont la houche, très intolérante au début, finissait par s'accoutumer au mercure. Par contre, d'autres qui paraissaient posséder, à cet égard-là, une immunité complète pendant les premières cures, la perdaient plus tard; et leur bouche, sans qu'on sût pourquoi, devenait incapable de supporter impunément les doses qui peu de temps auparavant ne lui avaient causé aucun préjudice. Ces variations dans l'idiosyncrasie individuelle sont rares, et quand elles se produisent, ce n'est, en général, qu'à de très longs intervalles.
Il y a des sujets qui sont réfractaires à l'action du mercure sur
1. Dans une note fort intéressante sur une cause déterminante, peu connue de stomatite mercurielle et sur son traitement, M. le docteur Le Pileur signale un état pathologique et chronique des gencives qui, malgré son peu de gravité apparente, constitue un obstacle presque insurmontable à l'administration du mercure. Il se produit, en dehors du diabète, du scorbut, de l'albuminurie ou de toute autre dialhèse, et consiste en un petit bourrelet et un liséré d'un rouge assez vif, occupant le bord libre des gencives, principalement de celles du devant, surtout à la mâchoire inférieure. Cette gingivite est rebelle à tous les topiques et à toutes les précautions usitées en des cas analogues. On la rencontre sur des bouebes absolument saines et en l'absence de tartre. — A l'appui de celte étiologie de la stomatite mercurielle, M. Le Pileur cite un cas très curieux où celte gingivite coïncidait avec une disposition particulière de rintlanimalion dentaire à la mâchoire inférieure : les incisives y étaient tellement serrées par les canines, que celles-ci, comprimées par les prémolaires sur lesquelles venaient buter les grosses dents, chevauchaient sur 1rs incisives. I ne faillie quantité de mercure provoqua une salivation violente, chez le sujet, el il devint impossible de continuer le traitement. Que faire? M. I.'' Pileur eut l'idée de modifier l'état de la denture par l'ablation de deux prémolaires infè-r rieures. M. Piélkiewh-z les enleva, et le résultat fut aussi merveilleux qu immédiat. Le traitement fut très bien toléré sans stoma tite, et la denture inférieure nyanl plus d'espace devint très régulière et combla vite le vide laissé par l'ablation des deux prémolaires. (Congrès inter. de Dermat., Paris, 1879, p. 719-22.)
PRÉPARATIONS MURCURIELLES QUI
là cavité buccale. On peut leur donner impunément des doses énormes de mercure. Chez eux, l'aptitude curative est, ordinairement, très faible. Chez quelques malades atteints d'affections spécifiques de la moelle ôpinière et du cerveau, j'ai quelquefois inutilement tenté d'obtenir la salivation par le procédé le plus infaillible, c'est-à-dire par d'abondantes frictions mercurielles. Je cite cette particularité, sans en conclure que cet ordre de déterminations syphilitiques confère une immunité contre rhydrargyrié buccale.
C'est au début du traitement, dans le cours du premier septénaire, que les malades sont le plus exposés à la salivation. Plus tard, leur susceptibilité buccale diminue etpermet d'augmenter, s'il y a lieu, les doses des préparations mercurielles.
Parmi ces préparations, le calomel est un des plus ptyalogènes, surtout quand on l'administre à dose réfractée. Est-ce à sa composition qu'il doit cette propriété? Ici encore, comme pour l'influence thérapeutique, c'est plutôt la quantité du mercure que sa qualitr qu'il faut considérer. Dans ses différentes combinaisons, de même que clans ses diverses méthodes d'introduction au sein de l'organisme, la quantité est toujours le facteur le plus important. On tiendra compte aussi du temps que met cette quantité pour pénétrer dans la circulation1. Parmi les préparations mercurielles ingérées, le protoiodure occupe également une place très importante comme ptyalogène.
Mais ce sont surtout, les frictions et les injections massives de sels insolubles qui, de beaucoup, exposent le plus aux dangers de l'infection hydrargyrique buccale, et cela sous les formes graves, malignes et foudroyantes. Les mercuriaux ingérés, quand ils attaquent la bouche, ne le font ordinairement que sous un mode comparativement faible, partiel, lent, qui ne va du premier coup ni au plus haut degré, ni à la généralisation de sa toxicité ; tandis que les frictions et les injections insolubles massives, les premières principalement, procèdent d'une façon aiguë, plus violente, plus brusque, qui d'emblée devient grave par l'étendue et par la tendance ulcéro-gangreneuse de ses lésions.
Il y a donc beaucoup de degrés dans l'intoxication de la bouche par les mercuriaux, et môme presque des différences de nature si,
l. Dix centigrammes de calomci, s'ils sont résorlics, équivalent à cinq cuillerées à lionche de liqueur de Van Swieten, c'est-à-dire à 10 centigrammes de sublime.