‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 180 sur 610 · ROLE DE LA SALIVATION DANS LE TRAITEMENT MERCURIEL · texte numérisé non relu

ROLE DE LA SALIVATION DANS LE TRAITEMENT MERCURIEL

Mais il y avait aussi autre chose qui contribuait pour une large part à balayer, en un court délai, toutes les lésions de la syphilis : c'était l'état morbide général que de pareilles stomatites suscitaient dans tout l'organisme. Elles agissaient sur la syphilis comme une lièvre violente, comme un érysipèie, une pneumonie, une violente hydrargyrie cutanée, etc. Il n'y avait plus seulement une simple affaire de spécificité thérapeutique dans ce violent conflit entre la maladie et le mercure, mais un bouleversement général qui modifiait le mécanisme des fonctions plastiques dans ce qu'elles ont de plus intime et de plus profond, et les rendait incapables d'accomplir l'œuvre que leur avait imposée la syphilis. Les grands mouvements morbides sont toujours une délivrance pour les syphilitiques. C'est une question de pathologie générale que j'ai étudiée et exposée dans plusieurs de mes ouvrages. J'y reviens, parce qu'elle me parait expliquer certains faits qui ont été dénaturés ou imparfaitement compris.

Remarquez, je vous prie, que je ne fais point l'apologie des pratiques qui avaient cours autrefois. Je me borne à les expliquer. Le bien qu'elles produisaient, on aurait pu l'obtenir sans les excès qui les déconsidérèrent. La salivation thérapeutique fut une calamité. Mais si elle n'avait été que cela, pourquoi tant de médecins illustres l' auraient-ils systématiquement provoquée ?

Dans les syphilis contemporaines, qui sont la plupart du temps des syphilis très mitigées, y a-t-il lieu de provoquer la salivation ? On peut répondre, d'une manière générale, par la négative. Aujourd'hui nous évitons la salivation; bien loin de la provoquer, nous restons constamment en deçà, quand les manifestations sont légères, discrètes et n'attaquent aucun organe essentiel à la vie. Mais parfois, quand elle survient un peu malgré nous, nous ne sommes pas fâchés de voir tout de suite l'action thérapeutique s'accroître rapidement; et, si elle s'exerce sur des lésions dangereuses ou désagréables, le malade et le médecin se montrent indulgents pour elle et lui pardonnent volontiers, surtout si elle se borne à une intoxication très modérée de la cavité buccale.

L'erreur de ceux qui érigèrent en système la nécessité de la stomaticité reposait sur une fausse interprétation du processus de la guérison, et sur un excès de reconnaissance pour un événement morbide qui n'en mérite peut-être aucune. La salivation est, en effet, beaucoup plus le signe que la cause d'une hydrargyrisation salutaire. C'est moins par elle qu'm même tc??ips qu'elle qu'a lieu

CAUSES DE L'HYDRAItCYRIE BUCCALE.

l'action curative. Avouons néanmoins que, comme indice de celle action, elle est supérieure à tous les autres phénomènes d'empoisonnement mercuriel. Aussi est-on presque excusable de lui avoir conféré les honneurs d'une sorte d'énergie thérapeutique directe, qui, tout en renforçant celle du mercure, semblait être indépendante de lui et ne relever que d'elle-même.

I. Causes. — L'étude des causes de la stomatite est intéressante comme pathogénie et remplie de faits curieux où on voit le rôle que jouent l'idiosyncrasie, l'état de la cavité buccale, la nature des préparations hydrargyriqucs, leurs doses, la rapidité de leur absorption, et un grand nombre d'autres considérations écologiques d'une importance moindre, mais qu'il ne faut pas négliger dans la pratique.

Un premier fait à noter, c'est que la présence des dents dans la cavité buccale est une circonstance presque indispensable pour que la salivation se produise. Voyez les enfants ; jamais ils ne salivent. Aussi peuvent-ils supporter des doses de mercure relativement beaucoup plus considérables que dans la jeunesse et dans l'âge mûr.

Voyez aussi les vieillards qui n'ont plus de dents; de même que les enfants, ils sont à l'abri de la salivation. Dans les mines d'Almaden, il est de notoriété que, chez les ouvriers, la perte des. dents, quelle qu'en soit la cause, confère une immunité presque absolue contre l'hydrargyrie buccale causée si fréquemment par les vapeurs mercurielles.

Les femmes de tout âge et de toute condition présentent une prédisposition beaucoup plus grande que les hommes à subir l'intoxication mercurielle de la bouche. Et cependant les causes qui la provoquent ou la facilitent, le tabac, les alcools, le mauvais état des dents, la négligence des soins de propreté, etc., etc., sont incomparablement moins nombreuses chez elles que dans notre sexe.

Trousseau rapporte qu'une femme fut prise d'une salivation violente après une seule injection vaginale composée de 30 centigrammes de sublimé et de 500 grammes d'eau. Breschet observa de la salivation Le lendemain du jour on, pour la première fois, il avait caulérisé le col avec du nitrate acide de mercure. — Cbez une de nies clientes, qui avait uni' très belle dentition, 3 centigrammes île pioloiodure par jour produisirent en moins d'une semaine une

PRÉDISPOSITION DUS FEMMKS A LA STOMATITE.

salivation mercuricllo très violente ; au bout d'un an, même résultat avec la même dose1.

C'est chez la femme que j'ai observé les stomatites hydrargyriques les plus graves. A la suite de quelques frictions sur le ventre avec de l'onguent napolitain pour combattre une péritonite puerpérale, une pauvre femme fut prise, dans le service de Michon dont j'étais alors l'interne, d'une épouvantable inflammation de toute la cavité buccale, qui fut très longue à se guérir et eut des conséquences funestes qu'on voit rarement. C'étaient des brides cicatricielles qui faisaient adhérer les joues aux gencives, rapprochaient les mâchoires et les immobilisaient; de plus, l'articulation temporo-maxillaire ne tarda pas à s'ankyloser. 11 fallut recourir à une opération, qui n'amenda que très imparfaitement ces graves conséquences de l'hydrargyrie buccale. A rapprocher de ce fait un cas de Gubler où, à la suite d'une seule friction avec l'onguent napolitain, faite sur l'hypogastre pour une péritonite puerpérale, il survint une glossile parenchymateuse et des lésions de la bouche et de l'isthme guttural qui compromirent les jours de la malade.

Outre la prédisposition des sexes, il y a aussi l'idiosyncrasie individuelle, toujours mystérieuse, impossible à prévoir, commune à l'homme et à la femme, et qui nous impose une grande circonspection dans les doses, au début du traitement mercuriel. On rencontre des malades chez lesquels de très petites doses d'hydrargyre excitent, dans les cinq ou six premiers jours du traitement, des phénomènes morbides, plus ou moins accentués, du côté de la bouche, tels que tuméfaction douloureuse des gencives, agacement des dents, qui semblent ne plus occuper la même place dans leurs alvéoles, augmentation du flux salivaire, etc. Les choses peuvent en rester là, mais à la condition qu'on diminue ou qu'on suspende le spécifique. C'est une circonstance très fâcheuse. De pareils sujets

1. L'hydrargyrisme, avec d'autres déterminations que celle sur la bouche, se produit aussi chez les femmes avec une facilité inouïe. Les solutions très faibles de sublimé, employées comme antiseptiquesdans la pratique des accouchements, en fournissent des exemples remarquables. Chez une femme qui avait fait une fausse couche au troisième mois de sa grossesse, avec délivrance complète de l'utérus, bien revenu sur lui-même, trois injections vaginales avec de la liqueur de Van Swieten dédoublée donnèrent lieu aune céphalalgie violente et aune hydrarg.yrie cutanée scarlaliniforme généralisée, sans salivation (Jehé, Ann. de la polyclinique de Toulouse, 1893).

On a même vu, dans ces dernières années, plusieurs cas d'intoxication mortelle se produire, à la suite d'injections de sublime, vaginales ou utérines, chez des femmes nouvellement accouchées. — Les lésions ies plus prononcées existaient du côté des intestins, surtout du gros, et consistaient en ulcérations.

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