‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 183 sur 610 · SYMPTOMES ET DEGRÉS DE LA STOMATITE MERCURIELLE · texte numérisé non relu

SYMPTOMES ET DEGRÉS DE LA STOMATITE MERCURIELLE

purpurin, plus ou moins boursouflé et déchiqueté. Les dents commencent à se déchausser ; elles se couvrent d'un enduit pultacé et ne semblent plus aussi solidement fixées dans leurs alvéoles. En outre, elles sont agacées, et la mastication devient gênée ou douloureuse. Le mauvais goût de la salive, l'odeur spéciale de l'haleine se produisent ou s'accentuent, et l'existence de l'hydrargyrie buccale n'est plus douteuse ni pour le malade ni pour le médecin. Elle L'esl d'autant moins que le flux salivaire augmente peu à peu et devient parfois, dès le début, d'une abondance pathognomonique.

2e Degré. — Dans le deuxième degré de la stomatite, les foyers primitifs et circonscrits de l'inflammation hydrargyrique s'éLendent, se réunissent, et le processus gagne les gencives supérieures, envahit la muqueuse des joues, s'empare de la langue et peut envahir toute la cavité buccale.

C'est un degré très sérieux par lui-même, et peu grave cependant, si on le compare aux stomatites malignes dont nous ferons le troisième, degré.

La gingivite des stomatites moyennes ou du deuxième degré est caractérisée par le boursouflement, la tension, la couleur purpurine des gencives dont le bord détaché devient déchiqueté, érodé et se couvre d'un enduit grisâtre pultacé, qui s'étale aussi sur les dents. C'est entre elles et les gencives qu'est le foyer du mal. Il semble venir des alvéoles, et c'est pourquoi les dents paraissent en être expulsées et donnent aux malades la sensation exagérée d'un ébranlement, d'une vacillation qui menacent leur solidité d'implantation et annoncent leur chute prochaine.

La fongosité pultacée des gencives, le déchaussement des dents, la sécrétion de l'enduit boueux qui recouvre toutes ces parties, varient comme étendue, intensité et abondance, suivant les individus et l'état antérieur de leur dentition. Chez ceux dont la bouche était saine, ces phénomènes sont peu prononcés. Ils deviennent, au contraire, très rapidement considérables si les dents sont cariées, couvertes de tartre et entourées de gencives déjà déchaussées et ramollies. Ils sont ordinairement plus prononcés en bas qu'en haut et presque toujours unilatéraux. L'inflammation des gencives se propage à la muqueuse des joues qui devient, comme elles, boursouflée, œdémateuse, érodéc, ulcérée et fongueuse. Les dents s'y impriment par de petits enfoncements, tandis qu'une arèl^ longitudinale saillante se forme au niveau de l'interstice qui sépare les deux mâchoires.

GLOSSITE HYDRARGYRIQUE

C'est à ce niveau et plutôt en arrière qu'en avant que se produisent les ulcérations pultacées. Elles sont parfois beaucoup plus développées que ne le ferait supposer la gingivite,' elles constituent alors le foyer principal et primitif du mal. J'ai vu des cas où la gingivite était presque insignifiante, tandis que les ulcérations des joues avaient pris d'emblée un grand développement.

La langue n'échappe pas au processus, dans le deuxième degré de la stomatite. Elle se tuméfie, devient rouge, s'érode et s'ulcère sur ses bords qui se couvrent de cette espèce de bouillie fétide, d'enduit limoneux, pultacé, que sécrètent, avec une si grande abondance, toutes les parties de la muqueuse buccale atteintes d'inflammation hydrargyrique. Cette bouillie est souvent très blanche sur les bords de la langue, devenue crénelée par les empreintes qu'y laissent les dents. La glossite hydrargyrique est sans doute solidaire, dans une certaine mesure, de la gingivite. Mais, de même qu'aux joues, il y a en elle une certaine indépendance qui fait que ses degrés ne correspondent pas toujours à ceux du processus alvéolo-gingivo-dentaire. Dans la langue, comme ailleurs, l'hémilatéralité est très commune. C'est presque toujours sur le côté où le malade a l'habitude de se coucher que les lésions des gencives, des joues et de la langue se localisent et se concentrent, sans doute parce que l'afflux du sang y est plus actif et que les sécrétions normales ou morbides de la bouche y séjournent plus longtemps. Mais cette règle établie par Ricord n'est pas absolue. Dans beaucoup de stomatites, môme bénignes, les deux côtés se prennent; à plus forte raison dans les stomatites violentes qui, au début, ont une tendance très prononcée à envahir rapidement toute la cavité buccale.

Parmi les symptômes de la stomatite moyenne qui est à peu près la seule que l'on observe aujourd'hui, la fétidité de V haleine est le plus accentué et le plus caractéristique. Par lui seul il suffit pour révéler à distance la nature de la maladie. Cette odeur pénétrante est difficile, à décrire. Dès qu'on l'a sentie une seule fois, on la reconnaît toujours. Elle a des degrés qui sont généralement en rapport avec l'étendue et L'intensité des lésions.

Un autre symptôme capital, c'est la salivation. Elle est constituée par l'hypersécrétion d'un liquide salivaire épais, blanchâtre, filant, qui emplit continuellcmenl la bouche et condamne les malades à un perpétue] crachement. Pendant le sommeil, la bouche reste ouverte et le flux incoercible imbibe et souille les oreillers. La

Mauriac. - 16

SALIVATION, GINGIVITE, ODONTALG1E.

quantité moyenne de La salive est de 1 litre par jour. Elle peut devenir beaucoup plus considérable el s'élever à 7 ou 8 litres. Mais c'est rare aujourd'hui. Jadis, au contraire, on Taisait saliver les malades avec une surabondance si excessive qu'ils en étaient épuisés comme par une diarrhée colËquative. Une bonne salivation était, alors, celle qui donnait, en vingt-quatre heures, 5 à 6 livres d'une salive pituiteuse et gluante.

Dans l'intoxication de l'appareil buccal par l'hydrargyre. il v a deux phénomènes à considérer : la salivation el l'inflammation des gencives et de la muqueuse buccale. Ils se trouvent très souvent réunis; parfois aussi on les observe séparément. Sans doute, la salivation est, la plupart du temps, un phénomène secondaire qui résulte de l'irritation réflexe produite sur les glandes salivaires par l'inflammation gingivo-buccale. Mais on rencontre des cas où elle paraît être essentiellement primordiale et survenir indépendamment de toute stomatite. J'ai eu plusieurs fois l'occasion d'observer des salivations hydrargyriques abondantes , de 7 à 800 grammes par jour, sans qu'il me fût possible, pendant toute leur durée, de constater la moindre inflammation sur la muqueuse buccale. Un pareil fait, dûment établi, ne prouve-t-il pas que le parenchyme des glandes salivaires ou leurs nerfs sont quelquefois directement et isolément intoxiqués par le mercure? En revanche, il n'est pas rare de voir des stomatites mercurielles excessivement aiguës et douloureuses qui ne sont accompagnées que d'une salivation insignifiante.

Ces faits démontrent qu'il se produit parfois dans la stomatite hydrargyrique, comme du reste dans beaucoup d'autres maladies de toute nature, une dissociation des symptômes, qui a pour résultat d'en effacer quelques-uns et de conférer à d'autres une prédominance telle qu'ils paraissent être l'expression exclusive de l'état morbide.

Ainsi, j'ai vu quelquefois des empoisonnements de la bouche par le mercure ne donner lieu qu'à un seul symptôme, la douleur dentaire. Et cette douleur n'avait pas, comme on aurait pu le croire, sa raison d'être dans un mauvais état antérieur de la dentition, que l'hydrargyrc n'aurait fait qu'éveiller ou exaspérer. Non, l'odonlalgic survenait chez des personnes qui n'y étaient pas sujettes et dont l'appareil dentaire, parfaitement sain, écartait toute hypothèse d'une intervention étiologique autre que l'hydrargyrie. Commenl expliquer de semblables particularités, d'autant plus étranges

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