DIFFICULTÉ DE RÉGLER L'ÉLIMINATION MERCURIELLE
N'est-il pas évident que s'il était en notre pouvoir d'ouvrir ou de fermer ces sortes de soupapes de sûreté, nous pourrions obtenir, sans aucun dommage pour l'organisme, tous les degrés et même toutes les nuances de l'iiydrargyrisation thérapeutique ? Mais, comme il y a dans tous les organismes des parties faibles ou fâcheusement prédisposées à concevoir une action morbide quelconque, il faudrait que nous eussions aussi la faculté de choisir notre soupape de sûreté élira-matrice, d'en changer s'il y avait lieu, en un mot de diriger et de répartir cette tâche salutaire, sans nuire à aucun des appareils glandulaires chargés de l'accomplir.
On ferait d'abord des cures d'essai. On chercherait à voir quelles sont l'activité et la résistance des divers émonctoires, de façon à ne pas surmener les faibles et â faire donner aux forts le maximum de leur pouvoir éliminateur. Appuyé sur cette base solide, ne pourrait-on pas ensuite hydrargyriser l'économie sans crainte de l'intoxiquer, et avec la certitude d'obtenir du mercure tout ce qu'il peut donner comme action curative?
Il n'est pas difficile de l'introduire dans nos tissus. Les procédés pour cela ne manquent pas, et on en découvrira peut-être d'autres. Ce qui nous importerait plus, ce serait de régler son séjour et sa sortie. Eh bien, aucun progrès n'a été fait de ce côté-là. Mais nous sommes sur la voie qui nous y conduira. Aussi ai-je donné une grande place aux études biochimiques qui ont été faites sur le mercure dans ces dernières années.
Une grave question qu'on s'est posée de tout temps, c'est celle de savoir s'il vaudrait mieux favoriser ou retarder l'élimination du mercure pour obtenir le maximum de ses effets thérapeutiques. Les anciens syphiliothérapeutes, qui se trouvèrent en présence de syphilis bien autrement graves que celles d'aujourd'hui, n'hésitèrent pas. Avec leur intuition souvent merveilleuse, ils comprirent du premier coup que, pour dompter le mal, il fallait un circulus abondant et torrentueux de mercure à travers l'organisme. Afin de l'obtenir, ils agirent trop souvent avec une brutalité grossière et révoltante. Mais s'ils sursaturaient leurs malades, ils stimulaient aussi, aulant qu'il était en leur pouvoir, tous les émonctoires qui les délivraient du trop-plein, et activaient par là même le circulus incessant de 1'hydrargyrc.
Nul doute qu'il n'y ait encore beaucoup de cas où il est indiqué d'agir ainsi. Nous le faisons avec plus de discernement el de prudence que nos devanciers.