CHAPITRE II
Iodisme. Sa fréquence, ses degrés, ses déterminations. Coryza et conjonctivite iodiques. — Oreillons. Grippe. Iodisme grave des voies respiratoires avec œdème de la glotte et fâdéme broncho-pulmonaire pouvant entraîner la mort. Iodisme cutané : acné, pustules, bulles, nodules sous-cutanés. Pseudo- gommes, purpura, etc. — Ébriété iodique. — Prophylaxie. Biochimie de l'iodure de potassium.
Mais ces désagréments sont minimes comparés à d'autres plus sérieux, plus inattendus, qui alarmeraient singulièrement les malades si on ne prenait soin de leur dire d'avance ce qui peut leur arriver. Ici, comme dans l'hydrargyrisme, l'idiosyncrasie joue un rôle considérable. Toutefois elle n'est pas de même nature, car on voit des sujets réfractaires à l'intoxication par le mercure qui sont incapables d'absorber de l'iodure de potassium sans en être plus ou moins affectés.
lu iodisme est très fréquent; bien peu lui échappent complètement. Dans la grande majorité des cas, il se réduit à quelques troubles à peu près insignifiants et de courte durée. Néanmoins l'iodure de potassium répugne, en général, beaucoup plus aux malades que le mercure.
Aussi, quand on parle de tolérance, à propos de ce médicament, faut-il entendre par là que l'iodisme qu'il produit est d'ordinaire plus superficiel que profond, plus éphémère que prolongé; qu'il n'atteint pas autant que l'hydrargyrisme les forces vives de l'organisme, et qu'il les laisse môme souvent intactes malgré les doses les plus monstrueuses et les plus capables de développer toute la plénitude de son action malfaisante.
L C'est principalement sur la muqueuse des voies respiratoires que l'iodisme se détermine, et il le fail avec une fréquence et une intensilé remarquables. La pituitaire est son siège de prédilection. Bien peu de patients échappent au coryza iodique. Dans son ensemble ce coryza ressemble beaucoup au rhume de cerveau ordinaire. Il s'en distingue cependant par deux caractères, la brusquerie de son invasion et sa sécrétion séreuse, pituitcuse, plutôt que catarrhale et purulente.
Dans son degré le plus léger, il ne consiste qu'en un enchifrené-
CORYZA ËT CONJONCTIVITE IODIQUES.
ment, une obstruction nasale, un flux grisâtre, des éternûments, quelques irradiations douloureuses vers les sinus frontaux et un peu de lourdeur danslaface etdans la tête. Habituellement, quand il en est ainsi, les phénomènes s'atténuent au bout de trois ou quatre jours et disparaissent. Mais, d'autres fois, le premier éréthisme de la muqueuse passe seul, et le catarrhe persiste tout le temps que le malade prend de l'iodure.
Dans son degré le plus violent, le coryza iodique acquiert des proportions extraordinaires en quelques heures, et continue indéfiniment, sous ce mode suraigu, au point de rendre impossible la continuation du remède. C'est alors une véritable intoxication de la pituilaire. L'encombrement des fosses nasales s'oppose au passage de l'air et le spasme sternutatoire ne laisse pas un moment de repos. Le flux pitui taire ruisselle des deux narines ; le nez est tuméfié, tendu et rouge ; d'atroces douleurs névralgiformes irradient de tous les côtés vers le front et sur lesparties latérales de la face, qui. devient vultueuse, cramoisiée, violacée. Quelquefois la lèvre supérieure se gonfle démesurément, etc.
Entre ces deux degrés extrêmes placez tous les intermédiaires et vous aurez un tableau à peu près complet du coryza iodique. Mais, si prévenus que vous soyez contre lui, il dépassera quelquefois votre attente par les phénomènes qui lui sont propres et par ceux qui se développent en même temps que lui.
II. Parmi ces derniers, la conjonctivite iodique mérite une place à part. Elle occupe principalement la conjoncLive bulbaire, aussi l'appelle-t-on sclérite iodique. Ce n'est la plupart du temps qu'une simple rougeur. D'autres fois, l'inflammation, toujours catarrhale et accompagnée d'un flux considérable de larmes, devient beaucoup plus vive et se complique d'un chémosis œdémateux, d'un gonflement et d'une rougeur diffuse des paupières, avec occlusion plus ou moins complète des yeux. Cette conjonctivite est un des premiers effets de l'iodisme, comme le coryza. Tous les deux ont une grande affinité et paraissent solidaires l'un de l'autre à tous leurs degrés et pendant toute leur évolution'. Ne manquez jamais de dire à vos
d. Une de mes malades ne pouvait pas prendre la plus petite quantité d'iodure sans voir presque Instantanément un de ses yeux devenir plus gros qu'un œuf de pigeon et clos par l'énorme tuméfaction œdémateuse îles paupières;—Par une heureuse singularité, cette foudroyante conjonctivite œdéma teuse n'envahissail qu'un œil àlafois. Le coryza était relativement très modéré. L'usage de l'iodure devint à peu près impossible chez elle. Ce fut un supplice qu'elle ne se sentit pas le courage de subir.
ODONTALflIK, OUTILLONS, SALIVATION IODIQUES.
malades, quand vous leur donnerez de L'iodure, qu'ils auront, peu de temps après les premières prises, du larmoiement et du rhume de cerveau.
Autour du coryza et do la sclérite iodique se groupent d'autres phénomènes morbides qui ne dépendent pas d'eux exclusivement, mais que je place ici parce qu'ils occupent la région faciale. Beaucoup de malades éprouvent des douleurs dans les mâchoires ; elles paraissent siéger dans le masséter et le temporal. D'autres, surtout les femmes, ont les dents agacées et même une véritable hyperesthésie de tout le système dentaire, sans aucune lésion qui la puisse expliquer. L ' odontalgie iodique est si violente dans quelques cas exceptionnels qu'elle s'oppose à la continuation du traitement.
III. L'impression de l'iodure sur la muqueuse buccale et sur les glandes salivaires devient parfois presque aussi prononcée que celle qu'il exerce sur la pituitaire et la conjonctive ; mais elle est beaucoup moins fréquente.
La salivation iodique ne ressemble point à celle du mercure. Elle n'exhale aucune odeur et est beaucoup moins abondante. De plus, elle ne s'accompagne d'aucune lésion des gencives ni de la muqueuse buccale qui conservent toute leur intégrité. Elle doit provenir en grande partie des glandes salivaires, car les malades éprouvent souvent un peu de gêne douloureuse au niveau des parotides et des glandes sous-maxillaires. Il y a même, à leur niveau, un certain gonflement fluxionnaire qui, dans la région parotidienne, devient une sorte d'o?,eil/o?i iodique.
Tous les troubles hyperémiques et névralgiformes dont la face et ses cavités sont le théâtre s'accompagnent fréquemment, pour peu qu'ils soient intenses, d'un malaise général très pénible, de fièvre, d'insomnie, d'agitation continuelle, d'anxiété, d'angoisse et même de délire.
IV. Ces phénomènes généraux, qui surviennent souvent de la façon la plus brusque et la plus inattendue, s'exaspèrent encore quand la détermination toxique, ne se bornant plus à la pituitaire, envahit le pharynx et la muqueuse laryngo-traehéo-bronchique. C'est alors une véritable grippe qui se produit. La gorge est tuméfiée, d'un rouge vif dans toutes ses parties, à l'isthme, comme sur la paroi postérieure du pharynx, et la luette devient quelquefois œdémateuse.
Mais le groupe des phénomènes les plus alarmants se localise du
CATARRHES LARYNGO-BRONCHO-PULMON AIRES.
côté du larynx : la voix est sourde et rauquc, la respiration pénible et anxieuse, avec toux spasmodique, fréquente et douloureuse. Les bronches se prennent aussi, et bientôt tout l'appareil respiratoire semble impliqué dans le processus.
Là, comme dans la grippe ordinaire, la congestion joue le principal rôle et elle présente aussi ce caractère particulier de susciter un véritable état spasmodique qui l'emporte souvent sur l'élément catarrhal. Ce qui prouve bien qu'il en est ainsi, c'est la soudaineté des symptômes; ils arrivent en quelques heures à leur apogée. C'est aussi leur disparition rapide, du moins dans ce qu'ils ont de plus aigu et de plus alarmant. La grippe iodique résulte donc d'un raptus violent sur la muqueuse aérienne, qui passe sur elle comme un orage en bouleversant, pour quelques heures, le fonctionnement respiratoire.
Et tout ne se borne pas à ces phénomènes locaux. Là aussi, comme dans la grippe, le système organique est troublé par la fièvre et une sorte d'ataxo-adynamie qui fort heureusement ne dure que quelques heures. L'instantanéité, la rapidité, la courte durée du processus dans les effets de l'iodisme sur les muqueuses respiratoires, sont des traits à noter et à retenir, car, à défaut de renseignements, ils suffiraient pour mettre sur la voie du diagnostic. Qu'un médecin, par exemple, soit appelé auprès d'un malade intoxiqué, sous cette forme inquiétante, parl'iodure qu'un autre de ses confrères aura prescrit: sans cloute, il songera tout d'abord à une «l ippe. Mais si on lui dit que quelques heures auparavant la santé était parfaite, il ne lui en faudra pas davantage pour songer à l'iodisme.
Les hyperémies iodiques des voies respiratoires présentent, comme celles de la pituitaire et de la conjonctive, de nombreux degrés. Elles ont partout le même caractère. Outre leur aptitude à provoquer l'effet spasmodique réflexe, elles suscitent une action violente qui est plutôt hydrophlcgmasiquc que véritablement inflammatoire. Aussi l'œdème sous-muqueux y occupc-t-il la première place et y joue-t-il un rôle considérable. Il n'est pas rare de voir une hyperplasie œdémateuse du voile du palais, de la muqueuse du pharynx et (h; la langue, surtout à sa base, dans certains cas d'iodisme aigu ou chronique '.
I. Chez un île ses malades qui avail. abusé de l'iodure contre une syphilis secondaire, AI. R.-W. Taylor constata un gonflement du pharynx et de la racine de la langue, avec turgescence si prodigieuse des grosses papilles situées ;i la