EN QUOI CONSISTE LE TRAITEMENT MIXTE
obtient des résultats curalifs plus puissants qu'avec l'un ou l'autre remède employé exclusivement. Il est formellement indiqué dans tous les cas où la vie est menacée par les déterminations de la syphilis sur un ou plusieurs des grands viscères de l'organisme, sur les centres nerveux, par exemple. Il l'est aussi dans les lésione internes, qui, sans menacer l'existence, du moins immédiatement, compromettent d'une façon plus ou moins grave l'intégrité et Le fonctionnement des organes. Et puis, ne trouve-t-il pas son application toute naturelle dans la syphilis de transition, qui, comme date et comme accidents, participe tout à la fois de la période secondaire et de la période tertiaire, dans les exostopériostoses résolutives, dans les papulodermies ulcéro-croùteuses, clans les syphilides des tuberculeuses sèches, les onyxis, les sarcocèles, les irido-choroïdites, etc., etc. ?
Pour instituer le traitement mixte, on a recours à deux procédés : ou bien on administre séparément, dans la même journée, l'iodure et le mercure, ou bien on les réunit dans une même préparation pharmaceutique où ils se combinent suivant des modes variés.
Ce dernier procédé a obtenu une grande vogue dans notre pays depuis le jour où Gibert, médecin de l'hôpital Saint-Louis, inventa le sirop qui porte son nom. C'est un sirop de biiodure ioduré dont voici la formule :
Sirop simple oOO grammes.
Biiodure d'hydrargyre 20 centigr.
Iodure de potassium 10 grammes.
Chaque cuillerée à soupe contient 8 milligrammes de biiodure et 40 centigrammes d'iodure de potassium.
La saveur de ce sirop est extrêmement désagréable, et beaucoup de malades ne peuvent pas surmonter le dégoût qu'il leur cause. Il y a des estomacs qui le tolèrent difficilement et qui le vomissent. Ce sonL là, sans doute, des inconvénients sérieux; mais peut-être ne le sont-ils pas autant qu'on le dit, puisque cetLe préparation a conquis et gardé très longtemps une faveur thérapeutique exceptionnelle1.
I. D'autres préparations du même genre ont aussi été faites: tels sont le sirop de Boutigny, la solution de biiodure ioduré de Ricord,dont la formule est :
If Eau distillée 500 grammes.
Biiodure d'hydrargyre 15 eenligr.
Iodure de potassium 15 grammes.
De 2 à 3 cuillerées à bouche par jour.
Il y a aussi les pilules de biiodure ioduré de Gibert : chacune de ces pilules équivaut à 25 grammes de son sirop. On a inventé beaucoup de pilules, de dragées, de capsules de biiodure ioduré. Elles sont plus ou moins ingénieusement préparées. Mais, eu général, les solutions doivent être préférées aux préparations pilulaires chaque l'ois qu'il y entre de l'iodure.
l'OHMULKS HT l'HlNCIPAUX MODKS
Un reproche plus grave qu'un Lui a fait, c'est, d'être trop peu active, de ne montrer son efficaciLé que dans des cas légers ou moyens, de rester très au-dessous de ce qu'on attend d'elle dans les accidents sévères, d'exposer à de déplorables mécomptes, lorsqu'il y a urgence d'agir avec promptitude et sûreté. Oui, il faut reconnaître que cette fameuse préparation ne réalise qu'imparfaitement la médication mixte; cela tient à ce que l'iodure y est en trop faible proportion, puisque chaque cuillerée à bouche contient moins d'un demi-gramme de ce sel.
La formule de Gibert, étant admis son principe, n'a rien d'absolu et se prête à, des modifications qui l'améliorent sans en changer la nature. Voici comment je formule la liqueur de biiodure ioduré :
ïfi Biiodure d'hydrargyre 10 centigr.
Iodure de potassium 20 grammes.
Eau distillée ou sirop d'écorce d'oranges
amères 200 —
Chaque cuillerée à dessert, évaluée à 10 grammes environ de liquide, renferme 1 gramme d'iodure et 5 milligrammes de biiodure1. Le biiodure d'hydrargyre se combine à l'iodure de potassium pour donner de l'iodhydrargyrate de potassium HgP,KI, qui reste dissous à la faveur de l'excès d'iodure. La quantité de ce composé contenue dans la liqueur est de 13 centigrammes pour la solution entière, soit 6 milligrammes 5 par cuillerée à dessert.
Ma formule de biiodure ioduré n'a que deux quantités fixes : celle du biiodure et celle de l'excipient. Quant à celle de l'iodure de potassium, je la fais varier suivant la tendance plus ou moins prononcée de la syphilodermie à l'ulcération, ou, pour parler d'une façon plus générale , suivant la quantité approximative de tertiarisme contenue dans la détermination. La dose minimum est de deux cuillerées à dessert par jour ; la dose maximum, que je ne dépasse guère, est de trois cuillerées à bouche, quotidiennement, soit 6 grammes d'iodure, 3 centigrammes de biiodure et 4 centigrammes environ d'iodhydrargyrale de potassium.
Si les phénomènes morbides exigeaient une dose de mercure plus considérable que celle contenue dans ma formule, on pourrait la modifier de la façon suivante :
1£ Biiodure d'hydrargyre 20 centigr.
Iodure de potassium 20 grammes.
Eau distillée 200
Le traitement mixte se prête à de nombreuses combinaisons. Outre les deux modes principaux qui sont l'emploi des deux spécifiques dans la même préparation, ou leur administration séparément, chaque jour, il y en a un troisième qui consiste à donner un jour l'iodure el le lendemain le mercure, et ainsi de suite alternativement. Dans un quatrième, qui est certainement moins mixte que les précédents, mais
1. Ces S milligrammes de biiodure correspondent à 2 milligr. 2 de mercure métallique et à :t milligr. 6 de protoiodure,ceci calculé évidemment par rapport an mercure.