‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 255 sur 610 · ATTENTION QU'EXIGE L'ÉTAT MORAL DES MALADES · texte numérisé non relu

ATTENTION QU'EXIGE L'ÉTAT MORAL DES MALADES

diables, il est bon do ne pas oublier que beaucoup d'organismes présentent presque toujours certains points plus vulnérables que d'autres. Nous devons en tenir grand compte dans l'hygiène des syphilitiques.

I. Or, comme de tous les organes internes, les centres nerveux et principalement le cerveau sont, dans une incomparable proportion, ceux qui attirent le plus l'action syphilitique aux diverses périodes de la maladie, ce sont eux surtout que nous devons avoir en vue pour la direction des mesures hygiéniques destinées à sauvegarder leur intégrité organique et fonctionnelle.

Parmi les circonstances qui sollicitent le plus les déterminations de la syphilis sur les centres nerveux, il faut mettre en première ligne les surexcitations et les dépressions qu'entraîne la vie mondaine menée à grandes guides, telles que les émotions du jeu, les veilles prolongées, les soupers et les excès vénériens, etc., qui en sont presque toujours la conséquence. Dans un ordre de choses moins blâmable, les travaux excessifs de l'esprit, le surmenage intellectuel, les commotions morales, les préoccupations, les anxiétés, les chagrins continuels jouent un rôle considérable dans la pathogénie des syphiloses cérébro-médullaires.

L'hygiène morale des syphilitiques, si essentielle dans maintes circonstances, ne présente pas de grandes difficultés lorsqu'il s'agit de prêcher l'impérieuse nécessité de mettre un terme à ces genres de vie outrancière si dangereuse pour ceux qui s'y complaisent. Nous pouvons arriver, pour peu que nous soyons persuasifs et pénétrés de notre sujet, à faire rompre brusquement ou abandonner peu à peu de pareilles habitudes.

II. Mais il n'en est pas ainsi lorsqu'une tournure particulière de l'esprit porte les malades à devenir les propres artisans de leurs infortunes morales, souvent imaginaires. Chez eux les passions tristes ont une source intarissable, une spontanéité invincible. Combien n'en voit-on pas qui sont bouleversés de fond en comble quand ils apprennent qu'ils ont un chancre syphilitique ! Du premier coup, la vue terrifiante de ce que la syphilis a de plus redoutable, pour le présent et surtout pour l'avenir, les frappe d'une sorte de sidéralion contre laquelle nous luttons vainement. C'est comme un maléfice qui les pénètre jusqu'aux moelles. N'attendez d eux aucun effort pour réagir contre celte obsession. Le temps seul et les événements finissent quelquefois par la dissiper peu à pou. Et

DANS Ltë TRAITEMliNT DIS LA SYPHILIS.

nous aussi nous pouvons y arriver en leur disant avec précision et sincérité, sans aucun artifice de langage ressemblant à des consolations banales, qu'ils ont tort d'exagérer leur malheur; qu'il est extrêmement probable que chez eux la syphilis, comme chez tant d'autres, n'aura aucune gravité ; qu'un bon traitement secondé par eux fera rapidement justice de ses premières poussées qui s'éloigneront et s'atténueront de plus en plus après les premiers mois ; qu'au bout d'un an et peut-être moins elle ne fera que les taquiner par quelques récidives de plaques muqueuses, et qu'enfin au bout de trois ans ils pourront se marier avec la certitude à peu près complète de n'infecter ni leur femme, ni leurs enfants. JNous ajouterons que, parmi les conditions antihygiéniques les plus propres à entraîner des accidents fâcheux, l'état d'esprit qui les domine actuellement serait déplorable s'il s'établissait en permanence; que, le premier choc passé, il faut reprendre possession de soimême et envisager la situation telle que nous la dépeignons et telle qu'elle est en réalité dans la très grande majorité des cas.

Parmi ces syphiliophobes, il y en a qui ne restent pas très longtemps sous le poids de leur angoisse. Ils s'en délivrent au bout de quelques mois quand ils voient que les méfaits de leur maladie ne troublent que fort peu le train habituel de leur existence et seraient en somme presque insignifiants si on ne connaissait pas leur provenance infectieuse. Chez d'autres, la hantise syphiliophobique n'est conjurée par rien. Leur calme, leur silence nous font espérer parfois qu'ils en sont délivrés ; mais bientôt quelques paroles révélatrices nous prouvent qu'elle les tient et les domine encore. Sous une surface unie s'agite toujours la tempête des folles terreurs imaginaires. Ceux-là, ce sont les concentrés que frappe pour toujours une morne incurabilité. Comme contraste, vous verrez les bruyants, les expansifs qui dissertent et épiloguent à perte de vue sur leur syphilis, et font de leur langue une soupape de sûreté dans leurs crises d'hypocondrie.

Assurément do pareilles conceptions, quelles que soient leurs fuî mes, ont de très mauvais côtés, surtout quand elles arrivent au point de réagir sur la santé générale. Et cependant beaucoup de syphiliophobes échappent aux éventualités les plus fâcheuses de la syphilis. Mais j'en ai vit chez qui les pressentiments sinistres étaient d'une désolante exactitude, car tôt ou tard ils se trouvaient justifiés par la réalisation trop parfaite du redoutable avenir qu'ils avaient deviné.

INDICATIONS FOURNIES l'Ail L'ÉTAT DU SYSTÈME NERVEUX.

L'immunité des femmes eonlre la syphiliophobie est un phénomène psychologique que j'ai constaté bien des l'ois et qui a été noté par un grand nombre d'observateurs. Est-ce leur ignorance sur tout ce quia trait à la syphilis qui les laisse dans cette enviable quiétude ? Ne serait-ce pas plutôt, en cela comme en tant d'autres choses morales où elles nous sont très supérieures, une courageuse résignation qui leur donnerait le privilège de ce que nous considérons peut-être à tort comme de l'insouciance ou de la légèreté?

III. Au nombre des causes qu'on ne doit jamais perdre de vue ni négliger dans l'hygiène des syphilitiques, il importe d'accorder une grande place aux prédispositions nerveuses, au nervosisme héréditaire ou acquis. Là encore il ne faut rien exagérer; mais il est incontestable que de pareils antécédents se rencontrent dans une forte proportion chez les sujets dont le cerveau et la moelle épinière sont frappés par la syphilis.

Quand on va au fond des choses et qu'on ne se contente pas de la simple énonciation des résultats, la pathogénie de ces dangereuses manifestations qui sont si communes n'est pas facile à comprendre.

L'anatomie pathologique ne prouve-t-elle pas, en effet, que la plupart des lésions syphilitiques du cerveau et de la moelle ne se localisent pas d'emblée sur les éléments actifs et nobles de ces organes, c'est-à-dire sur les cellules nerveuses? Le parenchyme proprement dit n'est atteint que par contre-coup. Ce n'est pas lui que vient attaquer directement l'agent infectieux (virus, poison, microbe, toxine, ou ce que vous voudrez). Il n'arrive à lui que par une voie détournée, et celle qu'il prend dans la plupart des cas, c'est la voie artérielle. C'est parce que les artères et les capillaires artériels des centres nerveux sont tout d'abord sclérosés par la syphilis que les départements nerveux qu'ils irriguent tombent dans l'anémie, l'insuffisance nutritive et la désorganisation.

Assurément quand d'innombrables constatations prouvent , que de tous les systèmes c'est le système nerveux qui est le plus fréquemment atteint par la syphilis, à toutes ses étapes, on a raison de dire que le virus syphilitique est le poison du système nerveux.

Mais, par le fait, il empoisonne beaucoup plus les vaisseaux de ce système que ses éléments propres. Ne serait-il pas naturel de supposer que le surmenage intellectuel et toutes les passions morales qui attirent le principe infectieux sur le névraxe auront pour effet de le localiser tout d'abord dans 1rs cellules? Ne sont-ce pas

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