‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 270 sur 610 · INFIDÉLITÉ ET DANGER DU TRAITEMENT D'ÉPREUVE · texte numérisé non relu

INFIDÉLITÉ ET DANGER DU TRAITEMENT D'ÉPREUVE

trouvent dans l'imminence de nouvelles poussées, ce qui a toujours lieu pendant la phase secondaire ou virulente de la maladie, c'està-dire pendant ses deux ou trois premières années. C'est là un précepte général. Combien ne voit-on pas de malades qui n'ont aucun besoin des eaux sulfureuses pour guérir leurs syphilis bénignes! Elles leur seraientmême peut-être plus nuisibles qu"uliles.

Je n'ai en vue, pour le moment, que les syphilitiques chez lesquels la maladie évolue régulièrement et guérit avec les spécifiques, sans que leur santé éprouve aucun dommage. — Plus laid nous nous occuperons, à propos de la cure mixte, des cas qui exigent de bonne heure la balnéation thermale sulfureuse.

III. Quels sont les résultats delà cure thermale simple, quand on y a recours en dehors des manifestations syphilitiques, pour attaquer uniquement la diathèse devenue latente et inactive, du moins en apparence? Quelle que soit la nature des eaux, on peut dire que leur action est reconstituante, tonique, stimulante, et, en somme, très salutaire pour les organismes un peu délabrés, si on a soin de profiter, avec mesure et discernement, de toutes les bonnes conditions hygiéniques que réunissent aujourd'hui presque toutes nos stations balnéaires.

Mais il y a un autre effet qu'on a attribué à la cure simple et qu'on lui a demandé. 11 est propre aux thermes sulfureux ou, du moins, ils le possèdent à un bien plus haut degré que tous les autres. C'est de réveiller la diathèse assoupie, de la faire sortir des repaires où elle se tapissait sournoisement, de l'exhiber au grand jour et même de l'exciter au point de lui faire produire de nouvelles manifestations. Un pareil résultat est-il possible? On l'a contesté, mais il est certain qu'il n'est pas tout à fait chimérique.

Le grand point c'était d'employer systématiquement ce mode d'action et de l'utiliser dans la cure de la syphilis.

Anglada eut le premier cette idée et, sans doute, on la trouva bonne, puisqu'elle se répandit très vite et fut le point de départ d'une nouvelle méthode de traitement, dit traitement d'épreuve et de, contrôle. On l'employa bientôt dans foutes les stations françaises et étrangères où se rendaienl les syphilitiques. Chez nous elle fut prônée surlout par Lambron (de Luchon). Si elle eut de tous côtés beaucoup de partisans, elle ne rallia cependant pas tous les suffrages. Dès 1857, dans une séance de la Société d'hydrologie (Ann. de la Soc. d'hydrol^ t. III), où on discutai! l'application des

ET DE CONTROLE l'A» LA BALNÉATION THERMO-SULFUREUSE. 359

eaux minérales au traitement de la syphilis, Ricord émettait des doutes sur les résultats révélateurs et en contestait la nécessité.

Depuis cette époque, bien qu'on ait continué un peu partout à mettre en usage clans les stations balnéaires le traitement d'épreuve, une réaction bien marquée s'est produite contre lui. Ainsi, le Dr Reumont, d'Aix-la-Chapelle, qui en avait été un très chaud partisan, n'a pas maintenu son enthousiasme au même diapason et l'a laissé peu à peu se calmer et s'éteindre. Un de nos hydrologistes les plus distingués, M. le Dr de Lavarenne, médecin à Ludion, l'a formellement condamné dans son Élude critique sur le traitement d'épreuve {Soc. d'hydrol. méd. de Paris, t. XXVIII). Il lui reproche non seulement d'être mensonger dans ses oracles, mais aussi de produire quelquefois des conséquences très dangereuses.

On a vu, en effet, des malades que cette méthode avait laissés indemnes, pendant qu'on l'appliquait, subir plus tard des manifestations imprévues. Il n'y avait eu pour eux qu'une fausse sécurité.

Beaucoup sont tourmentés du désir de savoir s'ils en ont fini avec leur maladie, surtout lorsqu'ils veulent se marier. Ils nous demandent de leur faire subir l'épreuve des eaux excitantes qu'ils considèrent comme une pierre de touche. Faut-il leur conseiller la balnéation sulfureuse? — Assurément, quand elle ne répond à aucune autre indication, elle est inutile chez les sujets bien portants, qui se sont méthodiquement traités pendant plusieurs années et sont débarrassés depuis longtemps des dernières manifestations progressivement atténuées de leur syphilis. Quand même leurs téguments et tous leurs autres organes seraient restés impassibles sous les coups répétés des hyperstimulations les plus intensives de la thermothérapie sulfureuse, il n'y aurait pas, dans ce résultat négatif, une garantie absolue pour l'avenir.

Mais s'il survenait une poussée quelconque d'une spécificité indéniable, n'y aurait-il pas eu quelque avantage à la forcer de se produire? C'est fort conleslable. JN'esl-il pas étrange, du reste, que, sous prétexte de guérir une maladie, on s'évertue tout d'abord à la provoquer. — Quieta non movere; ce vieil adage trouve ici son application. Qui vous dit que si, au lieu de tourmenter vos patients par le traitement révélateur, vous les aviez laissés tranquillement étiez eux dans toute la plénitude de leur santé, leur virus ne serait pas resté jusqu'à la fin de leurs jours dans cet état d'inertie qui équivaut à sa non- existence? 't oujours est-il que les accidents plus on moins graves suscités par l'épreuve sulfureuse, à supposer qu'ils

:tOO DOUTHS SUR L'ACTION MANIFESTANTE DES THERMES SULFUREUX.

eussent dû survenir, ne l'auraienl fait que plus lard, et c'eût été autant de gagné. Et comme quelques-uns ont été parfois aussi mauvais et aussi dangereux que possible, ils n'aiiraieni pas pu être pires s'ils s'étaient développés spontanément.

IV. Un hydrologiste d'un grand mérite, mon savant confrère el ami M. le D1' Royer1, médecin-inspecteur des eaux de Challes, croit que les eaux sulfureuses et autres n'ont aucune action manifestante et que le retour des accidents syphilitiques à la suite d'une cure d'épreuve, qui est toujours très intensive, doit être attribué, s'il se produit, non pas à l'action directe de l'eau employée, mais à la fatigue, au surmenage, à la débilitation occasionnés par des suda-

1. « Pour ma part, m'écrit M. Royer, je n'ai observé qu'un seul fait se prêtant à l'interprétation de l'action manifestante de la cure. — II m'a été offert par un sujet, âgé de quarante-six ans, d'apparence un peu délicate, ayant contracté deux ans auparavant une syphilis bénigne, d'ailleurs régulièrement traitée durant cet intervalle à l'aide de proto-iodure, de liqueur de Van Swieten et d'iodure de potassium, et qui, silencieuse au moment d'une cure simple de très moyenne intensité faite à Challes. pendant 25 jours, au moyen d'eau minérale en boissons, en bains, en pulvérisations pharyngiennes et en gargarismes, se révéla à nouveau, deux mois après cette cure, par un ictus cérébral, dont les effets purent heureusement être enrayés et guéris promplemenl.

« N'étant pas partisan de la croyance à l'action manifestante des eaux minérales en général, et de celles de Challes en particulier, je pense que, si cet accident n'est pas le fait d'une simple coïncidence et doit être rattaché à la cure, c'est que celle-ci n'a pas été poursuivie dans des conditions de repos suffisantes, et que M. X, alpiniste intrépide, sans s'être au préalable entraîné suffisamment, s'est livré, dans la montagne, à des exercices de marche exagérés et disproportionnés avec sa résistance.

« Depuis, j'insiste davantage auprès de mes syphilitiques soumis à la cure simple, dans mes recommandations, sur la nécessité d'éviter toute fatigue pendant, et aussi quelque temps après son application.

« Du reste, l'occasion d'appliquer cetle cure diminue chaque jour, au fur el ii mesure que s'accentue le discrédit du traitement d'épreuve. — Elle est presque exclusivement réservée aujourd'hui aux cas où l'état généal du syphilitique est particulièrement en cause et a besoin d'être promptement modifié et restauré. »

Voici quelques autres faits qui sont bien de nature à faire condamner le traitement d'épreuve :

■M. Garrigou a publié l'histoire d'un jeune homme qui, après un traitement d'épreuve, eut, entre autres accidents, une périostile des os du nez avec carie, nécrose, déformation de l'organe.

Un des malades de M. Jullien eut, à la suite d'un traitement d'épreuve, une grande poussée du côté des centres nerveux et resta paralysé.

Chez un syphilitique dont l'infection datait de vingt ans et qui jouissait d'une santé parfaite, une thermothérapie intensive produisit, au bout d'un mois, de l'amnésie, de la céphalée, dos modifications dans le caractère et une hémiplégie droite (de Lavarenne).

Un autre dont la syphilis datait de 2 ans, soumis aussi aune thermothérapie intensive, consistant en force douches, sudations, boissons sulfureuses, fut pris, un mois après cette cure d'épreuve, d'une hémiplégie droite avec aphasie, qui ne céda qu'au traitement mixte le plus énergique.

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