CONTRE LA SYPHILIS DANS LES DIFFÉRENTES RÉGIONS DU GLOBE
Sicli-Haket à El-Hammam, Nefta, Sbeitla, Béja, Bou-Chateur, Hammam- Zeriba, Hammam-El-Enf, Hammam-Sguededi, Gafsa. Mais aucune ne jouit d'une réputation et n'a une vogue aussi grande que Kourbès ou Korbès.
Kourbès ou Hammam- Kourbès est spécialement renommée pour le traitement de la syphilis parmi les indigènes. C'est une petite ville de 500 habitants, située au bord de la mer, dans la partie est du golfe de Tunis, à une assez grande distance de la ville par la route de terre. Aussi préfère-t-on s'y rendre par mer. Elle était très connue des Romains. Pline l'appelait Carpis ou Carpi, et Tite-Live la désignait sous la dénomination de Ad Calidas Aquas ou A dAquas(Peut'mger). Ses eaux, en effet, possèdent une haute thermalité qui va de 80 à 95 degrés. Elles jaillissent de sept sources, non loin du promontoire de Ras-Fortas. Une douzaine de sources bouillantes, parfaitement reconnaissables à la colonne de vapeur qui s'en échappe, s'élançent de la mer à une petite distance de Kourbès.
Ces eaux, complètement ignorées chez nous, ont le prestige d'une très haute antiquité. Peut-être étaient-elles aussi à la mode chez les Carthaginois, puis chez les Romains, que nos stations balnéaires de France les plus fréquentées. Qui sait si les belles Carthaginoises dont les fabuleuses Didon et Salammbô sont le type souverain, dans le domaine de la poésie, n'allaient pas y faire de brillantes villégiatures avec toute la pompe et toute la richesse de leur faste oriental? Que de monstrueuses maladies cutanées ces thermes ont dû voir, si tout ce monde grouillant de Carthage, depuis les suffètes, comme Hannon, jusqu'aux impurs mercenaires de toutes les races et de tous les pays, s'y purifiaient de leurs lèpres, de leurs éléphantiasis, peut-être aussi de leurs syphilis! Qui nous dit qu'elles n'ont pas eu l'honneur d'avoir des clients comme Annibal, Scipion l'Africain, Caton d'Utique, etc., etc.?
Toujours est-il que c'est à Kourbès que les Arabes se rendent pour soigner leurs syphilis. Un de mes malades, qui voyageait en Tunisie, se laissa séduire par les récits merveilleux qu'on lui faisait des vertus curatives de ces thermes. Quoiqu'il n'en eût aucun besoin, il alla les visiter. Je tiens de lui les détails suivants :
La cure à Kourbès est de 21 ou de 42 jours. Les 7 premiers jours, on boit, le matin, de 7 à 12 litres d'eau, autant qu'on en peut ingurgiter. Il en résulte une purgation violente mais sans douleur. On déjeune. Puis on va à l'étuve dans une grotte naturelle, où on se soumet pendant une heure à une transpiration très abondante. Le soir, à 5 heures, bain de 55 à 60 degrés. Les 7 jours suivants, l'eau du matin est remplacée par un rob végétal que fabriquent les Arabes. Dans le troisième septénaire, on revient à l'ingurgitation des eaux, le matin, pour se purger. Dans le quatrième septénaire, on remplace la purgation par le rob, et ainsi de suite alternativement, tous les 7 jours. L'étuve et le bain du soir restent fixes, à la même heure et quotidiennement.
C'est un traitement balnéaire violent; mais il paraît qu'il fait merveille. Un riche Anglais, qu'on fut obligé de débarquer à Malte, en revenant de l'Inde, tant il infectait le bâtiment par un épouvantable ozène