CRITIQUE DU TRAITEMENT CONTINU
Or, n'ost-il pas do la dernière évidence, quand on envisage la question sans aucun parti pris, qu'on doit traiter la syphilis principalement lorsqu'elle est en action ? Puisqu'il faut des trêves dans nos combats contre elle, ne sont-ce pas les moments où elle bat en retraite et se dérobe que nous devons choisir pour déposer les armes ? — C'est là un principe de tactique qui me semble au-dessus de toute contestation, et c'est lui qui a toujours inspiré et dirigé la plupart des syphiliographes anciens ou modernes. La continuité rigoureuse dans les cures n'a jamais été sérieusement professée ni mise en usage '.
les récidives reviennent, d'ordinaire, dans un certain cycle qui est d'environ 3 mois. On est, par conséquent, autorisé à employer des cures intermittentes contre ces récidives intermittentes, avec un intervalle de 2 mois environ entre les reprises des traitements successifs, car il faut toujours que ces traitements dépassent la durée des manifestations qu'ils sont destinés à combattre.
i. Traitement continu de la syphilis. — Il est à peu près abandonné par tous les praticiens. On ne remploie plus systématiquement. Il a pourtant un champion en Angleterre, M. Jonathan Hutchinson, qui se montre partisan convaincu d'une mercurialisation longtemps continuée dans la cure de la syphilis. Aux États-Unis, M. Keyes a longtemps cru, lui aussi, à son efficacité, et il a été l'inventeur d'un système de médication qu'il appelle le Traitement tonique de la syphilis {The tonic Treat. of Syph., New- York, 1877). Il employait le protoiodure de mercure et le donnait pendant 2 années et même plus. La dose moyenne était augmentée progressivement, à des intervalles plus ou moins éloignés, jusqu'à ce qu'il y eut un commencement de gastro-entérite ou de salivation. On arrivait ainsi à la dose complète (full dose), qu'on maintenait ou qu'on augmentait en combattant la diarrhée et la salivation, jusqu'à ce que toutes les manifestations syphilitiques eussent disparu. Aussitôt après, on réduisait progressivement la dose, qui agissait alors comme tonique (tonic dose), et on la continuait sans interruption, de jour en jour, de mois en mois, jusqu'à de nouvelles poussées. Alors on faisait appel de nouveau à la dose complète qu'on continuait jusqu'à la cessation des accidents; puis on redescendait à la dose tonique, et ainsi de suite. — Je ne fais que résumer cette méthode, sans entrer dans le détail minutieux des doses, suivant leur progression et leur diminution arithmétiques.
La stomatite et la gastro-entérite mercurielle, surtout cette dernière, sontelles toujours de bons guides dans le traitement médical? Est-ce qu'elles concordent constamment avec l'efficacité thérapeutique du médicament qui les suscite? Non, il s'en faut de beaucoup. On aurait bien des mécomptes si on les prenait comme un critérium infaillible de la saturation mercurielle antisyphilitique dans la plénitude de cette acception.
Et puis, chez ceux qui, de parti pris et parce qu'ils n'y voient aucun inconvénient immédiat, s'ingurgitent du mercure indéfiniment, surtout si c'est la nierne préparation, le remède passe à travers l'organisme comme une substance indifférente. Des pilules de mie de pain ne seraient pas plus inoll'ensives. La mercurialisation arrive, par un long usag(! et quand elle est faible, à une inanité de résultats désespérante. Bien plus, elle entrave ou amoindrit toute intervention ultérieure faite dans le même sens, mais à doses plus élevées. Jl faut alors changer le mode d'introduction du mercure et passer aux méthodes intensives des injections hypodermiques et des frictions dont on aurait pu se dispenser, sans la continuité déplorable de l'ingestion quotidienne du protoiodure ou de toute autre préparation h vdrargyrique. ■Mais celte ingestion ininterrompue n'est pas toujours exempte d'inconvénients: