‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 305 sur 610 · DES TRAITEMENTS SUCCESSIFS ET INTERMITTENTS · texte numérisé non relu

DES TRAITEMENTS SUCCESSIFS ET INTERMITTENTS

ment obtenu d'un traitement moitié moindre, mais plus intelligemment distribué. » Ces remarques sont fort justes. Il n'est pas douteux que l'accoutumance amoindrit et finit par annuler les effets thérapeutiques.

C'est sur cette vue que M. Fournier a fondé sa méthode des traitements successifs et intermittents. J'ai dit qu'elle était rendue pour ainsi dire obligatoire par la succession des poussées ellesmèmes, qu'on doit toujours prendre pour base des indications.

L'originalité de la méthode du professeur Fournier, c'est que l'indication négative résultant de l'accoutumance doit primer l'indication positive fournie par les accidents.

« Voici un malade, dit-il, qui ces jours derniers est venu réclamer mes soins pour une syphilide papuleuse typique, accompagnée de quelques autres accidents inutiles à spécifier. Je lui ai prescrit un traitement mercuriel (5 à 10 cent, de protoiodure quotidiennement). Dans trois ou quatre semaines environ, la syphilide aura disparu, suivant toute vraisemblance. Le traitement néanmoins sera continué. Nous comptons le prolonger deux mois environ. — Mais au delà que ferai-je? Au delà, quoi qiiil arrive (remarquez-bien cela, dit M. Fournier), je cesserai le traitement, bien certain par expérience que mon malade aura commencé déjà à prendre l'accoutumance du mercure, et que de nouvelles doses du remède n'exerceraient plus sur lui qu'une influence relativement moindre, peu active. Je le laisserai donc sans médication plusieurs semaines, mettons, pour fixer une mesure, un mois au minimum. »

N'y a-t-il pas là une exagération qui serait dangereuse si elle devenait systématique ? Supposez que le malade dont parle M. Fournier eût été atteint d'iritis, ce qui n'est pas rare pendant ou après une syphilide papuleuse. Aurait-il fallu se priver du grand bénéfice que donne la médication mercurielle dans le traitement de ce grave accident, sous prétexte d'accoutumance? Mais non, vous ne l'auriez pas fait. Tout praticien, en pareille occurrence, ne doit songer qu'au plus pressé. Les théories, les systèmes sont des guides trompeurs quand ils ne s'adaptent pas à l'urgence ou qu'ils n'en tiennent aucun compte. Que notre arme soit émoussée, je l'accorde ; mais servons-nous-en tout de môme. Augmentons les doses du mercure, varions les procédés, nous trouverons toujours le moyen de revivifier momentanément son action, sans que notre incurie, coupable en pareil cas, confie au Lemps le soin de le faire.

« Ce mois passé, continue M. Fournier, je reprendrai le traitement et je le reprendrai (notez bien encore ceci), dit-il, quoi qu'il soit advenu, que le malade ait ou n'ait pas eu de nouveaux accidents. Car, n'aurait-il éprouvé

L'ACCOUTUMANCE NE DOIT l'AS BMPBCHBR

rien autre, il n'en serait pas moins syphilitique, ni inoins exposé à des manifestations que j'ai à cœur de prévenir. — Donc nouveau traitement avec le même remède; nouveau traitement de six semaines à deux mois.

Cela fait, trois mois de répit en moyenne pourront être accordés, sans grandes craintes d'une part de manifestations sérieuses pouvant se jeter à la traverse, et avec tout bénéfice d'autre part d'une désaccoulumance favorable à l'action ultérieure du remède.

Au delà, j'administrerai de nouveau le mercure pour six, sept ou huit semaines; — puis je le suspendrai pour quelque mois; — puis je le prescrirai derechef et ainsi de suite, toujours avec la précaution de faire succéder à chaque stade de traitement actif un stade intercalaire de repos ou de désaccoutumante.

En procédant de la sorte, je réaliserai ce que je cherche à produire, c'est-à-dire je conserverai au mercure pendant toute la. durée du traitement V intensité d'action qui lui est propre. » [Syphilis chez la feimne, p. 1088-89.)

Cette citation résume la conception du traitement de la syphilis par M. le professeur Fournier. Parti d'un fait vrai et admis par tout le monde, l'accoutumance, il en a poussé à l'excès les conséquences et lui a tout subordonné. Les accidents à combattre ne viennent qu'en seconde ligne. Peu importe qu'ils existent ou qu'ils n'existent pas ! Le grand point c'est d'empêcher le mercure d'émousser son action. Un ennemi vous menace, vous attaque; au lieu de vous défendre, vous regardez votre arme. Vous ne la trouvez pas suffisamment en état et vous vous dites : attendons qu'elle soit plus propre au combat. Mais non, ce n'est pas ainsi qu'il faut agir. En pareil cas, on fait flèche de tout bois. (Qu'on me pardonne toutes ces métaphores, puisqu'il est question de stratégie- thérapeutique.)

Un autre point qui sert de pivot au traitement de la syphilis, tel que le comprend M. Fournier, c'est la dialhèse à l'état latent. Assurément, il ne faut pas la perdre de vue Mais ses manifestations ne doivent-elles pas être notre principal objectif?

Quand l'erreur vient de haut, combattons-la, parce qu'elle est toujours exagérée par les disciples. Les maîtres corrigent d'euxmêmes les défectuosités de leurs idées, ou ne les appliquent pas dans toute la rigueur de leur logique. Je crois qu'aujourd'hui M. le professeur Fournier est moins absolu dans sa méthode des traitements successifs et intermittents. Tout le monde n'a pas cette sagesse corrective. Et c'est en pensant à l'abus plutôt qu'à l'usage de ces préceptes que j'écrivais en 1882.

Page 1