TRAITEMENT DES DIVERSES MANIFESTATIONS DE LA SYPHILIS
Après avoir envisagé dans son ensemble la thérapeutique générale de la syphilis et discuté les grandes questions qu'elle soulève, il me reste à passer successivement en revue les accidents isolés ou réunis par groupes que produit la maladie pendant toute la durée de son processus, et à leur appliquer les principes généraux de traitement dont nous connaissons maintenant l'étendue, la portée et la signification spécifiques.
I. Une manifestation quelconque, si minime, si éphémère, si obscure qu'elle soit, impose, en toute circonstance et à n'importe quel moment, l'indication formelle du mercure, de l'iodure ou des deux, surtout du premier, introduits par tel ou tel procédé dans l'organisme. Cette indication cardinale se subdivise dans la pratique, suivant l'infinie variété des lésions, des troubles fonctionnels, de la topographie, des périodes, des individualités physiologiques ou morbides, etc., etc., en un grand nombre d'indications subordonnées, et souvent très différentes quoique du même ordre, auxquelles doit se plier notre thérapeutique. Il faut donc que, par sa souplesse, son élasticité, la multiplicité de ses moyens, elle se prête à toutes les combinaisons praliques que peuvent suggérer des événements, non plus virtuels et hypothétiques, mais nés à leur vie propre et emportés par elle vers la plénitude de leur réalisation morbide.
Cette réalisation morbide que trop souvent on ne peut prévenir et qui s'effectue, fatalement, nous sommes maîtres, du moins dans une certaine mesure, de la tarir dans sa source, de diminuer son
Mauriac. 27
VALEUR DES INDICATIONS FOURNIES l'Ait LA CHRONOLOGIE.
énergie, de couper court à son développement, de réparer le mal qu'elle a fait.
Il n'est pas trop, pour cette œuvre, de venir en aide au traitement général avec une médication topique, spécifique ou autre qui, bien que très inférieure à lui, n'en est pas moins parfois d'une importance capitale. Il n'est pas trop non plus d'un traitement latéral pour augmenter ses effets curatifs, corriger ses effets toxiques, le seconder en tout, le préparer, le compléter et quelquefois se substituer entièrement à lui, dans les cas où l'organisme se montre intolérant ou réfractai re.
Ajoutez à cela l'hygiène, la prophylaxie, l'étude des spontanéités curatives qu'on doit toujours avoir en vue pour en lirerparti, toutes les considérations de milieu social, de famille, de métier, de profession, de climat, de race, etc.
Tel est le programme sommaire de ce qui me reste à dire.
II. L'ordre chronologique de l'évolution infectieuse n'a rien d'absolu. Il est souvent en contradiction avec l'individualité morbide de tels ou tels accidents qui avancent ou retardent, surviennent hors de saison et déconcertent la logique de nos prévisions pathologiques. Néanmoins, il est rationnel et clinique en même temps d'adopter les trois grandes étapes consacrées par la presque unanimité des suffrages. Ces trois grandes étapes sont la syphilis primitive, la syphilis secondaire et la syphilis tertiaire.
Si le traitement, clans ses grandes lignes, peut s'accommoder de cette division, il ne doit pas s'y astreindre rigoureusement. Il aurait tort de prendre pour base constante ou même habituelle de son orientation les dates du processus. Qu'il en tienne compte, rien de mieux. Mais qu'il cherche la vraie source de ses indications là où elle est en réalité, c'est-à-dire dans la nature intime de chacun des accidents que nous avons à combattre, dans toutes leurs part icularités de forme, d'étendue, de tendance, de topographie, etc. Qu'importe le moment de l'apparition? Ce qu'il nous faut avant tout, c'est la mesure de la virulence, la connaissance exacte îles degrés et des qualités de l'imprégnation diathésique, de sa portée, de sa profondeur, etc., de ce qui constitue pour ainsi dire son g-énie si variable suivant les organismes.
III. Un fait qui peut paraître singulier au premier abord, mais qui s'explique aisément quand on se donne la peine d'y réfléchir, c'esl que le traitement présente plus de complications et de difficultés
LE TRAITEMENT EST PLUS COMPLIQUÉ AU DÉBUT QU'A LA FIN DE LA SYPHILIS. 419
dans la pratique, soulève plus de controverses dans la théorie pendant les premières que pendant les dernières années du processus syphilitique. Dans la syphilis primitive, dans la syphilis secondaire, les manifestations sont infiniment plus nomhreuses, plus variées que dans la syphilis tertiaire. Notre intervention s'exerce alors sous des modes moins uniformes qu'aux périodes ultimes. A chaque pas, à chaque instant, on rencontre des lésions qui se succèdent, changent d'aspect, évoluent vite, disparaissent pour toujours ou récidivent sans cesse. Nous les voyons, nous les touchons, nouspouvons et nous devons souvent agir directement sur elles. Les indications qu'elles fournissent sautent aux yeux. Et ce ne sont plus seulement des indications g énérales reposant sur la diathèse et auxquelles répondent nos deux spécifiques administrés à l'intérieur; ce sont aussi des indications locales qui sollicitent des moyens locaux et créent, à côté du traitement interne, une médication topique d'une importance considérable.
Assurément, dans la syphilis tertiaire, le théâtre de notre action est aussi vaste que dans les deux premières périodes de la syphilis. Il l'est même plus, sinon comme superficie, du moins comme profondeur des lésions constitutionnelles. Nous sommes obligés quelquefois aussi d'agir localement. Mais, en général, dans la svphilis viscérale qui est l'expression la plus complète dutertiarisme, tout se borne, comme traitement, à l'administrationdumercure etde lïodure de potassium. C'est simple et un peu monotone. Ce qui l'est moins, ce sont les indications. Or, pour les découvrir, il est indispensable de faire quelques excursions dans le domaine de la pathologie. Ces excursions occuperont une place de plus en plus grande, à mesure que nous étudierons le traitement des manifestations tardives ou ultimes de la syphilis.
IV. Ce qui simplifie aussi le traitement de la syphilis tertiaire, c'est que, quand elle mérite celle qualification, non pas seulement par la nature et le siège de ses lésions, mais surtout par sa date, très avancée dans la chronologie du processus, elle a perdu la faculté de se communiquer par contagion directe ou par transmissibilité héréditaire. C'est un fait qui démontre à peu près la pratique de tous les jours et qui est accepté par la grande majorité des syphiliographes.
Or il est fort important de ne jamais perdre de vue, dans la question du traitement de la syphilis, ce double danger qu'elle présente