‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 319 sur 610 · TRAITEMENT DE LA SYPHILIS CHEZ LA FEMME · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DE LA SYPHILIS CHEZ LA FEMME

différentes suivant les individus, et aussi chez le même individu suivant les moments '.

1. Le type du traitement spécifique, tel que je l'expose, s'applique à l'homme sain, bien développe et en pleine possession de son équilibre organique... Quel doit-il être chez la femme et chez les vieillards?

Traitement de la. syphilis chez la. femme. — Qu'une femme soit dans les mêmes conditions d'âge et de santé que l'homme, il ne faudra l'aire subira la cure, dans son ensemble, aucun changement. Les doses seront moindres, voilà tout. On se tiendra en garde contre l'aptitude des femmes à subir l'intoxication mercurielle de la bouche.

On tiendra compLe surtout de la menstruation et de la grossesse. Quand les époques cataméniales ne présentent aucune anomalie, il n'est pas nécessaire de suspendre pendant leur durée le traitement spécifique, surtout le mercure. Mais pour peu qu'elles eussent de la tendance à donner une grande quantité de sang il faudrait s'abstenir d'administrer i'iodure de potassium qui exerce une action hyperhémiante sur toutes les muqueuses. Je crois, en définitive, qu'il vautniieux suspendre la médication hydrargyrique etiodurée durant les règles, à moins qu'il y ait urgence de la continuer. Ce temps de trêve qu'on accorde à tout syphilitique et qui est si favorable au renouvellement de l'énergie curative, ne vaut-il pas mieux le choisir, autant que possible, chez la femme, au moment de cette périodicité menstruelle qui dérange toujours un peu la statique des santés les plus parfaites ?

Pendant la grossesse, le traitement spécifique est bien toléré. Il est indispensable quelquefois de le pousser très loin et on peut le faire sans grands inconvénients au point de vue de la toxicité des spécifiques et au grand avantage de la mère et de l'enfant. Mais il est très important de s'assurer que les reins fonctionnent normalement. Or, vers la fin de la grossesse, leur circulation est quelquefois entravée. Quand on constate la moindre trace d'albumine dans les urines, il faut suspendre le traitement. On a donc moins de latitude pour l'employer à la fin qu'au commencement et au milieu de la grossesse. La femme syphilitique qui allaite son enfant sera vigoureusement hydrargyrisée, si elle et lui présentent des manifestations. Le nourrisson en bénéficiera. Mais toutes ces questions seront examinées plus tard.

Traitement de la syphilis chez les vieillards. — A quel âge un homme ou une femmesont-ils vieux eu égard au traitement spécifique ? Vers cinquante ou cinquante-cinq ans. Mais, en cette affaire, il s'agit moins de dates que de la véritable involution organique qui caractérise la vieillesse. Or, celte involulion est prématurée ou tardive, suivant les individus. Elle présente, en outre, de nombreux degrés et de grandes différences, toutes choses qui ne se peuvent constater que chez chaque sujet en particulier. Il est incontestable que l'âge diminue la résistance de l'économie contre l'action des causes morbigènes. N'en est-il pas ainsi de l'enfance et des décrépitudes de toute sorte survenues dans l'âge adulte parles excès, les abus, le surmenage et toutes les circonstances antihygiéniques qui diminuent, détraquent ou pervertissent le fonctionnement organique et l'assimilation nutritive?

Chez de pareils sujets, le traitement spécifique doit être instilué et dirigé avec la plus grande circonspection, bien que la syphilis trouve en eux le terrain le plus propre à devenir sévère ou même maligne. Presque tous les sypniliographes regardent la vieillesse comme un des facteurs les plus importants dans la gravité de la syphilis : Uicord, Fournier, Quinquaud, Bourdin, Lanié, Rcgoly, Alexandre Renault. M. Gailleton est allé plus loin qu'eux tous. Ne prétend-il pas que la syphilis contractée au delà de cinquante à soixante ans entraîne constamment la mort, soit par lésion viscérale, soit par cachexie? Evidemment celle proposition est si excessive qu'elle se réfute d'elle-même. Par contre, Sigmund a soutenu que la syphilis contractée à un âge avancé guérissait dans la proportion de 75 pour 100. Jl a pu guérir radicalement plusieurs de ses vieux

il! TRAITEMENT DE LA SYPHILIS OHEZ LES VIEILLARDS.

malades et constater, après une surveillance de dix années, qu'il ne s'était produit aucune récidive. Lagneau est du môme avis. M. Besnier a observé des casde syphilis sénile remarquablement bénins.

Eli bien, moi aussi, je puis en dire autant. Certes j'accorde que la vieillesse, en général, est une mauvaise saison de la vie pour la vérole. Il y a longtemps qu'on a dit qu'elle n'aimait pas les vieillards. Et pourtant un grand nombre B'en tirent fort bien. J'ai soigné et suivi longtemps un homme de quatre-vingt-cinq ans, qui eut une syphilis des plus bénignes, bien que de source fort immorale, puisqu'il l'avait contractée avec la femme de- son fils, un mois après la mort de ce dernier. Un homme de soixante-quatre ans, dont je n'étais pas le médecin, me montra un jour, par hasard, sa langue comme une chose curieuse, parce que sur son bord gauche, il avait poussé une' tumeur grosse comme une noisette. « Mais vous avez eu autrefois la syphilis, lui dis-je. — Jamais, répondit-il. » Je n'avais jeté qu'un coup d'œil très sommaire sur cette tumeur que, de loin, je pris pour une gomme. C'était un chancre. Plus tard je le constatai, car je devins le médecin de ce malade. Il avait contracté ce chancre en embrassant sa jeune bonne, qui, par parenthèse, était vierge et n'en avait pas moins un chancre de la lèvre inférieure contracté je ne sais comment. La syphilis chez lui fut extrêmement légère, beaucoup plus que chez la jeune fille qui avait vingt ans. Il en fut guéri très vite. Je le surveille depuis 10 ans; il ne lui est jamais survenu aucun accident grave. — Depuis o ou 6 ans, je soigne deux malades qui ont dépassé depuis longtemps la soixantaine et n'ont jamais eu que quelques plaques gutturales insignifiantes et une roséole fruste et éphémère. L'un d'eux avait eu pour compagnon d'infortune un jeune homme de vingt-quatre ans qui contracta presque en même temps la syphilis avec la même femme, dans la première maison publique de Paris. Quoique très peu touché par cette syphilis, ce jeune homme l'a été plus que l'homme âgé. J'ai vu bien d'autres cas semblables.

Chez des vieillards aussi privilégiés, le traitement doit être le même que chez les adultes. Mais chez ceux, en plus grand nombre, qui ont de mauvaises syphilis, que faut-il faire? Tàter le terrain au point de vue thérapeutique, voir prudemment le degré d'action que peuvent donner les spécifiques dont les indications respectives ne diffèrent point de ce qu'elles sont à la période moyenne de la vie, surveiller avec soin la bouche et les fonctions digestives, surveiller aussi, et avec tout autant de soin, les fonctions rénales pour voir si rien ne s'oppose à l'élimination du mercure et de l'iodure, etc., etc. En somme, il faul retrancher plutôt qu'ajouter au traitement spécifique pris, comme moyenne, chez l'adulte. Il n'est guère possible, surtout quand il y a un peu de cachexie sénile qu'aggravera toujours la syphilis, de se lancer dans les médications intensives avec la même sûreté et la même quiétude qu'aux phases moins avancées de l'existence. Mais ne doit-on pas le tenter quelquefois, lorsque la syphilis attaque un ou plusieurs organes essentiels à la vie? — J'aurai l'occasion de revenir sur le traitement de la syphilis chez les vieillards lorsque je m'occuperai du traitement des diverses manifestations de cette maladie. Chez eux. comme chez les enfants, comme chez beaucoup de femmes débilitées et anémiques, comme chez ceux qui s'épuisent dans le surmenage d'une vie à grandes guides, le traitement auxiliaire par les toniques, les reconstituants, une bonne hygiène, le changement d'air, les thermes sulfureux ou autres, etc., contribue puissamment au succès des spécifiques et prend une part presque aussi grande qu'eux à la guérison.

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