DE LA DOULEUR COMME COMPLICATION DES CHANCRES INFECTANTS
La turgescence adéno-inflammatoire va très exceptionnellement jusqu'à l'abcès. Après avoir persisté quelques jours, elle diminue peu à peu et tout rentre dans l'ordre du processus régulier.
Sur les muqueuses, l'inflammation péri chancre use provoque toujours une sécrétion abondante de pus épais ou ichoreux et des abrasions épithéliales qui semblent agrandir l'accident primitif, ainsi qu'on le voit fréquemment sur la muqueuse du gland, sur celle du prépuce et sur la face interne des grandes et des petites lèvres. L'inflammation du chancre n'est pas très grave par elle-même, mais elle peut provoquer d'autres complications beaucoup plus sérieuses, entre autres la gangrène et le phagédénisme. Il importe donc beaucoup de la prévenir et de la combattre.
On la préviendra en écartant ses causes habituelles : irritations mécaniques, malpropreté, cautérisations violentes et intempestives, excès de tout genre, surtout vénériens et alcooliques, fatigues excessives, etc.
On la combattra avec l'application constante de cataplasmes émollients arrosés d'eau boriquée, avec des bains prolongés, le repos complet, une diète légère et divers autres moyens accessoires, subordonnés à la topographie de la lésion.
II. Chancres syphilitiques compliqués de douleur. — Quoique l'indolence, ainsi que l'aphlegmasie, constituent un des principaux caractères du chancre syphilitique, on se tromperait étrangement si on croyait que la douleur fait toujours défaut. Je l'ai vue dans quelques cas atteindre un tel degré de violence qu'elle constituait à elle seule une complication sérieuse. En général, ce phénomène accompagne l'inflammation et suit ses vicissitudes. Aussi, avec des topiques adoucissants, renforcés par l'addition du laudanum de Sydenham, en fait-on assez promptement justice.
Mais, dans quelques cas, on ne lui trouve aucune cause apparente. Il est probable que le processus s'est porté sur quelques filets nerveux ou les a comprimés. Toujours est-il que le traitement général et les médications locales les plus variées n'ont trop souvent sur elle presque aucune efficacité. La cocaïne est bien indiquée en pareil cas. — Outre le traitement antiphlogistique, il faudra donc employer cet agent si précieux pour dissiper les souffrances locales. On fera panser le chancre plusieurs fois par jour avec une des pommades précédentes, à laquelle on incorporera 1 gramme de chlorhydrate de cocaïne ; ou bien on le recouvrira avec des tampons
Mauriac. 31