NÉCESSITÉ FRÉQUENTE D'UNE MERCURIALISATION ÉNERGIQUE
Syphilides papuleuses. — L'aclion do la papule sur la peau ou sur les muqueuses est plus prolongée et plus profonde que celle de l'érythème. Sa portée pathologique a plus d'ampleur. Par sa souplesse et son élasticité morphologiques, elle revêt, partout et à tous les moments de sa durée, les aspects les plus variés et les plus inattendus.
Résolutive comme l'érythème, dans la grande majorité des cas, elle a cependant heaucoup moins de tendance que lui à guérir spontanément. Sa durée est plus longue, sa résistance à l'action des spécifiques plus accentuée, son processus moins régulier. Enfin, elle tourne facilement à l'érosion et à l'ulcération, ou bien elle se couvre indéfiniment de squames qui lui donnent une fausse ressemblance avec le psoriasis ordinaire.
Les syphilides qui ont pour élément générateur la papule se rapprochent des syphilides érythémateuses par leur généralisation, parleur précocité, leurs allures d'exanthèmes et leur superficialité ; mais, d'un autre côté, grâce à leur longévité, à leurs récidives, elles empiètent quelquefois sur la phase tertiaire ou y conduisent graduellement. On les voit alors se circonscrire au lieu de se généraliser, s'enfoncer plus profondément dans l'épaisseur du derme et éliminer par érosion ou ulcération, non seulement leur propre substance, mais celle des tissus au milieu desquels elles se sont développées. Elles deviennent des affections presque tertiaires et constituent les syphilides intermédiaires et de transition. Il sera souvent nécessaire de recourir alors à l'iodure de potassium. Toutefois il n'est pas indispensable. Là, comme dans les syphilides érythémateuses, le mercure suffit. Il reste le spécifique par excellence de ces sortes de dermopathies, quelles que soient l'époque de leur apparition, leur topographie,, leur multiplicité et leur étendue.
Seulement, on a besoin de l'employer à de fortes doses et même de recourir souvent aux méthodes intensives. Combien de fois n'arrive-t-il pas, par exemple, que les syphilides papuleuses restenl inertes et se prolongent indéfiniment pendant des mois, si on se borne aux degrés moyens de mercurialisation ! Qu'on frappe un grand coup soit avec les frictions, soit avec les injections hypodermiques de composés hydrargyriques insolubles, et tout à coup la scène change. En quelques jours l'éruption pâlit, s'affaisse, s'amoindrit, se sèche, se nettoie de ses scories squameuses et finit par disparaître promptement, ne laissant après elle qu'une maculalion pigmenlaire, de niveau avec les parties restées saines.
DANS LE TRAITEMENT DES SYPHILIDES PAPULEUSES.
Si, à celte médication hydrargyrique, énergïquement poussée, on ajoute, dans les formes ulcéreuses et même dans les érosives, 2 ou 3 grammes par jour d'iodure de potassium, on arrive parfois à des résultats très remarquables comme rapidité. Toutefois, il ne m'ont jamais paru l'être autant, que dans les syphilides vraiment tertiaires, plus particulièrement justiciables de l'iodure.
Dans les variétés miliaires, coniques, arrondies, plates, lichénoïdes, nummulaires des syphilides papuleuses, le mercure administré par la bouche, à la dose de 15 à 20 centigrammes de protoiodure, de 4 centigrammes de sublimé, suffit presque toujours pour produire, à assez bref délai, une amélioration sensible.
Les variétés papulo-squameuses psoriasiformes , les larges plaques cutanées, agglomérées, saillantes et squameuses, offrent plus de résistance. Contre elles aussi, on peut tenter en même temps l'iodure, principalement quand les placards deviennent humides, croûteux, ou bien, à plus forte raison, quand ils sont corrodés par des érosions circinées.
Même indication du traitement mixte, avec prédominance du mercure, dans le Léontiasis secondaire de la face, dans Véléphantiasis papidciix des organes génitaux, etc. Mais là, il faut recourir aussi à des moyens locaux.