VARIÉTÉS QUE PRÉSENTE L'ÉVOLUTION DU TERTIARISME
guérir et de s'en préserver; on a fini par la réduire, je dirais presque L'apprivoiser cl la domestiquer, si elle n'avait trop souvent encore les fureurs indomptables de sa sauvagerie primitive.
Ne faut-il pas faire aussi une grande part, dans ce résultat, cà l'atténuation de toutes les causes ambiantes, morbides ou antihygiéniques, qui a fait tant de progrès depuis un demi-
siècle ?
VI. Processus du tertiauisme. — Une fois qu'on est entré dans le lertiarismo, il est difficile d'en sortir. Les récidives sont la règle. Elles peuvent se perpétuer indéfiniment, sous le même mode et dans les mêmes lieux, ou bien varier dans la forme de leurs lésions et dans leur distribution topographique.
En employant contre le tertiarisme toutes les ressources curatives, hygiéniques, balnéaires et surtout médicamenteuses dont nous pouvons disposer, nous obtenons des résultats immédiats souvent extraordinaires, quand nous attaquons le mal à son origine. Nous avons moins de prise sur ses retours offensifs ; mais enfin nous parvenons cependant à dompter la diathèse et à la rendre inoffensive, ou, si l'on aime mieux, à la guérir complètement. Néanmoins, il reste toujours plus de doutes et d'insécurité sur la neutralisation définitive du virus, lorsque la maladie s'est engagée dans Je tertiarisme, que quand elle s'en est tenue, depuis longtemps, à des manifestations secondaires.
Le propre de la syphilis est d'aller toujours en avant, lorsqu'elle est devenue tertiaire. Comme la Renommée, vires acquiril eundo. Il ne faut guère compter sur la spontanéité curative de l'organisme. Elle est beaucoup moins grande que dans la phase virulente. N'est-ce pas là une preuve du caractère constitutionnel de la syphilis tertiaire? On voit l'organisme accepter, sans la moindre velléité de résistance et de réaction, les accidents de cette période, comme s'ils faisaient partie intégrante et intime de son nouveau mode d'existence.
Un fait exceptionnel, c'est que la syphilis revienne sur ses pas. J'en ;ti été cependant témoin plusieurs fois.. T'ai vu des malades se guérir peu à peu d'accidents d'une authenticité tertiaire incontestable, et rétrograder vers la phase secondaire. Us avaient, par exemple, des plaques muqueuses et des éruptions érythémateuses ou papuleuses après des gommes hypodermiques ou des syphiloses franchement luberculo-gommcuses on ecthymateuses. Ce processus nivnlul.il
M.\t:niAC.
MUllCURË KT 10DUIIK DANS LU TRAITEMENT DU TEHTIARISME.
ne se produit point dans les vieilles syphilis. Je ne l'ai observé que pendanl les trois premières années de la maladie. Plus tard, la rétrogradation va 1res rarement jusqu'aux formes les plus superficielles des poussées légumentaircs généralisées. Les lésions diminuent de gravité, elles entamenl moins profondément les tissus, mais n'en portent pas moins toujours en elles-mêmes le stigmate du tertiarisme. Est-ce spontanément, ou sous l'influence seule de la médication spécifique, que certains syphilitiques, après s'être aventurés dans le tertiarisme, reviennent aux manifestations secondaires ? 11 est difficile de le dire, puisqu'il y a, de nos jours, peu de syphilitiques qui ne se soumettent pas au traitement par le mercure et L'iodure. Pourtant quelques faits me permettent d'affirmer que tout le mérite de ce retour à des lésions moins mauvaises appartient parfois seul à l'organisme. N'est-ce pas d'un fort bon augure pour la guérison ?
VII. Traitement dû tertiarisme. — Quelle horrible perplexité, pour les pauvres tertiaires d'autrefois, de n'avoir, comme moyen curai if. d'autre ressource que le mercure! Le mercure! Mais ce mot était pour eux presque aussi effrayant que celui de tertiarisme ; tous les deux s'entremêlaient et se répercutaient en échos sinistres dont chacun évoquait, devant l'esprit troublé, d'épouvantables maladies syphilitico-mercurielles. L'iodure de potassium fut un immense bienfait, presque autant par la confiance qu'il sut inspirer, que par ses vertus thérapeutiques. Ne dissipa-t-il pas le cauchemar du mercurialisme ? Ne fit-il pas briller quelques lueurs d'espoir dans ces régions ténébreuses où s'enfonçait la syphilis tertiaire avec le mercure pour acolyte et pour complice?
Ce fut là un état d'âme très commun dans le passé; nous le retrouvons encore de nos jours, comme un indéracinable préjugé, chez quelques-uns de nos malades? Le mercure terrifie moins, sans aucun doute. Quant à l'iodure il n'a rien perdu de son prestige. Pour beaucoup de patients et même de médecins, le tertiarisme et l'iodure sont l'association indissoluble du mal et du remède.
Oui, l'iodure est bien le spécifique par excellence du tertiarisme '.
1. Il l'est tellemenl, que quelques syptiiliQgraplï.ës de haute valeur, M. Finger entre autres, voient en lui un moyen de distinguer le principe microbien ou loxineux du tertiarisme, de celui des deux premières périodes de la syphilis. Je ne m'aventurerai point, comme on le fait si souvent aujourd'hui, dans d'inutiles discussions sur les microbes pathogènes de la syphilis et sur leurs toxines. A quoi bon, puisqu'on n'a pas encore découvert ce microbe? Comment saurionsnousque le tertiarisme en a un pour son usage exclusif? Mais il est incontestable
EXAGÉRATIONS DES IIYDltAIlGVIlOl'IllLES ANTUODURISTES. 579
Gardez-vous cependant de dédaigner le vieux spécifique de la syphilis, le mercure. Ne croyez point qu'il doive être exclusivement réservé aux accidents secondaires. Que d'applications utiles, indispensables ne lui trouve-t-on pas dans le tertiarisme interne et externe !
Je ne partage point l'opinion de ceux qui croient qu'on peut se passer de lui. Si son action curative n'est pas aussi prompte, aussi brillante, et ne paraît pas aussi décisive que celle de l'iodure dans les affections dont nous allons nous occuper, peut-être est-elle plus durable, plus profonde, plus préventive. Il faut bien se garder d'être exclusif dans l'emploi des deux spécifiques. Tenez pour certain que tous les deux trouvent leurs indications respectives et leur opportunité à n'importe quelle phase de la syphilis. La mesure en est inégale suivant la nature des lésions, leur date et leur topographie. Mais toutes, à un moment ou à un autre, ont besoin des deux, surtout à partir de l'époque où la syphilis s'engage sérieusement dans le tertiarisme. Durant cette phase, nous ne retrouverons pas des déterminations qui, comme les exanthèmes érythémateux et papuleux, peuvent se contenter du mercure seul. Il s'en faut de beaucoup qu'il soit aussi inutile dans le tertiarisme, que l'iodure dans les syphilides secondaires. Il prêle à ce dernier un précieux concours, il l'emporte même quelquefois sur lui, dans le traitement de la syphilis tertiaire.
Je fais une place assez large au mercure, clans le traitement du tertiarisme, pour qu'il me soit permis de réagir contre la doctrine et la pratique des hydrargyrophiles excessifs, qui ne voient dans 1 10dure qu'une sorte d'adjuvant, presque anodin, extrêmement superficiel, et peu sérieux, dont il serait fort aisé de se passer. On dirait que, depuis la méthode des injections mercurielles sous-cutanées, il s'est formé une école d'antiioduristes. J'en ai déjà dit quelques mots, dans ce volume, au sujet des idées de M. Smirnoff sur l'iodure (pp. 305-6). D'autres l'ont suivi, et vous verrez qu'on ira jusqu'il la diatribe contre ce précieux spécifique. Tant pis pour ceux qui s'en rendront coupables. Leur injustice et leurs paradoxes tourneront contre eux. N'est-il pas déraisonnable, quand on a un agent thérapeutique qui a donné et qui donne tous les jours tant de preuves évidentes de sa prompte efficacité, de le rabaisser, de le dénigrer en s'écriant victorieusement, comme si on avait fait une merveilleuse trouvaille : « Nous n'en avons que faire, nous guérissons sans lui.
que, plus les lésions sont tertiaires par leur constitution gommeuse et par leur date, plus elles sont proniptement guéries par l'ib&uro.
S80 ANNEXIONS DU TBRTUR18MB PAHASYI'IIILITIQUIS.
Le mercure avant tout. L'iodurc no lui monte pas à la cheville. A'e s'en passait-on pas autrefois 1 ? »
VIII. Parà8YPHILISME. — Iln'aricn à voir avec le traitement, puisqu'un des traits les plus frappants de ces nombreuses affections qu'on qualifie de parasyphili tiques est précisément de se montrer réfractaircs, de la façon la plus absolue, à la médication mercurielle et indurée. Je pourrais donc les laisser de côté. Elles n'ont, en effet, de relations avec la syphilis que par un seul point : la plus ou moins grande prépondérance numérique des syphilitiques parmi ceux qui en sont atteints. Hors do là, rien qui porte en elles une empreinte de spécificité symptomatique, anafomiquo, évolutive, diagnostique, pronostique, etc. Par toutes les circonstances de leur histoire, aussi loin que vous alliez dans leur étude, vous serez obligé de les ral lâcher à la pathologie commune.
Parmi ces annexions qui tendent à se multiplier, quelques-unes, comme le tabès, sont justifiées par la proportion des syphilitiques qui en sont atteints. Il y a, en outre, quelques affinités nosologiques entre le tabès parasyphilitique et certaines affections de la moelle réellement syphilitiques. On en pourrait dire autant, quoique à un moindre degré, pour la paralysie générale, siproche parente du tabès. Mais le parasyphilisme envahit tellement, à tort et à travers, qu'on se demande quelquefois s'il n'est pas atteint de l'incurable manie des conquêtes et des grandeurs. Il est vrai que ses inoffensives annexions ne font verser ui des larmes ni du sang, comme tant d'autres. Elles spolient la pathologie commune ; mais elle ne s'en plaint pas. N'a-t-clle pas assez de ce qui lui reste? Et puis, peut-être comptet-elle que fout ce qu'on lui enlève lui reviendra un jour, d'autant plus que beaucoup de protestataires élèvent encore leur voix en sa faveur2.
1. Le nombre des adversaires de l'iodurc est encore peu considérable. Auf;mentera-t-il par la suite? Arrivera-t-il au chiffre imposant qu'atteignirent autrefois les adversaires du mercure? Je ne le pense pas. Les entreprises des antiiodurisles ont le caractère et les allures d'une guerre de partisans, plutôt que d'une campagne régulièrement conduite dans un but de revendication Légitime, de répression d'un abus, de redressement d'un tort, de punition d'un crime ou d'une injustice, etc.
2. Puisqu'il est malheureusement trop démontré que le mercure et ttodure ne peuvent rien contre les affections dites parasyphililiques, nous n'avons qu'à les signaler, s;ms pénétrer plus avaul dans leur histoire qui apparlienl a la pathologie commune, comme traitement. Le degré de leurs affinités avec la syphilis varie beaucoup. Pour plusieurs, la neurasthénie, par exemple, qui n'a aucune individualité morbide et ne consiste qu'en groupes de phénomènes flottants et variables, suivant les circonstances et les individus, la syphilis n'est
TERTIARISME DK LA PEAU ET DE L'HYPODERME.
SYPHILOSES CUTANÉES
Je désigne et j'ai décrit, sous le nom de Syphilose cutanée, l'ensemble des déterminations que la syphilis devenue constitutionnelle et arrivée à l'état tertiaire produit sur les téguments cutanés et muquoux. Ces syphilodermies sont ulcéro-gommeuses. Elles ont pour principaux caractères d'être circonscrites, destructives et tardives. Elles peuvent récidiver indéfiniment.
Lear histoire est la suite naturelle de celle des syphilid.es secondaires. C'est sur le territoire tégumentaire, en effet, que se produit, d'une façon souvent insensible, la transition entre les accidents des deux premières périodes de la syphilis et ceux du tertiarisme, lorsque le processus se développe avec continuité, progression régulière et sans les brusques sauts qui, à des intervalles plus ou moins grands, le jettent, de ses débuts bénins, sages, réglés, calculables, dans les aventures désordonnées de ses déterminations tertiaires.
Ici le mot tertiaire, comme je l'ai fait remarquer plus haut, est souvent impropre, et même en contradiction flagrante avec l'événement pathologique auquel on l'applique , car, maintes fois, les syphiloses cutanées ou muqueuses sont secondaires par leur date dans l'évolution. Le temps semble n'être rien pour elles. Leur naissance, leur développement, tout ce qui constitue leur vie morbide ne lui échappent-ils pas comme subordination constante? Oui, en apparence. Mais regardez-y de près, et vous verrez que ces syphiloses, si identiques qu'elles soient par leurs lésions fondamentales, n'ont pas les mêmes allures à toutes les étapes de l'infection. Ainsi, dans les syphilis jeunes, elles présentent toujours, même
qu'une occasion ou un prétexte. La blennorragie, les maladies des voies urinaires, les affections de l'estomac, des intestins et tant d'autres, produisent des neurasthénies absolument semblables à celles qu'on attribue à la syphilis. Une épilepsie vraie, typique, qui surviendra par hasard chez un syphilitique, doit-elle être attribuée à la syphilis? Non.
Je crois qu'on aurait tort de créer ainsi, avec les matériaux les plus. disparates, une espèce de syphilis artificielle et qui doublerait Vautre. Vous verre/, que bientôt toutes les 'maladies des reins, du poumon, du cœur, toutes les dyscrasies, et je ne sais quoi encore, serviront à édifier ce monstrueux monument parasypnilitique. .
Quelle uti'litéya-t-ilàcela,— je parledel'utilité pratique? C(llr(lenousmontrer
qu'il fout redouter de plus en plus la syphilis, et, par conséquent, employer contre elle tous les moyens prophylactiques et thérapeutiques dont nous pou vons disposer. Nous le savions déjà. Mais peut-être n'est-ilpas mauvais d en être encore plus pénétrés qu'autrefois.