‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 435 sur 610 · TRAITEMENT MERCURIEL DANS SES RAPPORTS AVEC LE TERTIARISME · texte numérisé non relu

TRAITEMENT MERCURIEL DANS SES RAPPORTS AVEC LE TERTIARISME

Dans un autre ordre de causes plus intimement unies à la syphilis, abordons maintenant la question du traitement qui a donné lieu à tant de controverses, ce qui prouve bien qu'il est malaisé de la résoudre. Pour beaucoup de médecins, le tertiarisme se rattache, par les liens de causalité les plus étroits, à la médication mercurielle. Les uns accusent cette médication de le produire et les autres prétendent que, sans elle, il arrive plus ou moins fatalement. C'est toujours la vieille querelle des mercurialistes et des antimercurialistes. Je l'ai déjà si longuement racontée dans ce volume, qu'il me suffira d'en dire ici quelques mots. Assurément, ceux qui ont, de nos jours, essayé de ressusciter la doctrine de Fallope, d'après laquelle les symptômes tertiaires se montreraient de préférence chez des malades traités par les frictions mercurielles, ont fait une campagne stérile, et sont restés presque seuls avec leur hydrargyrophobie. Et cependant, il y avait parmi eux de vrais savants : de Bàrensprung, Hughes Bennet, W. Bœck, Hermann, Lorinser, etc. Tous sont fort démodés. Les hydrargyrophiles les ont mis en déroute sur tous les points.

Pour M. Fournier, la grande, la véritable cause de la vérole tertiaire, celle que l'on ne devra jamais perdre de vue, c'est l'absence ou l'insuffisance du traitement dans la première période de la diathèse. M. Neumann est du même avis. Parmi les causes qui favorisent l'éclosion de la syphilis, il met en première ligne : « un traitement qui n'a pas été assez énergique et pas assez longtemps continué pour effectuer la résorption des exsudais qui existent dans les tissus à la période secondaire ».

Ceux qui s'occupèrent de cette question au Congrès international de dermatologie et de syphiliographie, tenu à Paris en 1889, se prononcèrent dans le même sens. M. Haslund a trouvé que, sur la totalité des cas de tertiarisme, il y en avait 85 0/0 qui n'avaient jamais été traités, ou ne l'avaient été que d'une façon insuffisante, aux périodes antérieures de la syphilis. Il en conclut logiquement que l'absence du traitement mercuriel ou un traitement défectueux, pendant la période secondaire' de la syphilis, est la cause principale du tertiarisme1. — Les statistiques de M. Vajda l'ont conduit à affirmer que les malades qui n'avaient jamais été traités au mercure (et, parmi les siens, il y en avait 62 0/0), tombaient bien plus vite sous le coup du tertiarisme que les malades soignés. — Des nombreuses statistiques qui lui sont personnelles et de celles d'autres pathologistes, M. Ehlers tire aussi une conclusion conforme

prises, de cesjeux du hasard qu'où rencontre souvent dans les statistiques et auxquels il ne faut pas accorder une grande importance?

\. Dans les cas où le tertiarisme survint, malgré les traitements antérieurs capables de le conjurer, M. Haslund trouva, pour l'expliquer, quelques-unes des causes d'ordre commun dont je viens de parler.

876 DIMINUTION ACTUELLE DU TKHTI AHISMK.

aux précédentes : « La grande, la véritable cause de la syphilis tertiaire est l'absence ou l'insuffisance du traitement. 43,04 0/0 de mes malades n'avaientjamaissubi aucun traitement mercuriel, et40,:i8 0/0 n'avaient été soumis qu'une seule fois au traitement mercuriel. 8,8G 0/0 seulement avaient été soignés plusieurs fois. »

Je pourrais entasser statistiques sur statistiques sans détruire l'impression navrante que nous laissent certains faits, exceptionnels il est vrai, où, malgré le traitement mercuriel, ioduré, mixte, le mieux combiné pour donner de bons résultais, et le plus prolongé, pour en assurer la durée, nous ne parvenons pas à conjurer le tertiarisme. Il faudrait savoir aussi combien, parmi tous les syphilitiques du globe, il y en a de non traités qui n'ont jamais eu aucune manifestation tertiaire.

Ne soyons ni trop sceptiques, ni trop enthousiastes. 11 s'en faut de beaucoup que le mercure confère une immunité absolue contre les atteintes du tertiarisme. Tout porte à croire, cependant, qu'il en diminue la fréquence et la gravité. Il en est de même de l'iodure; mais il est à remarquer qu'on ne lui donne, dans les recherches, dans les statistiques et dans les discussions qui ont trait à ce sujet, qu'un rôle presque accessoire. Tout est au mercure. Il triomphe plus que jamais.

Y. Diminution actuelle du tertiarisme.— Quelle que soit l'opinion qu'on se fasse sur l'influence curative et préventive de la médication spécifique contre la syphilis, il est un fait incontestable, sur lequel je reviens d'autant plus volontiers qu'il est tout à la fois plein de consolations pour le présent et d'espérances pour l'avenir. Ce fait, c'est que le tertiarisme diminue, depuis 10 ou 15 ans, dans des proportions très considérables. Voilà, du moins, ce qui résulte de mon observation personnelle, soit à l'hôpital, soit dans ma clientèle privée. Il y a vingt ans, je rencontrais partout, beaucoup plus qu'aujourd'hui, le tertiarisme sous tous ses modes, principalement dans ses déterminations sur les centres nerveux. Et pourtant je voyais moins de malades.

Si ce fait ne m'est pas particulier, s'il est général et ne résulte pas d'un simple hasard, il faut en chercher les causes. Une première, c'est que la syphilis est mieux traitée qu'autrefois, et qu'à force de l'étudier, de la retourner dans tous les sens, de la combattre dans toutes ses manifestations, de la traquer en tous lieux, d'enseigner, de divulguer ses méfaits et les moyens de s'en

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