ET TRAITEMENT LOCAL DES SYPHILOSES CUTANÉES
raison, par l'état cachectique, qu'il provienne de la syphilis ou d'une autre cause.
II. Le traitement local occupe une grande place. Les ulcérations doivent être mises à nu, en les déharrassant de leurs croûtes. Il faut ensuite les déterger, les panser avec soin et les placer dans les conditions de propreté, de désinfection et de modification locale les plus propres à provoquer et à hâter le processus de réparation.
On y arrive au moyen de bains généraux émollients, légèrement alcalinisés, de lotions très faibles de sublimé (1 pour 1000, 1500, 2000), d'hydrate de chloral (1 pour 150 à 200), d'acide phénique au 100e, d'acide borique (40 pour 1 000), de liqueur de Labarraque pure ou étendue d'eau, etc. Les pansements avec les substances médicamenteuses serontles mêmes que ceux dont il va être question à propos des syphilides malignes. Je ne conseille pas les bains de sublimé généraux dans les syphiloses cutanées ulcéreuses. Mais ils peuvent rendre des services dans les formes sèches, au même titre que dans les syphilides papuleuses.
Un mode de traitement local qui trouve son application dans les tubercules syphilitiques cutanés, avant leur ramollissement et leur ulcération, c'est la friction mercurielle, doucement pratiquée sur leur surface et à leur périphérie. On pourrait obtenir de bons résultats du massage, qui a été recommandé par M. Balzer pour les syphilides papuleuses, dans les grandes infiltrations néoplasiques intra et hypodermiques qui forment des nappes tuberculeuses. On diminuerait ainsi leur engorgement vasculaire, on stimulerait leur circulation et on favoriserait les échanges nutritifs propres à hâter leur résorption. R. W. Taylor se loue beaucoup de cette méthode de traitement. Il dit en avoir obtenu des résultats frappants, en la combinant avec les bains, dans la pigmentation consécutive à certaines éruptions syphilitiques. On a préconisé aussi les bains locaux de sublimé (Sigmund, Gilles de la Touretle).
SYPHILIDES MALIGNES PRÉCOCES
Dans les syphilodermies précédentes il y a toujours une certaine dose de malignité destructive; mais elle est circonscrite, disséminée et sans réaction sur l'état général.
Résumé pathologique. — Dans les syphilides malignes précocos, la malignité embrasse tout et se montre dès les premières poussées de ta syphilis généralisée, quelques semaines ou quelques mois après lacci-
HYGIÈNE DANS LUS SYI'HILIDKS MAUUNES.
dcnl primiLif. Dos troubles constitutionnels graves précèdent et accompagnent les syphilides malignes précoces. Les éruptions successives sont polymorphes, lous les éléments éruptifs deviennent promptemenl ulcéreux.
Les muqueuses restent ordinairement indemnes, sauf celle du nez, dans quelques cas.
Les deux éléments qui produisent les syphilides malignes précoces soal l'ecthyma et le tubercule. Les syphilides malignes précoces ecthymateuses sont constituées par l'impétigo, l'ecthyma et le rupia qui s'entremêlent, se succèdent et se confondent. C'est la variété la plus commune, la plus précoce et la plus aiguë. — Les syphilides malignes précoces tuberculoulcéreuses et tuberculo-gangreneuses sont plus tardives et plus rares que les précédentes.
Quelles que soient les variétés, le processus est en même temps aigu et chronique et sa durée très longue, à cause des récidives subintrantes.
L'état général devient parfois fort grave et conduit à la cachexie, à des troubles nerveux, à de l'adynamie, surtout quand il y a des complications : fièvre hectique, pneumonie, érysipèle, diarrhée colliquative, sans compter les coïncidences spécifiques du côté des viscères, etc. La mort en est quelquefois la conséquence.
Traitement. — I. Il est extrêmement probable que la malignité dans les syphilides, comme dans toutes les autres manifestations de la maladie, tient encore plus au malade qu'aux qualités du virus. Aussi faudra- t-il. s'enquérir, tout d'abord, des causes constitutionnelles ou accidentelles qui ont pu la produire. Il n'est pas toujours facile de les découvrir et on est souvent obligé d'attribuer les tendances mauvaises de la dermopathie à une prédisposition obscure et latente qui ne se traduit extérieurement par aucun signe indiquant une altération quelconque de la santé générale. Mais, d'autres fois, les patients sont faibles, épuisés, adynamiques. 11 est presque toujours indiqué de relever leurs forces par une médication tonique dans laquelle le quinquina, les diverses préparations de kola, les nombreux modes de la médication ferrugineuse occupent la première place.
Le traitement hygiénique est d'une importance beaucoup plus grande dans les syphilides malignes que dans toutes les autres. L'aération, une bonne nourriture, substantielle sous un petit volume, les soins les plus délicats et les plus minutieux pour empêcher le malade de s'infecter lui-même avec les produits morbides que sa peau sécrète si abondamment : tels sont les principaux moyens qui viennent en aide à la médication spécifique et sont indispensables dans la plupart des cas.
DIFFICULTÉS DE L'EMPLOI DES SPÉCIFIQUES DANS LES SYPHILIDES MALIGNES. 'Ml
II. Le mercure et l'iodure de potassium sont assurément plus indiqués dans les syphilides malignes que dans toutes les autres déterminations cutanées. Il est même souvent indispensable d'instituer un traitement mixte très intensif. Quand il est bien toléré, ses effets curatifs sont remarquables par leur promptitude. Mais l'organisme se montre quelquefois réfractaire à Faction des deux spécifiques. Les forces réactionnelles sont trop affaiblies ou trop opprimées pour être mises en jeu par les agents les plus propres à les exciter. Bien plus, des effets nuisibles et même toxiques se montrent quelquefois à la place des résultats salutaires sur lesquels nous comptions. Des deux spécifiques, c'est le mercure qui expose peut-être le plus à de pareilles déceptions ; aussi faut-il l'employer avec une extrême circonspection. Lorsque le cas est très grave, je n'ai recours à lui qu'après avoir administré, pendant quelques jours, l'iodure de potassium. Je tâte toujours le terrain avec de faibles doses de protoiodure et de sublimé, avant d'en venir aux frictions et aux injections hypodermiques. Je redoute beaucoup l'hypermercurialisation dans les syphilides malignes très étendues, qui produisent sur toute la surface du corps de nombreux foyers de suppuration. Je m'en sers avec beaucoup moins de timidité avant que les choses en arrivent à ce point, et surtout quand les lésions cutanées, plutôt érodantes que profondément ulcéreuses, sont modérées, sinon comme nombre, du moins comme tendance générale dans leur ensemble.
Nous pouvons être moins circonspects avec l'iodure de potassium. C'est lui qui est le vrai spécifique dans la malignité. Mais il n'agit qu'autant qu'on le donne à des doses élevées que ne tolère pas toujours l'économie, lorsqu'elle est débilitée par des troubles constitutionnels prodromiques ou par la cachexie des dernières phases. Néanmoins il est impérieusement indiqué de l'administrer. S'il échoue dans des cas exceptionnellement malheureux, presque toujours, il améliore la situation avec une merveilleuse rapidité. Quand il ne développe pas son action curative dès les premiers jours, ou qu'il ne le fait que d'une façon incomplète ou indécise, il est inutile de forcer les doses et de persévérer pendant longtemps dans son emploi. Il faut avoir la patience et la prudence d'attendre un moment plus opportun. Au bouL de quelques semaines, on obtient souvenl de meilleurs résultats, parce que l'organisme est devenu, soit spontanément, soit à la suite d'mrtraitemenl tonique, plus disposé à concevoir l'action thérapeutique. Il est incontestable (pie, dans le traitement spécifique de la malignité pré-