‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 445 sur 610 · TRAITEMENT LOCAL ET ANTISEPTIQUE DU PHAGÉDÉNISME · texte numérisé non relu

TRAITEMENT LOCAL ET ANTISEPTIQUE DU PHAGÉDÉNISME

sur ta même région, pendanL des années; quand il prend les apparences et les allures d'un phagédénisme, pour ainsi dire, local, autonome, et qui semble ne plus appartenir à la dialhèse, faut-il se départir de la règle ordinaire pour le traitement local et modifier violemment, par substitution ou autrement, les surfaces ulcérées.

Ce phagédénisme syphilitique est bien celui qui se rapproche le plus, sinon comme essence, du moins comme physionomie et processus, du phagédénisme chancrelleux. Aussi les mêmes moyens peuvent-ils, jusqu'à un certain point, lui être appliqués. Et, cependant, je n'ai pas en eux une grande confiance. Ce n'est qu'après avoir épuisé toutes nos ressources thérapeutiques, internes et externes, contre le phagédénisme syphilitique, que je me résoudrais à cautériser avec des agents chimiques destructeurs et à brûler avec le thermocautère. Jusqu'à présent, je n'ai pas eu besoin de recourir à de pareilles extrémités.

L'antisepsie locale, telle qu'on la pratique aujourd'hui, est très souvent d'une efficacité souveraine dans certains phagédénismes survenus sur un terrain syphilitique, mais qui dépendent moins de la spécificité générale que d'une infection topique surajoutée et qui n'a rien à voir dans la syphilis '.

1. Phagédénisme septique. — Il peut semêler à celui de la syphilis. Il est même quelquefois, à lui seul, la cause des destructions culanées et muqueuses qui s'observent chez certains malades. Dans un article sur cette question, M. le docteur Jullien a l'ait très judicieusement remarquer que la constitution et la thérapeutique interne restent, plus souvent qu'on ne le croit, étrangères à l'évolution de l'ulcère, dont le processus ne peut alors être enrayé que du jour où l'antisepsie locale est rigoureusement établie. Il est probable que les microbes vulgaires de la suppuration, les staphylocoques pyogènes, jouent parfois un rôle plus considérable que l'élément syphilitique. Kn pareil cas, il y a une infection mixte, comme celle que M. Gangolphe (de Lyon) a étudiée dans les os, comme celle que l'on observe dans la tuberculose pulmonaire où souvent le bacille de Koch fait moins de mal que le pyogène, comme dans les lésions générales de la blennorragie qui dépendent probablement plus dos agents ordinaires de la suppuration que de l'absorption du gonocoque. — « Je ne crois pas trop m'avancer, dit M. Jullien, en assignant aux organismes pyogéniques, qu'on retrouve toujours à la surface de ces pertes de substance, un rôle jusqu'ici trop négligé, et qui ne tendrait à rien moins qu'à faire passer nombre de ces ulcérations da ns la classe des lésions sepliques, infectieuses, dites extra ou, si l'on veut, parûsyphililiquêé. » {Bull. mêd. 1890.)

A l'appui de cette manière de voir, l'auteur rapporte un cas de phagédénisme elfroyable de la face, où le mercure n'ayant pu Cire employé à causé des gencives attaquées par le phosphore, et où l'iodure ayant échoué, les pansements antiseptiques suivants guérirent, à eux seuls, en "dix-huit jours, l'énorme perle de substance : lavages avec une solution de créatine à un demi pour cent, badigeonnages avec la teinture d'iode, saupoudrements avec l'iodolorme, puis le salol, etc. — D'après M. Jullien, les pansements par occlusion avec le fameux emplâtre de Vigo n'empêchent pas les microbes de pulluler sous sa carapace, même quand cet emplâtre est hydrargyrisé. Aussi déclare-t-il, ce qui est bien mon avis, que sa réputation est très surfaite.

TRAITEMENT CHIRURGICAL DU PHAGÉDÉNISME. 59g

Dans les quelques syphilides serpigineuses anciennes qui avaient été traitées sans succès par la médication interne et par des topiques locaux variés, M. le docteur Spillmann a tenté la méthode du raclage. Après avoir chloroformé les malades, il raclait les ulcérations avec une curette de Volkmann. La plaie était ensuite lavée avec de l'eau phéniquée et pansée avec du coton. Au bout de 6 jours, le coton était remplacé par des compresses trempées dans la liqueur de Van Swieten mitigée, et recouvertes d'un taffetas imperméable. Guérison complète au bout de 3 mois environ. Dans l'un des cas, la syphilide datait de 3 ans, et, dans l'autre, de 5. Ce traitement topique violent, un peu barbare et qui môme n'est pas exempt de tout danger, trouve sa justification si rarement, qu'on ne doit pas le faire entrer en ligne de compte dans la pratique courante. Je suis convaincu que, sans recourir à ces procédés d'exception, on peut venir à bout du phagédénisme tertiaire cutané le plus rebelle, si le médecin et surtout le malade veulent s'en donner la peine.

III. En est-il ainsi du phagédénisme des muqueuses? Oui, la plupart du temps. Sur elles, comme sur la peau, il est interdit de recourir aux cautérisations abortives pour arrêter les progrès du mal. J'affirme que ceux qui, dans la première phase du processus phagédénique de l'isthme, du voile du palais, par exemple, tentent de limiter la perte de substance par l'emploi de caustiques, ne font que l'agrandir. Qu'on se g'arde bien d'y toucher à ce moment-là. Plus tard, il sera permis de recourir à la teinture d'iode et au crayon pour amener à bien, et le plus promptement possible, le travail de réparation, quelquefois entravé par un bourgeonnement irrégulier

Page 1