SON ATTÉNUATION DANS CEUX OU ELLE EST TRAITÉE
des différences relatives qui existent entre l'action curative et l'action préventive des spécifiques1.
1. Voici ce que je disais, clans mes Leçons cliniques de 1892, sur l'atténuation de la syphilis :
« Quoique constamment identique à elle-même dans le principe intectieux qui lui donne naissance et qui est sa seule raison d'être, la syphilis se traduit, à tous les moments de son évolution, par une si prodigieuse diversité de manifestations, qu'on a quelque peine à se figurer qu'elles émanent toutes de la même source. Aussi, rien comme pathologie générale ne me paraît-il plus intéressant que la recherche et l'appréciation des circonstances qui multiplient à l'infini le nombre, la forme, l'étendue, la gravité, la topographie, les tendances qu'offrent les déterminations de ce virus mystérieux dont on n'a pas pu découvrir encore le microbe pathogène.
Et, au sujet de ce virus, une première question se présente :
Malgré la puissance et la concentration de sa spécificité, a-t-il subi depuis son origine, qui nous est inconnue, et subit-il encore aujourd'hui des modifications, sinon dans son essence, du moins clans son énergie infectieuse?
Sur les phases par lesquelles passent les virus depuis des siècles et dans les diverses régions du globe, nous n'avons que des notions éparses et fort incomplètes.
Toutefois, il faut bien reconnaître que, dans notre vieille Europe, le virus syphilitique s'est singulièrement atténué, si on en juge par ses conséquences. Que sont, en effet, les syphilis contemporaines comparées aux fameuses syphilis du seizième siècle? Ne dirait-on pas des syphiloides incomplètes, avortées, qui, la plupart du temps, s'arrêtent en route, dans une sorle d'épuisement prématuré?
Il semble que les générations passées ont transmis à celles qui leur ont succédé un principe virulent de plus en plus affaibli par ses innombrables migrations à travers tant d'organismes. Mais, peut-être aussi, ces organismes syphilisés en ont-ils procréé d'autres moins aptes à concevoir Faction spécifique, et doués d'une immunité relative qui les met à l'abri des conséquences les plus extrêmes de la maladie constitutionnelle. Que de questions complexes ! Ajoutez-y celle du (l entement qui, mieux institué et plus répandu qu'autrefois, a certainement pris une part active à l'atténuation du virus.
Un facteur tout aussi important que le virus syphilitique, et non moins énigmatique, c'est l'aptitude morbigène de l'organisme qu'il infecte.
Les degrés, les nuances, les fluctuations de cette aptitude suivant les individus, les âges, les milieux, les races, les climats, les pays, varient dans des proportions infinies que nous ne pouvons ni prévoir ni mesurer. Cependant, si on envisage la syphilis dans son ensemble et sur toute l'étendue du globe, il semble qu'elle s'uniformise de plus en plus. Sans doute, sur ce fond commun et moyen, se détachent encore trop souvent des cas particuliers très graves, et même des groupes de cas où l'infection sévit avec la violence qu'elle avait autrefois; mais ce sont là des événements exceptionnels, qui semblent devenir de plus en plus rares.
En sera-l-il toujours ainsi? Je n'oserais l'affirmer. Quoi qu'il en soit, à l'époque actuelle, et même depuis vingt ou trente ans, la syphilis est en voie de décroissance, comme exubérance et comme sévérité dans ses manifestations. Telle est du moins l'impression bien nette qui résulte de nia pratique. Et celte impression que je ne vous communique qu'après l'avoir sérieusement contrôlée par la revue comparative d'un nombre très imposant de cas, est dégagée de tout parti pris et exempte des illusions d'un optimisme qui n'est pas dans les tendances de mou esprit. Loin de moi néanmoins la pensée de vous l'imposer comme base d'un pronostic général trop bénin de cette grave maladie. » (Charles Mauriac : Pronostic de la syphilis d'après la solidarité de ses manifestations. Paris, Asselin et Ilouzeau, éd., 1893.)