AU MOYEN DU TRAITEMENT MERCURIEL
n'avait plus aucun accident, s'étonnait et se plaignait que sa femme n'eût pas une seule grossesse heureuse et fit des fausses couches sans aucune raison. M. le professeur Fournierlui ayant conseillé de se soumettre au traitement mercuriel, il prit pendant une année des pilules d'hydrargyre. Au bout de quinze mois, sa femme, qui avait avorté quatre fois, accoucha enfin d'un enfant vivant et qui n'avait jamais eu trace de syphilis héréditaire.
Un exemple plus frappant encore est celui rapporté par Turhmann (de Schœnfeld) : une femme syphilitique, ayant accouché sept fois d'enfants syphilitiques qui ne tardèrent pas à mourir, devint enceinte une huitième et une neuvième fois. Elle se traita, au cours de ces deux grossesses, ce qu'elle n'avait pas fait pour les sept autres, et elle accoucha chaque fois d'un enfant sain et bien portant. — Dixième grossesse : plus de traitement; enfant syphilitique qui meurt à six mois. Onzième grossesse : traitement; enfant sain1.
II. Ne serait-il pas naturel d'espérer que le traitement spécifique dont la vertu préventive vient d'amoindrir ou de neutraliser l'infection transmissible par hérédité, va préserver le géniteur de nouvelles atteintes?
Sans doute, mais on s'exposerait à des désillusions en supposant que la maladie obéit aux mômes règles de logique que notre esprit. Il arrive fréquemment, en effet, que des sujets dont la progéniture a été sauvegardée par l'hydrargyre retombent dans les manifestations spécifiques, comme par le passé, de telle sorte qu'on est en droit de dire qu'il y a eu plutôt curation que prévention. A ces limites, il est vrai, les mots curation et prévention n'ont en eux-mêmes rien qui soit nettement défini. Tout est vague, indécis
1. Ce fait, dit avec raison M. le professeur Fournier, montre qu'une influence simplement provisoire du traitement spécifique a pu quelquefois conjurer momentanément les elfets de l'hérédité syphilitique. Le môme auteur a rencontré 14 syphilitiques qui s'étaient mariés sans s'être jamais traités. Ces 14 individus, dit-il, après avoir ou non communiqué la syphilis à leur femme, sont devenus pères 45 fois, et ces 45 grossesses ont ahouti aux résultats suivants :
Enfants survivants, dont 6 affectés de syphilis 8
Fausses couches ou naissances d'enfants mort-nés 29
Enfants morts peu de temps après la naissance 8
Total 45
C'est-à-dire 37 morts sur 45 grossesses. Quotient de mortalité : 82 pour 100. — Chez les sujets traités, d'après le même auteur, le quotient de mortalité n'est que de 3 pour 100. — A. Fournier, Traitement de la syphilis, p. 17.