SYPHILIS DE L'APPAREIL RESPIRATOIRE
Si on ne prenait que la moyenne des déterminations spécifiques qui s'effectuent sur toute l'étendue de l'appareil respiratoire, le chiffre qu'on obtiendrait serait relativement faible, et donnerait une idée peu exacte de leur importance. C'est qu'il y a une grande inégalité de fréquence entre les diverses syphiloses de cet appareil. Leurs foyers qui sont au nombre de quatre : le foyer pharyngonasal, le foyer laryngien, le foyer trachéo-bronchique et le foyer pulmonaire, présentent des écarts numériques très considérables. Toutes les statistiques démontrent la rareté extrême des pneumosyphiloses et la prédominance considérable des affections spécifiques de la gorge et du nez. Celles du larynx viennent après ces dernières. Celles de la trachée et des bronches occupent, mais à une grande distance, le troisième rang.
En donnant à la syphilis de l'appareil respiratoire la deuxième place parmi les viscérosyphiloses, j'ai moins en vue sa fréquence que la gravité des accidents qu'elle cause sur tous les points de l'arbre aérien. Cette gravité s'accroît à mesure que les lésions descendent vers les parties profondes, qu'il leur arrive aussi d'attaquer quelquefois d'emblée. Heureusement qu'elle a leur rareté comme compensation.
Au point de vue du traitement spécifique, il n'existe aucune différence entre les diverses déterminations de la syphilis sur les voies respiratoires. Mais les moyens locaux sont loin d'être les mêmes, et il y a des cas où nous sommes obligés d'intervenir chirurgicalement pour sauver les malades et remédier, dans la mesure du possible, par des opérations, aux pertes de substance, aux déformations, aux adhérences vicieuses, aux sténoses, etc., causées par les lésions syphilomateuses dans leur période d'activité et de cicatrisation.
SYMPTOMES ET TRAITEMENT DE LA SYl'IULOSE
SYPHILOSE PHARYNGO-NASALE
Parmi les déterminalions d'ordre tertiaire, celles qui s'effectuent sur le voile du palais, la voûte palatine, les fosses nasales, le pharynx et constituent par leur ensemble la syphilose pharyngonasale, sont au rang- des plus fréquentes, des plus graves et des plus empreintes de malignité locale. Si elles ne mettent pas l'existence en péril, comme celles qui attaquent les grands viscères, elles la rendent insupportable par les déformations qu'elles causent et par la destruction d'organes dont l'intégrité est indispensable à l'exercice de la phonation et de la déglutition. Elles sont fécondes en inconvénients de toute sorte.
Aussi est-il impérieusement indiqué, pour les combattre, de ne pas perdre une minute, si on veut conjurer le danger, et de pousser avec la dernière énergie le traitement spécifique. Seul il a quelque chance de sauver des parties délicates que les plus petites lésions détruisent ou endommagent pour toujours, quelquefois avec une foudroyante rapidité.
La syphilose pharyngo-nasale est une des manifestations les plus insidieuses. Il importe donc au plus haut point de la deviner dès qu'elle commence à poindre. Malheureusement, ses phénomènes prodromiques et ses symptômes n'ont souvent rien de spécifique et ne sont pas de nature à éveiller, dès leur apparition, les craintes des malades, ni mèmeles soupçons du médecin. Quelquefois, quand on la diagnostique, il est déjà trop tard pour agir avec efficacité.
Syphilose du voile du palais. — Si, chez un syphilitique, on voit survenir, à n'importe quelle période de sa maladie, les phénomènes suivants :
1° Sensation de lourdeur et de sécheresse, douleur vers le milieu de la voûte palatine, h la partie la plus élevée du voile, cl profondément en arrière, vers la partie la plus reculée des fosses nasales, avec exaspération pendant la déglutition et les efforts de la phonation; 2° rougeur circonscrite ou diffuse sur la partie antérieure du voile qui peut être plane si le travail morbide se fait sur la face supérieure, ou bombée s'il a lieu sur la muqueuse antérieure ou dans l'épaisseur de l'organe; 3° tension du voile : phénomène d'une haute valeur et qui s'observe dans presque tous les cas (le voile semhle fixé dans un étal intermédiaire à son iciirossemenl en haut et ;i son prolapsus en avant, sur la base de la langue); 4° immobilité du voile, conséquence de sa tension; projection de la luette en avant; effacement des deux courbes du bord libre qui
DU VOILE DU l'ALAIS ET DE LA VOÛTE PALATINE.
devient rectiligne ; 5° nasonnement, ton nasillard, grasseyement de la voix ;
Si le toucher avec l'indicateur fait constater la tension et l'immobilité, l'empâtement circonscrit ou diffus et confirme les renseignements fournis par la vue, le doute n'est pas. possible : il s'agit bien d'un sy pli Home du voile.
Eh bien, qu'on se hâte de donner quotidiennement de 6 à 8 grammes d'iodure de potassium et 4 centigrammes de sublimé. On pourra encore remplacer le mercure administré à l'intérieur par des frictions avec de l'onguent napolitain, à la dose de 6 à 8 grammes d'onguent napolitain par jour. Gargarismes émollients et détersifs. Repos, alimentation liquide ou avec des bouillies, des purées, etc. En s'y prenant de bonne heure et en agissant vigoureusement, on peut arrêter le processus ou circonscrire le mal. Le grand point, c'est d'empêcher la fonte du syphilome, fatalement suivie d'une ulcération qui est presque toujours perforante. Du moment qu'elle a eu lieu, la tension et l'immobilité du voile diminuent, les tissus détruits et bourbillonneux s'éliminent, et la réparation commence, à moins que l'ulcère perforant ne devienne phagédénïque.
Il faut continuer le traitement intensif mixte et bien se garder, comme beaucoup de médecins sont portés à le faire, d'intervenir localement. J'interdis formellement les cautérisations pendant la période d'ulcération et d'élimination. On n'y aura recours que plus tard, pour faciliter la cicatrisation. Employées plus tôt, au lieu d'arrêter la fonte, elles la favoriseraient.
Syphilose de la voiite •palatine. — Elle a une grande analogie avec celle du voile. Elle survient souvent d'une façon très insidieuse. Tumeur d'un rouge sombre sur la voûte, circonscrite ou diffuse, généralement peu proéminente et médiocrement douloureuse. Dès qu'elle apparaît chez un syphilitique, alors même qu'on ne serait pas sûr qu'elle est une gomme, instituer le traitement intensif par l'iodure et l'hydrargyrc. Si on ne peut prévenir sa fonte, une partie plus ou moins étendue de la voûte osseuse se trouve dénudée et on voit au fond de l'ulcération le séquestre osseux qui met ordinairement plusieurs jours à se détacher. Il ne faut pas chercher à l'extraire tout d'abord. On n'y touchera que plus tard. Du moment que la lésion est un fait accompli, il est bon de diminuer le traitement ioduré et mercuriel, h moins qu'il n'existe ailleurs d'autres lésions qui l'indiquent. S'abstenir de toute cautérisation, comme dans la syphilose du voile.
(5oO SYMPTOMES ET TRAITEMENT INTERNE DES RHINOI'ATHIES SYPHILITIQUES.
Syphilose des fosses nasales. — La perforation syphilitique de la cloison des fosses nasales existe quelquefois seule, et se produit à Finsu du malade et du médecin. La plupart du temps, elle coïncide avec celle de la voûte et fait partie de la rhinopatbie tertiaire ou syphilose des fosses nasales, qui est très difficile à diagnostiquer tout à fait au début. S'agit-il d'un catarrhe nasal ordinaire ou d'une rhinopathie spécifique? Les coïncidences proches ou éloignées sont, en pareil cas, d'un grand secours, ainsi que l'examen rhinoscopique. Les principaux signes sont :
1° Une difficulté permanente au passage de l'air, dans l'une ou l'autre fosse nasale ou dans les deux, avec sensation de gêne, de pesanteur, sensibilité anormale dans la profondeur des narines ; 2° le caractère séro-muqueux, puis séro -purulent, sanieux, sanguinolent des sécrétions; 3° la mauvaise odeur de ces sécrétions ; 4° une tuméfaction vague du nez à sa racine ou sur ses parties latérales, quelquefois avec engorgement du canal lacrymal et épiphora. Ces dernières circonstances sont plus significatives encore que l'ozène et plus inquiétantes. Il est rare qu'alors le malade ne commence pas à expulser de temps en temps, au milieu des mucosités nasales, quelques petits fragments d'os nécrosés ou cariés1.
Dès qu'on constate les premiers signes et surtout l'ozène, alors même que les antécédents seraient obscurs, on doit considérer l'affection comme syphilitique et agir avec la même décision que si sa nature était parfaitement démontrée.
Le traitement des rhinopathies syphilitiques a pour principale base le traitement ioduré et mercuriel, qu'il faut rendre intensif au début, pour prévenir l'ulcération du syphilome de la pituitaire et les nécroses osseuses qui en sont la conséquence. Le traitement local occupe une place importante. Il en sera question plus loin.
Syphilose pharyngienne . — Elle est aiguë, subaiguë ou indolente.
I. Dans la forme aiguë : douleur vive, déchirante dans l'arrièrc-gorge ; elle se propage communément, sous forme d'irradiations névralgiformes, dans l'une ou l'autre oreille. Elle est continue, exacerbante, spontanée et exaspérée par les contractions musculaires. On l'observe au plus haut degré dans les ulcérations du pilier postérieur et des parois latérales du pharynx, au voisinage de la trompe. — En pareil cas, il y a toujours dyspbagie réflexe plutôt que mécanique, et salivation gutturale très abondante, etc. — L'examen du pharynx fait constater une rougeur,
1. Pour diagnostiquer matériellement, la lésion, on explorera les narines avec une sonde ou un stylet métallique, qu'on promènera méthodiquement sur divers points de la muqueuse olfactive. Mais rien ne vaut l'examen rhinoscopique fait directement à la partie antérieure des fosses nasales et indirectement ou par image réfléchie à leur partie postérieure.