MÉDICATION' MIXTE DANS LE TRAITEMENT DES PNEUMOSYPHILOSES
grande puissance curative. EsL-elle supérieure ou inférieure à celle du mercure ? Ceux qui se piquent d'une grande finesse dans l'appréciation différentielle de nos deux spécifiques seraient sans doute fort embarrassés pour se prononcer, s'ils jugeaient sans parti pris et d'après leur propre expérience. Je crois que personne ne voudrait prendre la responsabilité de traiter les pneumosyphiloses avec un seul des deux spécifiques de la syphilis. M. Sacharijin a relaté des faits de phtisie syphilitique dans lesquels l'iodure de potassium, par suite d'un usage continu depuis de longues années, était devenu absolument inutile, et qui furent très rapidement guéris par l'usage du mercure.
Il est incontestable que c'est le traitement mixte qui donne le meilleur résultat. On administrera l'iodure à de hautes doses, variant de 6 à 10 grammes, quotidiennement, et on aura recours en même temps à des frictions faites, chaque soir, tantôt sur une partie du corps tantôt sur l'autre, avec 5 grammes d'onguent napolitain. La solution de biiodure ioduré, selon ma formule, m'a donné aussi de très bons résultats. Que la mercurialisation se fasse par la méthode stomacale, par les frictions ou par la méthode de Scarenzio, elle est toujours utile et quelquefois plus efficace que l'iodure. Un mode de traitement mixte que je conseille dans le traitement de la phtisie syphilitique, c'est l'emploi alternatif des deux spécifiques à des intervalles de 8 ou 10 jours : une semaine, par exemple, de frictions mercuriclles et une semaine d'iodure à l'intérieur, et ainsi de suite.
Indépendamment du fond diathésique de la maladie, il faut aussi attaquer les symptômes prédominants par des moyens locaux appropriés, ou par les médications usitées dans les affections pulmonaires chroniques de toute provenance. On ne négligera pas non plus l'état général. On traitera la consomption, surtout s'il y a soupçon ou certitude d'une vraie phtisie bacillaire contemporaine de la pneumosyphilose. Chez tous les syphilitiques qui présentent les signes d'une cachexie ayant sa source dans les poumons, l'indication du traitement spécifique sera formelle, alors môme qu'on n'aurait pas la certitude complète que l'infection syphilitique en est l'unique ou la principale cause.
Pleurésies syphilitiques chroniques. — J'ai parlé plus haut de celles qui surviennent dans la syphilis secondaire et coïncident avec les premières éruplionsexanthématiques. Plus tard, la plèvre est rarcmenl atteinte seule, ou si elle devient d'emblée le siège d'une déter-
PLEURÉSIES, BRONCHOPNEUMONIES, BRONCHITES
mi nation spécifique, le parenchyme pulmonaire ne larde pas à êlre envahi. En général, c'est toujours de lui que vient le processus. La séreuse ne se recouvre de fausses membranes scléreuses ou sclérogommeuses que consécutivement. La pleurésie est presque toujours sèche et se confond symptomaliquement avec la pueumopalhic. Cependant, j'ai vu des cas où l'épanchement pleurélique était considérable et l'emportait sur la pneumopathie. Les lésions syphilitiques du foie s'associent fréquemment à celles du poumon. Il est difficile de dire pourquoi. Peut-être n'y a-t-il là qu'une question de voisinage. Toujours est-il que le type de syphilose thoraco-abdominale existe. Je le signale sans lui accorder une importance exagérée. En pareil cas, la plèvre qui tapisse le diaphragme et le lobe inférieur est presque toujours recouverte de fausses membranes scléro-gommeuses ou simplement scléreuses. (Voy. un beau travail sur la pleurésie syphilitique, par M. le Dr Nikouline, assistant du professeur Zakhariine, à Moscou, Medicina, déc. 90.)
On a décrit aussi de véritables pleuropneumonies syphilitiques, des bronchites généralisées, suffocantes, très graves, présentant cette particularité que les râles étaient, d'ordinaire, beaucoup plus pressés dans la moitié supérieure des deux poumons que dans leur moitié inférieure (Pr Dieulafoy, Taberlet). Dans toutes ces affections broncho-pulmonaires, le traitement spécifique produisit des effets curatifs extraordinaires qui prouvaient, beaucoup plus que les caractères cliniques, la spécificité de l'affection. Néanmoins, plus le type de ces maladies, chez les syphilitiques, se rapproche de celui des pleuro-pneumopathies d'ordre commun, plus on a le droit de mettre en doute leur provenance spécifique. Les indications sont alors les mômes que dans les pleurésies et les pneumonies ordinaires; mais on n'oubliera pas les bons résultats que donnent, en pareille occurrence, le mercure etl'iodure. Le traitement révulsif, au moyen de vésicatoires volants répétés, vient en aide à la médication spécifique. On doit y avoir recours toutes les fois que li s parois thoraciques deviennent douloureuses pendant l'évolution des pneumosyphiloscs, et, à plus forte raison, quand la percussion et l'auscultation décèlent un encombrement plus ou moins considérable de la cavité pleurale par des produits morbides solide- nu liquides, etc.
Syphilose des gù/nçflions bronchiques pulmonaires. — Les affections syphilitiques du poumon débutent presque toujours par le
ET ADÉNOMÉDIASTINITES SYPHILITIQUES.
Iule; et, comme en ce point, il y a beaucoup de ganglions lymphatiques, ceux-ci sont très souvent atLeints. L'adénomédiastinile est quelquefois la première étape de la bronchopneumopathie. J'en ai vu quelques exemples. Le cas suivant n'en est-il pas un?
Un jeune syphilitique, très bien portant jusque-là, tomba, vers le huitième mois de sa maladie, dans un état grave d'anémie et de cachexie, caractérisé par de l'amaigrissement, de la pâleur, une grande faiblesse et une lièvre vespérale quotidienne. — On crut tout d'abord à une influence paludéenne, bien qu'aucune circonstance de milieu et d'empoisonnement antérieur n'en démontrât la réalité. Le sulfate de quinine fut administré inutilement. — Bientôt survint une toux presque quinteuse, sèche, sans aucune expectoration. Elle prit des proportions alarmantes. On craignit l'invasion d'une tuberculose, quoiqu'il n'y eût aucun antécédent héréditaire dans la famille. L'auscultation et la percussion ne faisaient cependant découvrir aucune altération du poumon, des plèvres ni des bronches. La toux devint féroce, et des plus inquiétantes. L'état cachectique empira. Les médecins qui soignaient le patient n'y comprenaient rien. Enfin ils apprirent que je l'avais traité pour une syphilis datant de 8 mois. Tout de suite l'idée leur vint que cette maladie pouvait bien être la cause de l'anémie, delà cachexie, de la touxspasmodique, etc., et ils instituèrent, bien qu'il n'y eût aucune détermination spécifique apparente, un traitement mercuriel et ioduré. L'efficacité en fut étonnante, presque du jour au lendemain, et la guérison de cette grave affection qui durait depuis 2 mois et avait résisté à toutes les médications, fut complète au bout de 2 ou 3 semaines. N'est-il pas naturel d'admettre qu'il s'était produit une adénopathie bronchique et médiastinique qui, par la compression des nerfs ou l'irritation des tuyaux bronchiques, donnait lieu à cette toux réflexe dont on ne trouvait la cause dans aucune affection matérielle des bronches, des plèvres et des voies aériennes ?
La conclusion à tirer de ce fait et d'autres analogues, c'est qu'il faut toujours songer à la syphilis, toutes les fois qu'il survient, du côté de l'appareil respiratoire, des troubles insolites, étranges, ne rentrant pas dans le courant pathologique ordinaire des maladies broncho-pleut'o-pulmonaires qui lui sont propres, et qu'il est alors toujours indiqué, de tenter la médication spécifique et surtout l'induré, qu'on administre, du resle, aujourd'hui dans beaucoup 4'affections de L'appareil respiratoire étrangères à la syphilis.