CHAPITRE III
Circonstances dont il faut tenir compte dans l'appréciation du traitement spécifique. — Spontanéité curative de l'organisme. Variétés de syphilis dans leurs rapports avec le traitement spécifique. — Action curative produite par la succession des mois et des années.
I. Il est impossible d'apprécier avec sûreté et exactitude un traitement et une méthode thérapeutique si on ne connaît pas, sous tous les modes cliniques, l'évolution spontanée de la maladie contre laquelle on les dirige. Comment aussi en mesurer le degré et la portée? Comment faire la part de ce qui est dû à notre intervention et de ce qu'il faut attribuer à la réaction salutaire de l'organisme contre la cause morbide qui l'a envahi, si on ne connaît pas les diverses péripéties du conflit de ces deux forces, lorsqu'elles se trouvent seules aux prises l'une avec l'autre?
Et ne faut-il pas tenir compte aussi des degrés de l'état morbide, de la résistance des sujets, du milieu dans lequel ils vivent , de toutes les circonstances, en un mot, dont l'action superficielle ou profonde, fugace ou permanente, est susceptible de modifier dans tel ou tel sens les conditions de la lutte, où nos remèdes vont prendre une part décisive? J'accorde, toutefois, que lorsque ces remèdes et la maladie sont empreints tous les deux d'une puissante spécificité, comme c'est le cas pour la syphilis, il est peut-être moins nécessaire de pousser très loin l'analyse de tout ce qui est d'ordre, pour ainsi dire, accessoire.
Toujours est-il qu'il y a des moments où l'urgence nous interdit le spectacle désintéressé des événements, et où c'est un devoir impérieux d'intervenir, bien que nous ne sachions pas comment les choses se passeraient sans nous? Et puis, ne se laissc-t-on pas entraîner naturellement à l'action par les côtés imprévus et mystérieux d'une maladie presque autant que par sa gravité?