‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 52 sur 610 · CIRCONSTANCES QUI ONT DÉMONTRÉ DE TOUT TEMPS · texte numérisé non relu

CIRCONSTANCES QUI ONT DÉMONTRÉ DE TOUT TEMPS

C'est ce qui eut lieu lorsque L'épidémie syphilitique éclata d'une façon si foudroyante en Europe. Jamais la thérapeutique ne fut d'une humeur plus belliqueuse, et ne s'escrima avec plus d'agitation et de violence. Elle mobilisa, mit en ligne et lit donner toutes les armes, môme les plus démodées et les plus hors d'usage de son arsenal. Nous avons vu, dans l'Introduction, que toutes les drogues bizarres et fantastiques inventées par le moyen âge furent exhumées et mises en œuvre, au seizième siècle, contre la syphilis. On était affolé, et il y avait de quoi.

Ce n'était pas dans un pareil trouble de surprise et de panique qu'on pouvait étudier avec calme et sang-froid le processus de cette épouvantable infection abandonnée à elle-même \

Mais plus tard, quand l'endo-épidémie fut atténuée et éteinte, comment se fait-il qu'on n'y ait pas songé? N'aurait-on pas dû, au dix-septième et au dix-huitième siècle, dégager un peu la syphilis de sa thérapeutique, l'observer en elle-même , démêler quelles étaient ses tendances, sa marche, ses terminaisons chez les malades qui, par insouciance ou par système, l'abandonnaient à elle-même ou ne la soumettaient pas à la haute pression d'un traitement radical?

II. Cette œuvre, essentiellement clinique et très féconde en heureux résultats, à tous les points de vue, n'a été commencée et sérieusement poursuivie qu'au dix-neuvième siècle. Elle date, comme on l'a vu, de l'époque où Fergusson et les médecins anglais de l'armée expéditionnaire de Portugal, constatèrent que, dans ce pays, la syphilis guérissait sous la seule influence d'une bonne hygiène et d'une diète légère. — Du reste, le fait n'était pas tout à fait nouveau. On l'avait observé en Amérique et même en Europe, bien longtemps auparavant.

Qu'était-ce, en effet, que ces cures merveilleuses attribuées au gaïac, sinon le triomphe de l'organisme sur la maladie? Le gaïac n'était certes pas plus efficace alors qu'aujourd'hui. Personne n'au-

1. L'anlimercurialisme no conduisit pas à l'expectalion. A l'époque où la maladie sévissait avec une gravité qu'elle n'a atteinte depuis que dans quelques rares endo-épiclémies très circonscrites, on faisait llèche de tout bois, au propre et au liguré, puisqu'on eut recours aux fameux bais des Indes. L'expectalion eût été considérée comme criminelle. Ulrich de Hutlen, qu'on rencontre à tous les carrefours de la syphilis, en fut encore plus ennemi que du mercure. Il raconte que son père avait eu la syphilis et qu'il ne lit jamais usage du mercure. « Aussi, dit-il, il épuisa toute la série des symptômes syphilitiques, depuis les ulcères des organes génitaux et les pustules de la peau, jusqu'aux gommes et aux exostoses. »

la Spontanéité curative de l'organisme.

rait l'idée de lui altribuer maintenant la guérison des syphilitiques. Eli bien, si cette guérison, qui excita l'enthousiasme de toute une génération de médecins et de malades, ne fut pas son œuvre, l'honneur n'en revient-il pas à peu. près tout entier, sauf la part qu'y prenaient la diète et les sudations, à la spontanéité curative qui existe, mais à des degrés infiniment variables, chez tous les sujets, quels que soient les époques, les milieux et les races?

Il était utile de ne pas toujours voir la syphilis à travers sa médication mercurielle. On a fini par comprendre et par démontrer que ce puissant spécifique n'était pas constamment indispensable, et qu'en dehors de lui, il y avait encore quelque espoir de salut, puisque la syphilis, abandonnée à sa marche naturelle, n'aboutissait pas fatalement au terme extrême de ses plus graves conséquences.

C'est un fait qui s'impose aujourd'hui à l'observation. Qu'on veuille bien remarquer que je n'en tire aucune déduction au point de vue pratique. Je suis loin d'en faire un argument contre les spécifiques, puisque je les administre dans tous les cas. Mais je maintiens qu'il faut envisager une question sous toutes ses faces, et qu'on le peut, sans tomber pour cela dans un scepticisme général ou partiel, contraire, en matière de syphilis, à la bonne direction du traitement.

III. Il n'est pas difficile de mettre en face l'un de l'autre deux tableaux : celui des syphilis traitées et celui des syphilis non traitées; d'accumuler, dans le second, tous les méfaits que peut produire la maladie, depuis le chancre jusqu'aux effets les plus lointains du tertiarismo, et de s'écrier : Voilà ce qui arrive quand on ne donne ni le mercure ni i'iodure! de n'esquisser au contraire, dans le premier, que les conséquences les moins sérieuses, les plus éphémères, les plus incolores, d'en adoucir encore les traits et les teintes, et de chanter victoire en disant: Voilà à quoi nous réduisons la syphilis avec nos spécifiques !

Il serait à souhaiter que cette opposition fût toujours vraie, puisque, ayant souvent la possibilité de traiter la syphilis, nous l'aurions bien vite réduite à n'être qu'une insignifiante infection. Malheureusement, les choses ne se passent pas toujours ainsi. Il y a du pour et du contre en cette question, comme dans beaucoup d'autres, et les jugements tranchés, absolus, systématiques ne sont pas toujours Les plus rapprochés de la vérité.

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