ROLE DU M EH CURE DANS LE TRAITEMENT • DE LA SYPHILUSE HÉPATIQUE
celle affection. C'est possible, Pourtant quelques-uns l'ont fait, sans en retirer aucun bénéfice préventif. Le mercure, à cet égardlà, n'est-il pas en défaut plus que pour d'autres organes? Le foie l'emmagasine et en conserve des stocks considérables pendant des années. Quel profit en retire-t-il? Je ne le vois pas bien. Et si on voulait chicaner le mercure, ne pourrait-on pas dire qu'il est pris, dans le foie, en flagrant délit d'insuffisance préventive? On me répondrait, sans doute, qu'il y séjourne à l'état de corps inerte. Alors libérez-le, avec la balnéation sulfureuse, par exemple, et vous verrez si vous obtenez de beaux résultats curatifs.
Quoique l'hydrargyre sous forme de calomel ait eu, dans certains pays, et particulièrement en Angleterre, une grande réputation contre les engorgements du foie, je crois qu'il ne possède, en fait de syphilose hépatique, aucune efficacité particulière. On fera bien d'être très prudent dans son administration par la méthode stomacale, à cause du délabrement des fonctions digestives. S'il y a un procédé de mercurialisation qui soit rationnellement indiqué en pareil cas, c'est celui des frictions, mais des frictions sur les parois abdominales, au niveau précis des parties où le foie parait le plus attaqué. En faveur de cette pratique dont je donne le conseil, on peut invoquer, outre l'effet curatif général, l'action résolutive locale que les frictions ne manqueront pas d'exercer sur la périhépatite qui existe toujours et est en connexion vasculaire très étroite avec la circulation pariétale de l'abdomen.
Ainsi, iodure de potassium à fortes doses, de 5 à 8 grammes, quotidiennement, et onctions mercuriellcs, chaque jour, sur la région de l'hypocondre droit, avec 5 ou 6 grammes d'onguent napolitain, voilà sous quel mode doit être instituée la médication spécifique.
Mais il y a aussi un autre côté du traitement qu'il ne faut pas négliger, c'est celui qui s'adresse aux symptômes et à la cachexie. Deux accidents surtout doivent être combattus : les hématémèses et la diarrhée. On tâchera d'améliorer, autant que possible, le fonctionnement du tube digestif, de relever les forces par des Ioniques, d'activer les fonctions de la peau par des bains et des douches. La balnéation thermale peut rendre de grands services non seulement pour guérir, mais aussi pour consolider la guérison. On conseillera les eaux qui paraissent s'adapter le mieux à la forme particulière que prend l'hépalosyphilose , suivant les individus et principalement suivant les causes accessoires qui ont provoqué la détermination de la syphilis sur le fuie. Si l'ascite devenait trop abondante, ee
INDICAT. FOURNIES PAR LES ÉTATS MORBIDES ASSOCIÉS A L'HÉPATOSYPHILOSE. 689
qui est possible, surtout quand d'autres facteurs étiologïques, tels que l'alcool, s'ajoutent à la syphilis, il faudrait, recourir à la paracentèse. Ses indications ne diffèrent pas de celles que présentent les autres maladies de cet organe qui produisent des épanchemenls séreux abdominaux. La syphilis ne constitue jamais une contreindication opératoire.
Les causes occasionnelles ou accessoires méritent toute notre attention. Comme, chez la plupart des sujets, la maladie spécifique sommeillait depuis fort longtemps sans donner aucun signe de son existence, il est tout naturel de supposer qu'une ou plusieurs circonstances qui lui sont étrangères sont venues la réveiller et lui désigner le foie. On a invoqué le traumatisme, et, comme preuve de son influence, M. Wirchow a fait remarquer que c'est d'ordinaire autour des téguments suspenseurs coronaires, triangulaires du foie que l'on rencontre les premières lésions, parce que, en ces endroits, les tractions exercées sur l'organe font sentir plus vivement leur action. Et la femme? vous l'oubliez, ce qui diminue beaucoup la valeur de votre argument. Combien son foie n'est-il pas plus molesté que celui de l'homme par la pression du corset! Pourtant chez elle l'hépatosyphilose est beaucoup moins fréquente que dans notre sexe, même en tenant compte de son infériorité numérique, si enviable en fait de syphilis.
Dans les pays chauds, la cirrhose spécifique du foie serait souvent le dernier terme de la syphilis (Sourrouille). L'impaludisme, qui est un des facteurs du tertiarisme, semblerait donc le diriger sur le foie et sur la rate ; mais cetle action élective n'est pas péremptoirement démontrée. Ce qui l'est beaucoup plus, c'est l'abus de l'alcool. L'excitation qu'il produit, même à des doses trop faibles pour susciter la cirrhose qui lui est propre, est susceptible cependant de faire un appel auquel obéit la syphilis chez les sujets prédisposés. Le foie est un champ de prédilection pour les méfaits séparés ou réunis du syphilisme et de l'alcoolisme. C'est donc surtout lui que nous devons avoir en vue dans la prophylaxie de l'hépatosyphilose.
Il faut, surveiller aussi les fonctions des reins. Cet organe est souvent englobé, ainsi que la rate, dans la même cachexie que le foie aux phases ultimes de la syphilis.
Mauriac.