VARIÉTÉS DE LA SYPHILOSE RÉNALE
phalopathies. Dans la plupart des cas, la syphilis est leur cause unique. On trouve quelquefois d'autres facteurs étiologiques, tels que tuberculose, arthrilisme, alcoolisme, etc.; mais, dans ces associations pathogéniques, la syphilis doit être mise en première ligne au point de vue des indications. Le mercure ne joue aucun rôle dans la genèse des néphrosyphiloses, du moins lorsqu'il est prudemment administré.
Résumé pathologique. — Les néphrosyphiloses précoces surviennent parfois à une époque très rapprochée de l'accident primitif. Les néphrosyphiloses tardives appartiennent à la phase tertiaire de la maladie. Les premières sont contemporaines des plaques muqueuses, et les secondes des manifestations viscérales scléro-gommeuses, en particulier de celles du foie et de la rate. Ces deux ordres de néphrosyphiloses ne diffèrent pas seulement par leur place chronologique dans l'évolution, mais par quelques particularités importantes de lésions, de symptômes, de processus, de coïncidences spécifiques, etc. Les néphrosyphiloses précoces présentent la plus grande analogie avec les néphropathies de provenance et de nature infectieuses. C'est l'élément actif ou sécréteur de l'organe qui est le premier atteint. Aussi leurs lésions appartiennentelles au type de gros rein blanc. Ce sont des néphrites parenchymateuses. Comme symptômes, marche et terminaison, elles ne diffèrent pas des formes aiguës et surtout subaiguës et chroniques de la maladie de Bright. Elles présentent les mêmes complications. — La mort en est quelquefois la conséquence ; mais elles sont moins graves que les néphropathies tertiaires. Les spécifiques et surtout l'iodure de potassium exercent sur elles une grande action curative, qui est souvent le principal élément du diagnostic.
Les néphrosyphiloses tardives sont presque toujours, mais pas exclusivement, interstitielles et atrophiques ; elles aboutissent à la cirrhose du rein. Les gommes et surtout la dégénérescence amyloïde font partie de leur anatomie pathologique. La forme parenchymateuse ou gros rein blanc ne s'y observe que rarement. Elles coïncident si souvent avec la syphilose hépatique et la syphilose rénale, qu'il en résulte une trilogie morbide très caractéristique. La cachexie syphilitique en est souvent la conséquence. Leurs symptômes et leur processus sont ceux du mal de Bright chronique. Leur étiologie est plus complexe que celle des néphropathies précoces. Elles ressentent comme elles, mais à un moindre degré, l'influence curative de l'iodure de potassium.
Les néphrosyphiloses précoces et tardives ne se distinguent pas les unes des autres d'une façon absolue. Entre les modalités anatomiques et symplomatiques de la syphilose rénale, il. n'existe aucune ligne de démarcation immuable, puisque ces modalités ne sont que l'expression multiple et variable ou les degrés d'une même détermination. Les conditions pathogéniques changent un peu avec l'âge de la syphilis; mais c'est toujours la même néphropathie spécifique qui est susceptible
TRAITEMENT DUS NÉPHR08YPHIL0SES.
d'attaquer, successivement ou d'emblée, tous les éléments constitutifs de la glande.
Traitement. — Dans toutes les néphropalhies d'origine syphilitique, précoces ou tardives, le traitement spécifique est indiqué. Le mercure et l'iodure doivent être administrés tous les deux suivant une proportion respective qui varie dans de très larges limites avec la forme de la maladie, ses degrés, son âge et sa place chronologique. Un grand point, c'est de ne jamais perdre de vue le rôle du rein comme organe éliminateur des substances médicamenteuses. Si l'aire de ce puissant filtre est diminuée ou si l'énergie qui le met en œuvre est amoindrie, il peut arriver ce résultat très grave qu'un agent administré à la dose thérapeutique moyenne devient toxique, parce que la partie qui subit l'élimination, quand le rein fonctionne normalement, se trouve retenue et s'accumule dans l'organisme. Ces remarques s'appliquent rigoureusement à la médication mcrcurielle. Son efficacité dans les népbrosypbiloses est incontestable ; mais son maniement exige la plus grande prudence. Il faut bien tàter le terrain avant de s'aventurer dans le traitement spécifique et l'instituer dès le début sur un mode très mitigé et fort au-dessous de la dose moyenne qu'on emploie ordinairement dans les grandes viscéropathies syphilitiques.
Par contre on devra recourir sans aucune réserve au traitement ordinaire de la maladie de Brigbt. Le régime lacté sera la base de la médication. Sous son influence, l'albumine diminue rapidement dans les urines. On stimulera les fonctions de la peau pour suppléer à l'insuffisance rénale. Les diurétiques, les purgatifs légers sont également indiqués, ainsi que la diététique appropriée aux néphropathies albumineuses.
On a soutenu que les maladies des reins étaient fréquentes chez les syphilitiques qu'on soumet au traitement mercuriel (Giïnlz). Néphrite et dégénérescence graisseuse des reins, voilà les deux redoutables complications qui devraient faire exclure, selon ce médecin, le mercure dans la plupart des cas. Le traitement mercuriel, ajoute-t-il, ne serait pas applicable à 10 pour 100 de syphilitiques, à cause de la coexistence d'une affection rénale antérieure; à 20 pour 100, à cause de la coexistence de la tuberculose; enfin, à 40 pour 100, correspondant aux cas qui guérissent spontanément sous l'influence d'un traitement non mercuriel, ce qui fait en tout 70 cas pour 100 où la cure mcrcurielle serait dangereuse.
11 y a dans cette proposition une erreur complète ou. tôut au
DU MERCURE DANS L'ÉTIOLOGIE .ET LE TRAITEMENT DES NÉPHROSYPHILOSES. 697
moins, une exagération manifeste. N'a-t-on pas vu souvent l'albuminurie, chez les syphilitiques, disparaître sous l'influence du mercure? N'est-ce pas là une objection sérieuse contre les idées do M. Gùntz? Il reconnaît le fait, mais il l'explique en disant que dans ces cas il ne s'agissait pas d'une néphrite, mais simplement de gommes des reins qui ont guéri sous l'influence d'un traitement mercuriel. Ces faits, du reste, seraient rares, car les statistiques, dit-il, démontrent que les reins ne renferment que 2 fois sur 100 des néoplasies de nature syphilitique, tandis que V albuminurie est d'une extrême fréquence dans la syphilis.
Que le traitement mercuriel à outrance, tel qu'on l'institue en Allemagne, parles méthodes des frictions mercurielles et des injections sous-cutanées mercurielles, puisse être quelquefois nuisible, je suis loin d'y contredire. Mais, en France, nous ne saturons point nos malades d'hydrargyre. La quantité que nous donnons est suffisante pour produire des effets curatifs, et incapable de provoquer des phénomènes toxiques. Elle s'élimine facilement par les émonctoires sans leur être nuisible. Nous lui associons fréquemment l'iodure de potassium qui facilite cette élimination.
Il en résulte que, dans notre pratique, il serait difficile de trouver des méfaits sérieux imputables au traitement hydrargyrique. Quand on manie d'une main trop lourde les agents thérapeutiques, il ne faut pas les rendre responsables des dangers que créent seuls ceux qui les emploient d'une façon malhabile.
Je termine en disant qu'en France les nêphropathies syphilitiques secondaires sont très rares, et que, quand elles se produisent, il ny a aucune raison de les attribuer à l'emploi du mercure. Remarquez, en effet, que, par cela même qu'elles sont précoces, l'organisme n'a pas encore eu le temps d'être intoxiqué par le mercure. Bien plus, dans certains cas, les malades n'avaient pas encore pris un atome de mercure quand leurs reins sont devenus malades. La précocité des albuminuries syphilitiques est un argument irréfutable contre les idées de M. Giintz. N'en est-il pas ainsi de leur apparition tardive ? Si, puisqu'elles se montrent alors à une époque où on a cessé depuis longtemps d'administrer du mercure. Dans le premier cas, on n'en a pas encore donné ou on en a donné très peu, et, dans le second, il y a des années qu'on a cessé d en donner. Que vient donc faire le mercure dans la palhogénie des néphropalics syphilitiques?
Que faut-il conclure, de ce qui précède? Que le mercure n'est
098 CONTRE-INDICATIONS DU MERCURE DANS LES NÉl'HKOSYl'HILOSES.
point formellement contro-indiqué dans les néphrosyphiloses et qu'on doit mettre à profit sou action curative qui s'exerce là comme dans toutes les autres déterminations internes ou externes de la syphilis. Mais son administration a un inconvénient que des faits nombreux ont mis hors de doute : elle donne fréquemment lieu dans les néphropathies à une salivation interminable. Nul doute que celte stomatite intense et rebelle ne soit en rapport avec la lésion rénale. Le mercure, ne pouvant s'éliminer qu'insuffisamment par les reins, cherche une voie plus libre et la trouve dans les glandes salivaires. Ce qui le prouve, c'est que la guérison de la stomatite n'a lieu que quand l'aire de l'émonctoire rénal reprend peu à peu ses dimensions normales.
L'iodure de potassium esL le médicament qui répond le mieux aux indications ; aussi faut-il en donner à haute dose, à moins que l'état des voies digeslives ne s'y oppose formellement. Il est prouvé que, grâce à lui et au mercure, la quantité de l'albumine diminue rapidement et que les phénomènes généraux guérissent avec une promptitude souvent étonnante.
L'iodure est le meilleur spécifique dans les néphropathies tertiaires. Les indications de l'hydrargyre sont beaucoup plus restreintes que dans les néphropathies secondaires. Je conseille même de n'y pas recourir. En général, il faut être sobre de médicaments, parce que, comme ils sont incomplètement éliminés par les reins malades, ils pourraient provoquer rapidement des phénomènes d'intoxication. On n'oubliera pas les indications fournies par l'œdème excessif des extrémités inférieures et l'abondance de l'ascite. On y remédiera par des mouchetures et par la paracentèse. On traitera l'urémie syphilitique, comme toutes les autres, par les diurétiques, la digitale, le régime lacté, les purgatifs drastiques, etc.