‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 561 sur 610 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Prophylaxie des nourrissons contre les dangers de l'infection syphilitique par les nourrices. — Examen médical des nourrices. Infection médiate des nourrissons par les nourrices. - - Régies formelles de prophylaxie : une nourrice ne doit donner le sein qu'à son nourrisson; un nourrisson ne doit prendre d'autre sein que celui de sa nourrice. Immunisation syphilitique de l'enfant par sa mére. Mesures prophylactiques relatives aux dangers de l'incubation syphilitique chez la nourrice. — Difficultés qu'elles présentent dans l'application. — Insuffisance des moyens proposés. Le danger qui résulte de l'incubation syphilitique chez la nourrice est moins grand qu'on ne l'a dit.

Prophylaxie pendant l'allaitement au biberon ou par un animal. Prophylaxie générale dans le cours de l'allaitement.

1. Quoique la contagion syphilitique dans l'allaitement soi! beaucoup plus fréquente par le nourrisson que par la nourrice1, cependant on exige de celle-ci plus de garanties qu'on ne lui en fournit. Ces garanties no sont pas toujours faciles à obtenir. Elles exigent des examens minutieux, des enquêtes sévères et presque inquisitoriales. D'après Diday, il faut explorer tout le corps de la femme, et surtout inspecler attentivement les parties génitales. El puis, ce qu'on ne saurait trop recommander avec Rosen, c'esi l'examen de l'enfant de la nourrice ou du nourrisson qu'elle allaite, car la syphilis lui a été donnée presque toujours par un nourrisson héréditairement infecté (Diday). Il serait bon aussi d'étudier le milieu où a vécu la nourrice, de prendre adroitement des informations sur la santé de son mari, de ses proches, sur ses grossesses, ses allaitements antérieurs, en un mot, sur toutes les circonstances de sa vie qui, de près ou de loin, se rattachent aux fonctions qu'on lui demande de remplir dans la famille dont l'enfant va lui être confié 2.

1. Au congrès des médecins russes (1891). AI. le l>r Mikhaïloff dir-ail que dans le gouvernement de Moscou on avait observé, de 1884 à 188(3, 13(5 cas d'infeclion de nourrices par des enfants sy pli i I i tiques, sur 14 seulement de transmission de la syphilis par des nourrices à des enfants bien portants. 11 en est ainsi partout. A l'Antiquaille, Al. Dron a noté, en dix ans. 107 nourrices infectées. Aux Enfants-Assistés de Paris, il y avait, avant 1880, une nourrice sur 200 et même sur 100 qui était contaminée parles nourrissons syphilitiques.

2. Les familles qui s'adressent directement aux bureaux de placement y trouvent des garanties sérieuses depuis l'application de la loi Houssel : « Chaque

CONTAGION MÉDIATE DU NOURRISSON PAR LA NOURRICE. 7bb

II. Une nourrice qui a été reconnue saine et qui l'est parfaitement peut néanmoins contaminer quelquefois son nourrisson dans l'acte même de l'allaitement, et cela par contagion médiate, avant d'être infectée elle-même ou même sans l'être" jamais. Il suffit qu'elle lui donne son sein tout récemment pollué par des baisers, par des attouchements contagieux, parla succion d'une matrone infectée, qui se sera chargée de lui former le mamelon, et enfin par toutes les causes du chancre mammaire. Or, parmi ces causes, la plus fréquente incontestablement, c'est la tétée, môme accidendelle et très courte, d'un nourrisson syphilitique. Aussi faut-il que, sous aucun prétexte, une nourrice ne donne le sein à un enfant qu'elle ne connaît pas. Elle ne doit nourrir que l'enfant qui lui est confié et pas même le sien1. C'est une mesure de prophylaxie absolue. Il faut de plus qu'une nourrice ne permette à personne de lui toucher les seins. Enfin, comme surcroit de prudence, il serait bon pour elle et le nourrisson, qu'elle lotionnât soigneusement le mamelon avant et après la tétée avec une solution antiseptique.

S'il est dangereux pour l'enfant que sa nourrice prête son sein à un nourrisson qu'elle ne connaît pas, il ne l'est pas moins, pour la nourrice, que l'enfant qu'elle allaite aille téter une autre nourrice. Un nourrisson ne doit prendre d'autre sein que celui de sa nourrice2.

Enfin, il importe aussi de prendre, pendant l'allaitement et du côté de l'enfant, de la nourrice, de la famille, toutes les mesures de prophylaxie générale contre la syphilis qui peut se contracter autrement que par les tétées.

année, dit M. le D' Duvernel, inspecteur des nourrices de la prélecture de police, 14000 examens, en moyenne, sont pratiqués pour les nourrices, dont 3300 pour les nourrices sur lieu, c'est-à-dire élevant le nourrisson dans sa famille. Chacune de ces femmes a été munie au préalable d'un certificat médical, attestant notamment qu'elle ne paraît atteinte d'aucune maladie contagieuse. Toutes les femmes sont examinées avec le même soin minutieux : les ganglions inguinaux sont toujours explorés; les seins des nourrices au biberon sont inspectés chaque fois qu'un allaitement a été assez récent; les organes génitaux sont visités, s'il y a lieu (Acad. de Méd., mars 1891).

1. .M. le Dr Paul Raymond a observé le fait suivant : Une femme allaitait exclusivement avec le sein droit un enfant syphilitique; elle fut contaminée, non par le nourrisson, mais par son propre enfant tétant le sein gauche, où se produisit le chancre. — Cet enfant avait élé probablement contagionné par son frère de lait.

2. Dans la contagion médiate par le sein, le chancre peut se développer en même !<mps sur les lèvres de l'enfant et sur le sein de la nourrice. Aussi est-il difficile quelquefois de savoir lequel des deux a infecté l'autre, et c'est là. une cause de dispute. Eh bien, ni l'un ni l'autre ne sont coupables. En réalité, dans l'immense majorité des cas, c'est un nourrisson étranger qui a contagionné simultanément la nourrice directement, et Tenfant d'une façon médiate, par l'intermédiaire de sa nourrice.

7o6 IMMUNISATION SYPHILITIQUE DE L'ENFANT PAR SA MÈRE,

III. Toute femme qui a eu La syphilis avant et pendant sa grossesse, peut allaiter son enfant, parce que cet enfant, fût-il exempt de toute infection hérédo-syphililique, a éLé immunisé par le sang placentaire. Cette règle est générale; elle l'est du moins quand la syphilis de la mère est antérieure à la conception et quand elle a été contractée pendant les 6 ou 7 premiers mois de la grossesse. Mais, si la contamination n'avait eu lieu que dans les 2 derniers mois de la grossesse, la vaccination placentaire aurait-elle eu le temps de se produire? Il est permis d'en douter. Quant à la syphilis de la mère, contractée aussitôt après l'accouchement ou plus tard, elle est aussi dangereuse pour l'enfant que la syphilis de toute autre nourrice. La seule difficulté est donc de savoir à quel moment précis de la grossesse l'infection syphilitique contractée durant cette période arrive trop tard pour que l'enfant puise l'immunité dans la vie intra-utérine. Cette question ne me semble pas encore résolue. Aussi est-il prudent de ne pas laisser la mère allaiter son enfant, quand elle n'est devenue syphilitique que quelques semaines avant d'accoucher.

Il est bien établi que le lait, de même que les autres sécrétions normales, n'est pas contagieux. Ce n'est donc point avec leur lait qu'une mère et une nourrice syphilitiques infectent le nourrisson. C'est peut-être, du moins pendant la période virulente, par leur sang, se mêlant fortuitement au lait, mais certainement par le chancre et les syphilides des mamelles, de la bouche, etc. Aussi doit-on absolument interdire de laisser nourrir un enfant sain par sa mère infectée après la naissance et par une nourrice syphilitique, à moins que chez les deux, la syphilis ne remonte à une époque très éloignée, à 6 ou 7 ans par exemple.

Sur l'époque ou une femme anciennement syphilitique ne peut plus faire courir aucun risque au nourrisson qu'elle allaite, nous n'avons pas de renseignements précis. Il vaut toujours mieux allonger que raccourcir le délai. Il est même prudent de l'exagérer et encore plus d'exclure, quand on le peut, aussi bien les syphilitiques de vieille date que celles qui sont encore en pleine virulence. Cependant il est permis quelquefois de n'être par trop absolu sur ce point et de supputer les risques, comme pour le mariage des syphilitiques.

IV. Un point fort intéressant de prophylaxie, entre nourrices et nourrissons, c'est celui qui concerne les nourrices en incubation de

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