PROPHYLAXIE CONTRE LA NOURRICE EN INCUBATION DE SYPHILIS. T
syphilis. Une nourrice bien examinée et offrant toutes les garanties désirables au moment où elle entre dans une famille, peut cependant devenir syphilitique quelques jours après, si elle a été contaminée antérieurement par un coït, des attouchements, ou par un nourrisson syphilitique. C'est presque toujours ce dernier qui est l'agent de la contagion. M. Dron (de Lyon) a le premier signalé ce danger, qui se produit ordinairement de la façon suivante :
Une nourrice, placée dans une famille dont l'enfant est hérédosyphilitique, le quille dès que le danger d'infection est signalé. Elle est encore indemne et prend un autre nourrisson. Mais voilà que les chancres qu'elle avait contractés avec le premier et qui étaient en incubation éclatent sans qu'elle le soupçonne, et le second nourrisson est infecté, etc.
Il est donc de la plus haute importance, avant d'accepter une nourrice, de savoir si elle n'a pas donné le sein à un enfant syphilitique. Lorsqu'il est prouvé que le nourrisson qu'elle vient de quitter était infecté, il faut la mettre en quarantaine, ou mieux en cinquantaine et même en soixantaine, c'est-à-dire ne lui permettre de donner le sein à un autre nourrisson que quand 7 ou 8 semaines seront écoulées sans qu'il soit survenu, sur les seins ou toute autre partie du corps la moindre trace de contamination. Voilà le principe avec lequel il ne faut pas transiger.
Mais que faire de la nourrice? M. Fournier conseille avec raison de déclarer à la famille qu'elle doit la garder au titre de nourrice sèche, afin qu'on puisse plus aisément la surveiller et l'empêcher de porter ailleurs la contagion. La nourrice acceptera celte sinécure si on lui donne les mêmes gages, et la famille ne lui refusera pas cette petite indemnité qu'elle lui doit bien, sans compter les autres, ultérieurement, si l'infection a eu lieu. Dans le cas où la nourrice s'obstinerait à partir immédiatement, il faudrait, avec le consentement de la famille, lui dévoiler la situation, si elle ne la connaissait pas, et lui montrer quelle grave responsabilité elle encourrait en devenant, après avoir été dûment avertie, l'origine d'une contagion, etc.
V. Jusqu'ici la question est assez simple; mais elle se complique, s'embrouille et s'obscurcit quand on cherche à prévenir les dangers qui peuvent naître plus tard de ce singulier mode de conlugion dans L'allaitement. On a discuté à perte de vue sur ce danger. On en a grossi démesurément la portée. Il se fût agi d'une de ces épidémies
DIFFICULTÉ DES QARANTIES PROPHYLACTIQUEB
qui déciment un pays, qu'on no se serait pas perdu en de pJus interminables discussions. Si encore de cette prolixité il était sorti quelque lumière et surtout des mesures prophylactiques d'une indéniable efficacité! Mais non. Aucune garantie nhsolue ne peul être obtenue. La seule, ce serait d'hospitaliser ces nourrices suspectes d'être en incubation, de les soumettre à une surveillance de tous les instants pendant 2 mois. Mais est-ce juste? Est-ce possible? A-t-on le droit d'en faire des prisonnières? Et si vous les laissez en liberté, que feront-elles pendant les 2 mois de repos qu'on leur impose avant de les reprendre ? Ne donneront-elles pas, par complaisance ou pour entretenir leur lait, le sein à d'autres nourrissons ? Si elles n'ont pas la syphilis, ne s'exposeront-elles pas à la contracter d'une autre façon? Ne pourrait-il pas arriver, peu de temps avant l'expiration du délai, qu'une circonstance malencontreuse les exposât aune contamination dont les résultats éclateraient quelques jours ou quelques semaines après le nouvel allaitement, sans que le premier allaitement suspect y fût pour rien, etc., etc. ?
Est-ce à dire que la prophylaxie est impuissante contre de pareilles éventualités? Sans doute elle diminuera les risques, mais elle esl incapable de les supprimer.
M. Fournier a proposé, comme mesure prophylactique de ce mode de contagion syphilitique, un certificat médical attestant l'état d'immunité du dernier nourrisson auquel la nourrice a donné le sein. « La seule garantie, dit-il, qui puisse préserver la santé publique contre le danger spécial des nourrices en incubation de syphilis, c'est un certificat médical attestant l'immunité du dernier nourrisson auquel la nourrice a donné le sein. »
Cette garantie est fort insuffisante. Qui nous dit que le nourrisson, sain au moment de l'examen, n'avait pas, quelques jours auparavant, de petites lésions dans la bouche qui, insignifiantes et passées inaperçues, n'en étaient pas moins contagieuses? Où trouver un médecin qui, à moins d'avoir suivi et soigné un nourrisson depuis sa naissance jusqu'au moment où sa nourrice le quitte, pourrait affirmer consciencieusement qu'il a été de toute impossibilité que cet enfant infectât sa nourrice ? Et puis n'\ a-t-il pas une multitude de lésions équivoques qui, comme apparence, sont autant d'ordre commun qu'hérédo-syphili tiques ? N'arrèleront-elles pas le médecin quand il lui faudra, sur l'heure, délivrer un certificat? C'est une pièce qu'il ne sera pas toujours aisé de se procurer. Beaucoup de médecins la refuseront dans tous les cas.