CHAPITRE PREMIER
Prophylaxie faisant appel aux pouvoirs publics pour l'exécution des mesures sanitaires'contre la syphilis, inspirées par la médecine et l'hygiène. Considérations générales sur la prostitution. Atteinte portée à la liberté individuelle chez les femmes. La culpabilité de l'homme est aussi grande que celle de la femme. Sa responsabilité devrait être la même. — Pas de coercition et liberté complète, abstraction faite du scandale et de l'attentat public aux mœurs. Ou bien pénalités également réparties entre l'homme et la femme. Provocation et police des mœurs Inscription, surveillance des mœurs, visites sanitaires.
1. Bien que la prophylaxie ainsi comprise s'étende forl loin etsorte des limites de l'individu, de la Famille, des professions, etc., pour embrasser une infinité de circonstances qui lui donnent un caractère
l'A UT RESPECTIVE DES DKUX SEXES DANS LA l'ROSTITUTION.
de généralité, cependant on ne l'a pas trouvée assez vaste. On a pensé qu'il lui fallait plus d'amplitude et surtout une réglementation que les médecins peuvent bien inspirer et diriger, mais qu'ils seraient incapables à eux seuls de faire exécuter. Aussi a-t-on jugé depuis longtemps que la préservation de la société contre les maladies vénériennes rendait indispensable l'intervention des pouvoirs publics.
Dans la prophylaxie sociale, il y a donc encore aujourd'hui autre chose que de la médecine et de l'hygiène. Assurément, il vaudrait mieux qu'il n'en fût pas ainsi. De nombreuses protestations se sont élevées et s'élèvent tous les jours, déplus en plus, contre les mesures coercitives qui attentent à la liberté individuelle. Nul doute que l'avenir n'en délivre les générations futures.
II. Ici, comme en beaucoup d'autres choses, la force a primé le droit. Avec une iniquité révoltante, un égoïsme féroce, l'homme a condamné la femme. Il a fait peser sur elle toute la responsabilité des maux qu'entraîne la contagion des maladies vénériennes. Si, à défaut du sentiment de justice, qui s'oblitère si aisément quand on ne fait pas abnégation de son intérêt personnel, ceux qui ont entrepris la sauvegarde sociale avaient cherché dans leur cœur quelques sentiments de pitié, de commisération, de générosité, auraient-ils crié anathème contre la femme seule au sujet de la prostitution?
Est-ce elle ou l'homme qui l'a créée? Tous les deux n'y ont-ils pas pris une part au moins égale? Et même n'est-elle pas plutôt l'œuvre du sexe fort, qui a fait de l'autre l'instrument de ses plaisirs et de ses caprices, depuis l'origine de l'humanité? N'est-ce pas parce qu'il l'a constamment imposée, soutenue, alimentée, quelquefois glorifiée et trop souvent exploitée, que la prostitution s'est perpétuée à travers les siècles malgré les religions, les philosophies, les puissances temporelles et spirituelles; qu'elle a bravé toutes les lois, résisté à toutes les persécutions?
Contradiction monstrueuse où l'iniquité et le ridicule vont de pair! Sous ce joug- que l'homme voulait secouer, ses besoins ou ses passions le remettaient toujours ; et, sentant sa misérable faiblesse morale, il tentait de s'en absoudre et de s'en venger par l'abus de sa force physique contre ces pauvres prostituées donl il ne pouvait se priver 1 .
I. Aussi loin qu'on remonte dans le passé de l'humanité, on trouve chez Mauriac.