LA RESPONSABILITÉ DU MAL VÉNÉRIEN
III. Dans l'inévitable conflit des sexes, le mâle violente el prend de force quand on lui résiste. La femme peut-elle le faire? Non. A-t-elle jamais violé un homme? Celui-ci n'est-il pas libre d'accepter ou de refuser les faveurs qu'on lui offre? Tant pis pour lui s'il en pâtil !
Que la prostitution soit une industrie malsaine, un commerce dangereux, c'est de toute évidence. Mais à qui la faute? Vous exigez des prostituées des garanties pour votre santé. Et quelles sont celles que vous leur donnez, vous, personnellement? Quelles sont celles que leur donne la société? Aucune. Vous infectez el vous ne voulez pas être infectés. Vous vous posez toujours en victimes,, et vous éludez toute responsabilité dans la contagion, au mépris de la plus élémentaire équilé. Car, si celles qui vendent leur corps communiquent et propagent plus que l'homme les maladies vénériennes, au bout du compte, elles ne font que rendre, en le multipliant, ce qu'on leur a donné1.
l'homme l'infaLualion peu justifiée d'une supériorité morale en ce qui concerne les rapports sexuels. Dans sa compagne il vit toujours un être inférieur, dégradé, souillé, qu'il fallait extraire de sa fange originelle et purifier pour l'élever jusqu'à lui. Comment s'y prit-il? — Écoulez noire grand écrivain Ernest Renan :
« Vers deux mille ans avant Jésus-Christ, dit-il, nous voyons apparaître un élément tout nouveau. Les Aryens et les Sémites font sentir leur présence dans le monde... Leur début fut la famille. Comme tout ce qui est grand, la famille a été fondée par des moyens atroces ; des millions de femmes lapidées établirent la fidélité conjugale. La jalousie, sans partir d'un principe fort élevé, devint une condition essentielle du progrès. Le mâle garda sa femelle. Armé d'un gourdin et secondé par son chien, le satyre honnête fit le guet devant la pelile fortification qu'il s'était faite ; s'il avait un soupçon il écrasait la femelle adultère à coups de pierres... » [Histoire du peuple d'Israël, t. I, pages 6 et 7).
Que pensez-vous de ce tableau? Nous n'en sommes pas encore à l'idylle. Mais est-ce ainsi que les choses se sonlpassées...? Renan, qui a cependant ccritde si belles pages sur les femmes, n'est-il pas injuste en admettant, sans preuves, que c'est par la force seule que la famille leur a élé imposée? Je croirais plutôt que ce sont elles qui en ont suggéré l'idée à l'homme, et ont fini peu à peu par la faire pénétrer dans son épaisse cervelle de brute.
Pourquoi l'illustre philosophe, dont le scepticisme supérieur voyait tous les côtés des choses, s'arrétc-t-il à cette seule hypothèse? Pourquoi ne se demandel-il pas combien, non pas de millions mais de milliards d'hommes, une puissance supérieure à eux aurait dû immoler pour leur imposer la fidélité dans les rapports sexuels? — Jupiter y aurait ('puisé sans succès toutes ses foudres qui domptèrent les Titans... Mais n'aurait-il pas dû, tout d'abord, les diriger contre lui-même ?
Toutes les étapes de la civilisation ont été marquées par l'émancipation de la femme. Chez les sauvages, en Australie, à la Nouvelle-Zélande, l'homme l'avilit, la loue, la vend, la tue, la mange. Aux États-Unis, où l'humanité parait être le plus en avant dans la voie du progrès, l'homme respecte el honore la femme, au point de lui accorder presque l'égalité politique. Pendant des siècles, l homme a été plus dur, plus impitoyable, plus atroce pour la femme que les animaux mates pour leurs femelles. Eux aussi sont plus forls qu'elles, et ajoutons plus beaux, ce qui est tout le contraire dans l'espèce humaine.
I. On s'indigne quand on suppute le nombre d'hommes qu'une seule femme