‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 599 sur 610 · TRAITEMENT DU LA SVI'IIII.IS · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DU LA SVI'IIII.IS

INJECTIONS MERQURIELLES INTRAVEINEUSES

Il est probable que beaucoup de syphiliographes, surtout parmi ceux qui sont partisans des injections hypodermiques solubles ou insolubles, avaient eu ridée d'introduire directement les préparations mercurielles dans le système veineux. Mais comment ne pas reculer devant la crainte des embolies et des phlébites1? Et puis était-il Lien certain, a priori, que les préparations hydrargyriques gagneraient, comme énergie et promptitude, à ne plus subir cette sorte d'élaboration chimico-physiologique que leur imposent les méthodes par infection, par frictions, par injections sous-cutanées? — Cette sorte d'infiltration, d'imbibition progressive, mesurée, dosée par l'organisme, n'était-elle pas préférable à la mise en demeure un peu brutale infligée au sang d'avoir à se servir immédiatement de la dose forcée àlaquelle on le condamnait?

Bien des raisons pouvaient faire hésiter, même les plus audacieux, devant cette introduction violente du mercure dans l'organisme.

I. Elles n'arrêtèrent point M. Guido Baccelli (de Rome) qui, le premier, en 1894, proposa, préconisa et mit en œuvre le traitement de la syphilis par les injections intraveineuses de sublimé. Il n'y eut recours que comme méthode exceptionnelle, dans les formes graves de la syphilis cérébrale.

J'ai , dit plusieurs fois que la façon d'hydrargyriser l'économie ne conférait aucune spécificité d'action au médicament, et que ce n'était

1. Voici une noie intéressante que M. Doyon a bien voulu me communiquer sur les injections intraveineuses de sublimé : « M. Uhma (Ucber die von Baccelli empfohlenen intravenôsen. Sublimatinjectionen Archiv f. Dermatologie u. Syphilis, 1894, t. XXIX;, atout d'abord, t'ait des essais sur des lapins. Dans une première série d'expériences, deux succombèrent trente heures après l'injection. A l'autopsie, en dehors d'une thrombose de la veine injectée, on n'a rien trouvé d'anormal. Aussi regarde-t-il la mort comme la suite de l'empoisonnement par le mercure. Les autres lapins ont très bien toléré ces injections.

Uhma a alors essaye celte méthode, en premier lieu, sur lui et ensuite sur des malades d'hôpital. Il n'a jamais observé de symptômes menaçants à la suite des injections. Chez une malade de 53 ans, atteinte de syphilis tardive, il survint, le lendemain de l'injection, de violentes douleurs de tête, des vertiges et des vomissements. L'auteur attribue ces accidents à des écarts de régime; ils cédèrent du reste rapidement à un purgatif.

Il ;i employé la solution suivante, d'après Baccelli :

On filtre la solution, on la chauffe et on l'injecte dans une veine des membres supérieurs ou inférieurs après avoir exercé une légère compression. Celte injection détermine une sensation peu accusée de brûlure et de la tuméfaction au point injecté. L'auteur a constaté chez lui-même que cotte sensation de brûlure disparaissait au bout de 48 heures; mais, par contre, 20 jours après l'injection d'une seringue Pravaz d'une solution de sublimé à 0,2 p. 100, il lui reste encore sur la l'ace interne de la jambe gauche une tumeur de la grosseur d'un œuf de pigeon, un peu douloureuse à la pression.

lin raison du petit nombre de ses observations (G), Uhma ne saurait porter un jugement définitif Sur la valeur de cette méthode dans le traitement de la syphilis. a

Bichlorure hydrarg Chlorure de sodium Eau distillée

0,5 à 2 gr.

l'Ait LES INJECTIONS MERCUKIKLLES INTRAVEINEUSES.

qu'une affaire de plus cl de moins, comme promptitude et comme intensité dans le processus curatif. C'est beaucoup; c'est même souvent d'une importance capitale et personne plus que moi n'apprécierait de pareils avantages, s'ils n'avaient aussi leurs inconvénients, et si la durée, la longue portée pour l'avenir de leur action curative égalaient ses résultats immédiats.

Quel jugement doit-on porter sur la méthode des injections mercurielles intraveineuses, en se plaçants tous les points de vue qu'exige une critique précise, rigoureuse, intransigeante et sans illusions, comme elle doit l'être pour inspirer confiance? Eh bien, ce jugement n'est pas possible encore. La méthode est trop jeune; elle n'a pas assez subi l'épreuve du temps et de l'expérimentation multipliée et prolongée, pour qu'on affirme qu'elle esl supérieure à tontes les autres.

IL 11 y a cependant déjà des autorités considérables qui se sont prononcées en sa faveur. Un savant ophtalmologiste, M. le Dr Abadie, l'emploie fréquemment. Il a insisté plusieurs fois sur les précieux secours qu'elle apportait au traitement de la syphilis dans ses manifestations tardives graves qui frappent les organes des sens et les centres nerveux. — D'après lui, aucune autre méthode mercurielle avec ou sans iodure ne peut lui être comparée en pareille occurrence.

Quant à la technique je ne saurais mieux faire que de citer ce qu'il en a dit en faisant 3 de ces injections devant les membres de la Société de Dermatologie et de Syphiliographie, dans la séance du 17 avril 1895 :

« Je me sers, dit-il, d'une seringue tout en verre de chez Luër. Le piston luiraême étant en verre, on n'a pas à craindre que quelque effilochure se détache du tampon et soif, projetée dans la veine. D'autre part, la stérilisation se fait aisément.

Le liquide employé est le cyanure d'hydrargyre à 1 pour 100 ainsi formulé : Cyanure d'hydrargyre, I gramme; eau distillée, 100 grammes; on injecte une -ciingue entière à chaque séance, soit 0,01 cent, de cyanure de mercure. Jetais l'injection tous les 2 jours pendant 20 jours; je cesse pendant 15 jours, et je réprends la série des injections et ainsi de suite tant qu'il est besoin. — Avant d'injecter, je fais saillir les veines du bras, en pratiquant une ligature ;i la partie moyenne du bras. Je choisis la veine. — L'antisepsie, bien entendu, doit être absolue, el je pousse l'aiguille fine doucement et obliquement vers le centre de la veine. Quand j'arrive dans la cavité, j'en ai la parfaite sensation et je pousse l'injection Lentement après avoir retiré la ligature du bras. Le malade n'éprouve pas la moindre sensation, p;is un instant de malaise; on lui met un petit pansement antiseptique collodionné, puis il va à son travail. •>

Pour le sublimé, la dose de chaque injection intraveineuse est, comme pour le cyanure, de 0,01 centigr., c'est-à-dire la même que celle qu'on emploie habituellement pour les injections hypodermiques quotidiennes solubles. — Il est probable qu'il en sera ainsi pour toutes les autres préparations hydrargyriques solubles.

La longue durée du traitemenl par celle méthode qui exige quelquefois, d'après M. Aiadie, une succession de cures, ne donne jusqu'à présent une liante opinion ni de la promptitude, ni de la persistance des effets curatifs.

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