‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 598 sur 610 · SOT · texte numérisé non relu

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devenu le sang syphilitique injecté aux animaux? En reste-t-il une trace quelconque? A-t-il été assimilé? A-t-il triomphé de l'immunité, ou, comme une matière neutre, inerte, inoffensiye, a-t-il tournoyé dans le torrent circulatoire sans le modifier et sans mordre comme agent infectieux sur la matière organique? Y avait-il un atome de ce sang dans le sérum ainsi thérapeutisé?

Quoi qu'il en soit, les résultats oui été satisfaisants, si nous en jugeons par l'observation suivante, que je résume : Jeune femme de 25 ans, syphilitique depuis 3 ans, et ayant encore des gommes ulcérées. On fait à la malade, pendant une semaine, 10 injections de 1 à 3 cent, cubes (dose totale 22 ce.) de sérum provenant d'un chien tué au 6° jour qui a suivi l'injection intra-veineuse de 20 cent, cubes de sérum d'homme porteur d'un chancre et en pleine éruption de roséole. — Ces injections déterminèrent quelques accidents légers (vertiges, fièvre, exanthème); mais, en revanche, les surfaces ulcérées, jusque-là inertes sous l'emplâtre de Vigo hydrargyrisé, devinrent bourgeonnantes, et au bout d'un mois, leur cicatrisation fut complète. Amélioration remarquable, surtout dans l'état général; embonpoint et disparition d'un état antérieur d'anémie accentuée. Pour les détails, je renvoie aux comptes rendus de la Société de biologie, séance du 12 janvier 1894'.

Y a-t-il eu, dans la guérison de ces ulcères gommeux, une action curative réellement spécifique; ou bien cette guérison n'a-t-elle été que le contre-coup d'un incontestable changement favorable produit, on ne sait pourquoi, dans le travail élémentaire de la nutrition par l'injection séreuse hypodermique? On a vu qu'un pareil fait s'était presque toujours produit clans les expériences de M. Tommasoli et de M. Feulard. Le sanghumain transfusé à l'animal y a-t-il ajouté quelque chose de spécialement curatif ?...

IV. Un travail très important sur le traitement sérumthérapique de la syphilis est celui que MM. A. Gilbert et Louis Fournier ont publié récemment dans la Semaine médicale (27 avril 95). 11 est intitulé Èssais de sérothérapie dans la syphilis-. Le procédé employé par ces deux savants expérimentateurs est aussi celui qui consiste à conférer aux animaux un pouvoir immunisateur et curatif par l'injection du sérum de syphilitiques en pleine période de manifestations secondaires. Les expériences ont été faitesà l'hôpital Broussais, dans le service de M. Gilbert, et àl'hôpital du Midi, dans mon service, où M. Louis Fournier était alors mon interne. Très versé dans toutes ces questions, M. Louis Fournier a procédé sous

L. il semblerait, d'après ce qui a été publié jusqu'à présent, que la sérumthérapie a plus d'action sur 1rs accidents tertiaires que sur les accidents secondaires et sur la. syphilis primitive.

2. <• Nos recherches, disent MM. Gilbert el Louis Fournier, étaient déjà commencées, lorsque, d'une part, nous apprîmes que, déjà en 1890, M. (iiusoppe Mazza, après avoir répété les expériences de Tommasoli, avait ru l'idée d'injecter à différentes reprises à l'animal fournisseur de sérum dos doses de 10 et 20 ce. do sérum provenant de syphilitiques à la période latente et n'ayant jamais suivi de traitement morcuriel, et lorsque, d'autre part, MM. Richet, Béricourt etTrihouIel vinrent annoncer à la Société de biologie los résultais favorables que leur avait donné dans deux cas un procédé sérothéraptque analogue. »

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mes yeux à ce genre d'expérimentation avec ion le la prudence, L'habileté, la précision propres à en assurer le succès, s'il enl été possible, sans porter aucun préjudice aux patients.

Un médecin fort distingué, M. le Dr Triboulet, qui a collaboré aux travaux de M. le professeur Richet et relaté les observations les pins intéressantes de séruintbérapic antisyphilitique, continue 'buis mon service à expérimenter ce mode de traitement.

Le sang ou les lésions qui ont servi à conférer aux animaux le plus grand pouvoir immunisateur et curatif qu'on puisse obtenir d'eux, ont toujours été pris, dans mon service, sur des sujets qui n'avaient subi aucun traitement et qui étaient en pleine période d'activité morbide spécifique. D'un autre côté, le traitement par le sérum des animaux ainsi préparés n'était appliqué qu'à des malades n'ayant pris ni iodure, ni mercure, et qui avaient ou allaient avoir des manifestations sur la nature desquelles il n'était pas possible de se méprendre, et qui pouvaient par conséquent le mieux mettre en évidence le succès ou l'insuccès de la méthode.

On avait soin de faire entrer en ligne de compte le processus spontané de ces manifestations, et l'inQuence que peuvent avoir, sur leur atténuation ou leur disparition, les troubles généraux produits par l'injection, quand ils ont lieu, ce qui arrive rarement. Ce dernier point est fort important parce que tout mouvement de fièvre, par exemple, spontané ou provoqué, a pour effet, comme je l'ai démontré maintes fois dans ce volume et ailleurs, de mettre pour ainsi dire en déroute toutes les manifestations syphilitiques. On commettrait donc une grande erreur si on attribuait à l'influence mystérieuse, profonde, inexplicable et directe du sérum, une action curative qui provient tout simplement du trouble pyrélique suscité par les phénomènes locaux ou autres de son injection. Ainsi un de mes malades, qui avait une glossopathie précoce assez grave et quelques accidents secondaires, en fut très promptement débarrassé par la sérumthérapie. Mais ce résultat curatif n'était pas spécifique; il provenait de ce que l'injection avait suscité un mouvement fébrile considérable ; par conséquent il était indirect.

Les urticaires ou autres éruptions, les abcès qui résultent qucbj nefois, mais très rarement, des injections du sérum thérapeutique, produisent aussi presque toujours un effet curatif indirect qu'on aurai! tort d'attribuer à la méthode.

MM. Louis Fournier et Triboulet ont surtout injecté dans mon service des malades atteints de syphilis primitive et de syphilis secondaire, et ils ont eu soin de tenir compte de la spontanéité curative qui existe dans la plupart des manifestations de ces deux périodes.

Il ne faut pas oublier non plus dans l'appréciation des résultats, l'effel reconstituant général que déterminent toutes les injections de sérum d'animaux dans le tissu cellulaire sous-cutané.

V. Dans l'application de celte méthode, la technique opératoire est assez simple; mais elle exige les précautions aseptiques et antiseptiques les plus rigoureuses. La quantité de sérum qu'on peut injecter chaque

SUR LA SÉRUMTHÉRAWE SYlMlILlTigUH

fois esl très variable. On esl allé beaucoup plus loin dans les doses que ne l'avaient fait les premiers expérimentateurs. De 2 ou 3 ou 4 ce. chaque fois, on est allé à 10, 12 ce. — L'intervalle entre chaque injection est de 5 ou 6 jours. Chez certains malades, la dose totale de sérum injecté a été de 50, 60 ce. et plus.

VI. En jugeant cette méthode d'après les résultats que j'ai pu constater dans mon service, je ne crois pas qu'il soit permis de fonder sur elle de grandes espérances. Je n'ai encore rien vu de rapide et de décisif. Il n'y a eu, dans aucun cas, un de ces effets thérapeutiques extraordinaires et presque instantanés, comme on en observe quelquefois dans le traitement spécifique intensif ou bien des améliorations qui, pour être moins frappantes, n'en sont pas moins d'une évidence indéniable.

Je ne porte cette appréciation qu'avec une grande réserve, car il est fort possible que dans cette voie on arrive à découvrir une méthode de traitement qui surpassera de beaucoup ce que nous obtenons avec le mercure et l'iodure1.

BIBLIOGRAPHIE

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1892. P. Tommasoli, Sulla azione del siero di sangue di agnelle- conlra la sifilide (Gaz. degli oapitali, n° 28). — A. Kollmann, Blutserum injectio'uen gegen syphilis (Deutsch med. woeh., n' 36). — Pellizzari, Tentati di attennuaz. nella sif. Giorn. ital. délie malattie ven., p. 133, sept. 1892, et Délia sieroterapia nella sifilide, Milano, 1894.

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1. « En résumé, concluent MM. A. Gilbert et Louis Fournier, l'action du sérum que nous avons employé s'est manifestée dans un certain nombre de cas par une amélioration de I état général, une reprise des forces, la disparition de la céphalalgie, des douleurs osseuses et articulaires, par l'atténuation ou même la disparition des éruptions cutanées et des lésions des muqueuses.

« Mais de tels résultats n'ont pas été obtenus constamment; et, plusieurs fois, malgré

de larges injections, l'insuccès a été plus oi ins complet.

On conçoit l'hésitation du jugement en présence de l'ails aussi contradictoires. Cette hésitation s'accroît encore si l'on considère que les injections de sérum d'animaux non inoculés sont loin d'être sans action sur l'état général des syphilitiques et sur l'évolution des accidents dont ils sont porteurs.

« Nous nous garderons donc de conclure avant d'avoir poursuivi de nouvelles recherchés, nous bornant, dans cet article, à l'exposé de la méthode sérothérapique que nous avons suivie et des résultats qu'elle nous a donnés jusqu'ici. »

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