ENTRE LE SYPHILOME PRIMITIF ET SES CONSÉQUENCES
point de départ. Aussi faut-il nous efforcer de les définir ou de les deviner.
Malheureusement, nous ne sommes pas encore parvenus et nous ne parviendrons peut-être jamais à découvrir les règles précises, positives, qui nous permettraient, un chancre étant donné, d'affirmer cruels seront le nombre, révolution, la topographie, la durée, la terminaison des manifestations ultérieures. La prognose syphilitique à longue portée, et dès le début de l'infection, n'est trop souvent qu'une question de probabilités. 11 en résulte une très grande incertitude pour l'application du traitement préventif.
Toutefois, il faut bien reconnaître qu'il existe une certaine concordance entre l'accident initial et les accidents consécutifs à brève échéance. Ainsi, en général, les chancres érythémateux, résolutifs, très superficiels, les chancres érosifs, parcheminés, foliacés, sont presque une garantie que les manifestations cutanées et muqueuses des poussées successives de la syphilis seront toutes superficielles et résolutives pendant une période assez longue. Mais cette solidarité n'embrasse pas toute l'existence, elle ne comprend pas toutes les déterminations possibles de la syphilis. Il peut arriver, en effet, que des chancres bénins soient suivis, sinon immédiatement, du moins plus tard, de syphilides graves ulcéreuses. Ne rencontre-t-on pas quelquefois des syphilis dont l'accident primitif et les premières poussées consécutives ont été insignifiants ou ont passé inaperçus, et qui, au bout de plusieurs années, donnent lieu à de profondes ulcérations de la peau et des muqueuses? Et, quand je dis plusieurs années, je pourrais dire quelques mois. Ce qui est malheureusement très commun, c'est de voir les plus graves déterminations s'effectuer sur le cerveau ou la moelle épinière, plus rarement sur d'autres viscères, dans les syphilis à chancres anodins et à premières poussées secondaires extrêmement légères. On a supposé qu'il y avait, en pareille occurrence, une sorte de balancement entre les manifestations viscérales et les manifestations cutanées et muqueuses. Pour ma part, je n'y crois pas. Mais ce que j'ai constaté maintes fois, c'est que la syphilose des centres nerveux se produit clans le cours de syphilis dont les débuts étaient loin de faire soupçonner une aussi redoutable éventualité. Les déterminations viscérales ne se trouvent donc pas soumises à cette règle de concordance en fait de bénignité.
La solidarité qui existe entre l'accident primitif et ses suites est plus accentuée et plus fréquente lorsque cet accident est franchement ulcéreux d'emblée et phagédénique. C'est cette variété qui donne le plus exactement la mesuré de la forme et de la gravité des manifestations ultérieures durant une phase plus ou moins longue de l'existence. Aussi le pronostic, en pareil cas, est-il moins aléatoire que dans les nulles formes chancreuses. Presque toujours on voit une syphilide ulcéreuse survenir d'emblée, ou après une première poussée érythémateuse, à la suite de chancres infectants ulcéreux et phagédéniques. Les exemples surabondent. Un voici un <|iii est particulièrement saisissant. Un malade, eut, en septembre 1889, un large chancre infectant du fourreau, qui fut ulcéreux e1 dura deux mois. La cicatrice,