DES DIVERS ÉLÉMENTS DU SYPHILOME PRIMITIF
gnent de leur point de départ. De même, également, l'organisme reste parfois comme indécis, après le chancre infectant ulcéreux, et il ne s'engage dans le tertiarisme qu'à la suite de quelques manifestations secondaires bénignes qui semblent mettre en échec la règle de concordance.
Des changements biologiques spontanés dans la manière d'être de l'économie peuvent produire ces résultats favorables. Il faut faire entrer aussi, en ligne de compte, d'abord le traitement spécifique quand il est institué de bonne heure et suivi avec persévérance, puis une bonne hygiène, le renoncement à des habitudes nuisibles, en un mot, tout ce qui peut donner à l'organisme une force de résistance qu'il n'avait jamais eue ou dont il était privé momentanément.
L'induration , qui constitue , avec l'ulcération, les deux éléments essentiels du chancre infectant, est beaucoup moins importante que celle-ci au point de vue du pronostic. Elle n'est pas une pierre de touche aussi sûre de la constitution. Aussi ses solidarités avec les accidents consécutifs sont-elles beaucoup moins certaines et constantes. Il semble qu'elle dépende plus de certaines conditions topiques et circonscrites à la région où se développe la syphilis primitive, que d'une prédisposition générale. Prenons, par exemple, ces chancres syphilitiques dont la néoplasie énorme ressemble à de grosses gommes et évoluent de la même façon, car ils se terminent tantôt par résolution, tantôt par ramollissement nécrobiotique. Ne serait-il pas rationnel de supposer, en se fondant sur la concordance, qu'un pareil syphilome va produire une syphilis caractérisée, dès ses premières poussées, par des gommes ou des tubercules cutanés ou muqueux, par des suffusions plastiques précoces, par des accidents périostiques ou viscéraux prématurés, etc., enfin par une syphilis entrant d'emblée dans sa phase tertiaire? Eh bien, j'ai constaté, au contraire, plusieurs fois que ces grosses néoplasies primitives n'entraînent ni immédiatement, ni même plus tard des conséquences aussi fâcheuses. Loin de moi la pensée de ne pas les considérer comme sérieusement inquiétantes, mais tenez pour certain qu'elles le sont infiniment moins que l'ulcération phagédénique.
Et voyez combien les solidarités peuvent être trompeuses. Dans un cas que j'ai publié, le chancre infectant de forme commune et d'intensité moyenne, survenu après vingt jours, d'incubation, produisit d'abord un état cachectique grave, avec roséole papuleuse légère ; puis, au bout de dix semaines, le malade eut des tumeurs gommeuses qui se succédèrent, sans interruption, pendant plusieurs années et s'ulcérèrent toutes, malgré un traitement énergique avec l'iodure de potassium. D'un autre côté, j'ai vu un énorme chancre balano-prôputial, qui fut frappé de nécrobiose centrale, ne produire, au bout de trois ou quatre mois, qu'une roséole érythématcuse discrète.
L'adônopathie de la syphilis primitive devrait avoir une signification pronostique considérable. Le système lymphatique ne joue-t-il pas, en effet, un grand rôle dans la genèse et la diffusion du principe virulent? Les ganglions ne sont-ils pas, en outre, des organes hématopoiétiques dont fhyperplasie doit troubler le fonctionnement, et n'en peut-il pas
INDICATIONS KOURNI14S PAR L'INKECTION (1ÉNÉRAL1SÉK.
résulter un changomenl morbide dans la composition du sang et, par suite, une débilité cacbectique de toute L'économie?
Et pourtant, là, plus encore que pour le chancre, on s'exposerait à de nombreuses déceptions si on croyait à une solidarité étroite entre les engorgements ganglionnaires spécifiques et les accidents consécutifs. J'ai souvent constaté au contraire, ainsi que je l'ai déjà dit, un rapporl inverse entre ces deux ordres de manifestations. Nouvelle preuve que les faits vont souvent à l'encontre des inductions les plus rationnelles et, en apparence, les plus solidement appuyées sur la physiologie pathologique. Nouvelle preuve plutôt que notre vue est encore trop courte ou trop peu pénétrante, notre science de la vie normale ou morbide trop incomplète, pour aller jusqu'à la raison d'être intime des phénomènes. Cette raison existe à n'en pas douter. Par conséquent, il n'y a pas d'anomalie ; un pareil mot est un aveu d'impuissance en matière scientifique.
III. Trouverons-nous dans les premières manifestations de la syphilis généralisée une base d'appréciation pour son avenir, plus cligne de confiance que celle que nous venons de chercher dans le syndrome primitif? Assurément cette base est plus large, plus compréhensive; elle donne mieux la mesure de l'impression morbide que subit l'organisme et de la résistance qu'il lui oppose, et néanmoins elle n'offre que des garanties probables et qui reposent plutôt sur des nombres que sur des lois ou, si ce mot paraît trop absolu, que sur des raisons physio-pathologïques.
Il y a, par exemple, des malades, surtout des femmes, chez lesquels l'infection syphilitique produit des troubles constitutionnels pyrétiques, douloureux, névropathiques , anémiants, cachectiques, etc., plus ou moins graves, au moment où elle atteint le terme de sa généralisation, c'est-à-dire vers la sixième ou septième semaine de l'accident primitif. Ces troubles bouleversent parfois profondément tout le système organique ; ils sont d'apparence très menaçants ; c'est une sorte de prologue où on croit lire d'avance les péripéties d'un drame sur lequel plane la fatalité des catastrophes les plus sinistres. Qu'arrive-t-il, cependant? C'est que, ce premier orage passé, tout rentre dans l'ordre, et que les suites prochaines ou éloignées de la maladie font un contraste frappant avec la gravité des prodromes. J'ai vu, il y a trente ans, une malade souffrir horriblement pendant quinze jours de ces troubles constitutionnels, portés chez elle à un point extrême, jusqu'à la paralysie d'un bras, sans qu'on soupçonnât leur cause; et, pourtant, n'eut qu'une très légère roséole, quelques plaques muqueuses et, depuis, aucune manifestation spécifique.
Par contre, il y a des cas trop nombreux où le silence de l'organisme au début et la bénignité des premiers accidents sont trompeurs et déjouent nos prévisions optimistes, puisque quinze, vingt, trente ans