CHAPITRE IV
Parallèle entre les frictions et les autres méthodes d'hydrargyrothérapie. Savons mercuriels. — Avantages et dangers des frictions. Effets curatifs de l'hydrargyrie cutanée violente et généralisée produite par les frictions.
I. En comparant les frictions aux autres procédés, on leur trouve, dans les cas où elles sont indiquées, une supériorité marquée sur presque tous les points.
Ainsi, pour faire pénétrer par la méthode stomacale la même quantité de mercure dans l'organisme, que par les frictions, il faudrait des doses dont l'action toxique sur la muqueuse digestive serait nuisible, dangereuse et neutraliserait l'action thérapeutique.
Avec les injections sous-cutanées de sels mercuriels solubles, outre les inconvénients locaux de la piqûre qui se reproduisent tous les jours, il s'effectue une élimination trop rapide du médicament. D'un autre côté, les injections profondes des préparations hydrargyriques insolubles, qui, comme mercurialisation intensive, peuvent rivaliser avec les frictions, exposent à des inconvénients et des dangers incomparablement plus grands et surtout plus difficiles à modérer ou à arrêter. Avec les frictions, l'onguent gris forme dans les replis de la peau d'innombrables petits dépôts qui sont l'équivalent d'une injection de sol insoluble, mais dont le transport dans la circulation se fait lentement et sans symptômes douloureux. Nous sommes maîtres d'augmenter, de diminuer, do supprimer à chaque instant ces petits foyers, quand nous le voulons. La résorption, loin d'être massive, se fragmente à l'infini et laisse à l'organisme le temps de s'adapter au médicament et pour ainsi dire de le digérer.
SAVONS MKHCCRIKLS l'OUR FRICTIONS.
Aussi, l'effet curatif se prolonge-t-il plus longtemps, parce que le filtrage du métal à travers les téguments et sa transformation par les liquides organiques dont il était entouré ne s'opèrent que progressivement, sur les milliers de particules emmagasinées dans la peau.
Par cette lento, quoique très active imprégnation, les frictions Sè rapprochent de la méthode stomacale. Elles me semblent donc réunir les avantages des deux autres procédés d'introduction du mercure, sans avoir aucun de leurs inconvénients et de leurs dangers.
II. Elles en ont pourtant qui leur sont propres, mais ne contrebalancent nullement leur puissance thérapeutique. Faut-il parler des petites incommodités dans l'application de la méthode, de la saleté apparente, de la difficulté du nettoyage de la peau, etc.? Ce sont là des objections sans valeur. Au surplus, chez les personnes que l'onguent gris dégoûterait, on pourrait prescrire des savons mercuriels complètement solubles dans l'eau pure, dont l'emploi est plus propre et plus commode pour les malades, puisqu'ils peuvent s'en débarrasser instantanément avec un linge mouillé passé sur la peau1.
1. Les savons mercuriels de potasse ou de soude ont été conseillés dans ces dernières années par beaucoup de médecins (Charcot, Schwirnmer, Schuster, Oberlander, Wega, Janowski, Unna). Je me sers souvent du savon napolitain préparé par le docteur Vincent. Le pain de ce savon, pesant 80 grammes, est de quatre tablettes, de 20 grammes chacune, portant estampé le poids de substance active incorporé, qui est de 4 grammes. La tablette peut être fragmentée en deux ou trois parties.
L'onguent mercuriel avec la lanoline pure est un simple mélange plutôt qu'une pommade. Pour avoir une bonne préparation, il faut ajouter 10 pour 100 de graisse. L'absorption, avec l'onguent de lanoline mercuriel, est très rapide; car, après une seule friction, on trouve au bout de vingt-quatre heures le mercure dans l'urine.
Les savons mercuriels s'emploient comme tous les autres savons, en les mouillant avec de l'eau et en frottant la peau sèche ou préalablement mouillée, elle aussi. Après que l'eau s'est vaporisée, il reste une couche sèche, grisâtre, que l'on peut enlever, à quelque moment que ce soit, avec de l'eau. Après quoi la peau est parfaitement propre.
Le savon mercuriel a été très bien étudié par un savant médecin, M. le docteur Schuster (d'Aix-la-Chapelle), qui a fait d'intéressantes recherches physiologico-chimiques sur le traitement mercuriel. Son petit travail concernant le savon mercuriel a été publié dans les Archives de dermatologie cl de syphilis d'Auspitz, 1882. M. Schuster a pris pour base l'analyse des urines, dans son étude comparative du savon et de l'onguent. — Deux ans auparavant, MM. Vajda et Paschkis avaient démontré la présence du mercure dans les urines, pendant ou après les cures avec la décoction de Zittmann, et surtout pendant la cure des frictions. (De l'influence du mercure sur la marche de la syphilis, Vienne 1880.)
Contrairement à ces deux auteurs, M. Schuster ne trouva pas souvent le