‹ Traitement de la syphilis [electronic resource]Chapitre 94 sur 610 · INCONVÉNIENTS DES FRICTIONS MERCUR1ELLES · texte numérisé non relu

INCONVÉNIENTS DES FRICTIONS MERCUR1ELLES

Parmi les arguments contre la méthode des frictions, on a toujours mis en première ligne la salivation. Mais on peut l'éviter et l'atténuer dans la généralité des cas.

Chez les sujets qui font des frictions, on voit quelquefois survenir des sueurs abondantes; elles proviennent probablement de l'élimination du mercure par les glandes de la peau. Jamais elles ne prennent des proportions inquiétantes. On en peut dire autant des troubles intestinaux, qui sont fort rares.

L'hydrargyrie cutanée se produit assez fréquemment après les frictions faites avec l'onguent napolitain. Quand elle est très modérée et locale, il ne faut pas s'en préoccuper outre mesure. Quand elle se généralise et prend le caractère d'une intoxication aiguë de la peau, elle peut être très dangereuse.

III. Et pourtant, comme compensation, elle produit parfois, en pareil cas, une action curative extraordinairement rapide. Qu'on en juge par le cas suivant, dont j'ai fait le sujet d'une de mes cliniques. {Gazette des hôpitaux, 1892, p. 859-61.)

Le malade, âgé de 18 ans et syphilitique depuis trois ou quatre mois, paraissait beaucoup plus jeune que son âge. Il avait la peau fine, blanche et délicate comme celle d'une jeune fille. Toute la surface du corps, y compris laface, était couverte de larges papules plates étalées, confluentes, qui formaient ça et là de vastes placards saillants, annulaires, squameux, etc.

Pour le débarrasser complètement de cette éruption, qui est une des plus longues et des plus rebelles, je lui fis pratiquer quotidiennement une friction, tantôt sur un point du corps, tantôt sur l'autre, avec 4 grammes d'onguent napolitain. On commença par la face interne des cuisses et on continua par les aisselles. Le quatrième jour, sur les points

mercure dans les urines pendant la cure, et pas du tout quelque temps après'. L'élimination, d'après lui, se fait surtout par les matières fécales, et d'une façon beaucoup plus constante que par les urines.

C'est une question que j'étudierai plus tard. — Je me borne ici à l'étude comparative du savon napolitain et de l'onguent mercuriel double : « Je dois reconnaître, dit M. Schuster, que les deux préparations sont d'égale valeur, quant au passage du mercure dans l'urine. Donc l'effet thérapeutique esl à peu près le même, comme le prouve mon cas n"4.

» La durée de l'emploi du savon ne doit pas être plus courte que celle de l'onguent. Il produit aussi de l'érythème et il ne faut, pas toujours frictionner le même point. Le malade peut se frictionner lui-même. Un pain de savon suffit pour trois ou quatre jours, etc., etc. »

Ainsi, voilà le savon mis sur le même rang que l'onguent napolitain, comme effet curatif. Néanmoins, ainsi que M. Kaposi, j'aurais plus de confiance encore dans l'onguent, sans aller jusqu'à préférer, comme lui, l'onguent ancien.

Dans les cas graves, il vaudrait mieux employer L'onguent napolitain que la lanoline au mercure et les savons mercuriels. Le temps qu'on mel pour dissoudre sur' La peau le fragment des savons est un de leurs inconvénients.

Le savon de M. Spillmann (de Nancy) est dosé au même titre que l'onguent napolitain.

DANGEHS ET AVANTAGES DE L'ilYDRAHGYHIE

frictionnés, eczéma rubrum, qui se généralisa si rapidement qu'en moins de vingt-quatre heures loule la surface cutanée se couvrit d'une éruption scarlatiniforme, d'une confluence, d'une teinte, d'une intensité vraiment extraordinaires. Fièvre très vive, hyperthermie, face vullueuse et luméliée. Rien d'inquiétant du côté de l'état général. Pas trace de stomatite.

Dès le second jour, la syphilide papuleuse se trouva comme submergée sous ce violent raptus érythémateux. Mais le fait le plus remarquable, c'est que, le quatrième jour, elle s'affaissa, se fondit, disparut comme par enchantement. Jamais je n'avais été témoin d'une action curative aussi surprenante; cependant j'en ai relaté des cas très frappants dans mon mémoire sur la guérison par l'érysipèle des accidents cutanés et muqueux de la syphilis. Sans nul doute, cette guérison instantanée appartenait au même ordre de processus curafif.

Au bout de cinq ou six jours, l'hydrargyrie cutanée perdit son acuité; la fièvre tomba; la rougeur et la turgescence de la peau diminuèrent peu à peu. Vers le milieu du second septénaire, la face était encore turgescente et d'un rouge framboisé. Elle ne tarda pas à se couvrir, ainsi que d'autres parties du corps, d'une desquamation furfuracée ou lamelleuse, suivant les points. De larges lambeaux épidermiques se détachèrent même à la paume des mains et à la plante des pieds, comme dans la scarlatine.

Voici quelques-unes des réflexions que me suggéra ce fait de guérison foudroyante :

Ce n'est pas au mercure, en tant que spécifique, qu'on en doit faire honneur. Sa puissance curative fût-elle décuplée, je ne crois pas qu'il pût balayer à lui seul, aussi vite et aussi complètement, une syphilide papuleuse. Il fallait une secousse profonde, puissante et capable de perturber l'organisme dans les opérations les plus élémentaires de sa nutrition, pour qu'une pareille élimination s'effectuât en quatre jours.

Tous les grands états morbides qui engagent l'économie dans une lutte impérieuse contre une cause menaçant plus ou moins sérieusement son existence ou même seulement l'équilibre de ses fonctions essentielles, sont susceptibles d'aboutir à un semblable résultat. L'agent le plus actif, en pareil cas, et celui dont l'action curative me parait incomparable, c'est la réaction fébrile, quelle qu'en soit la cause. Plus celle réaction sera synergique et intense, plus les raisons qui la suscitent seront légitimes et urgentes, plus aussi son eflicacité sera radicale. 11 semble qu'elle s'empare de l'organisme avec un absolutisme tel qu'aucune opération morbide ou autre ne lui soit possible. Tout s'efface devanl elle, tout lui obéit. Avec une supériorité sans pareille, elle subjugue momentanément les affections chroniques et fait table rase de leurs effets sur la surface cutanée.

Quel a été le rôle de cette éruption qui. d'abord localisée aux points frictionnés, a envahi toute la surface cutanée avec une rapidité si imprévue? Ne serait-il pas rationnel d'admettre que les couches les plus extérieures de la peau, si brusquement troublées partout dans le mécanisme

Page 1