CUTANÉE DAMS LE TRAITEMENT PAR LES FRICTIONS
nervoso-circulatoire de leur nutrition, ont été capables, à elles seules, cl sans l'intervention d'un autre facteur, de détruire, par cette action morbide violente dont elles étaient le théâtre, l'action morbide pins lente dont la syphilis avait depuis quelques jours multiplié les foyers papuleux? Assurément il n'est pas aisé d'établir la part respective qu'ont prise, dans le processus de laguérison, les deux éléments de l'hydrargyrie cutanée : la fièvre violente et le raptus érythémato-scarlatiniforme. Et pourtant je donne, sans hésitation, la prééminence au premier. — Oui, c'est la fièvre qui a tout fait ou presque tout. C'est elle qui, par une révolution irrésistible, a délivré l'organisme qui subissait passivement les méfaits de l'infection syphilitique sur la peau.
Croyez-vous que ces méfaits eussent été détruits et effacés avec cette rapidité par une irritation substitutive cutanée, si violente que vous la puissiez supposer, mais qui serait restée locale et n'aurait pas allumé la phlogose intérieure? Il ne viendra, sans doute, à l'idée de personne de traiter, par exemple, une syphilide cutanée par la flagellation ortiée, ou par des frictions à l'huile de croton ou bien d'autres irritants, dont l'action ne soulèverait pas une synergie réactionnelle fébrile, égale et surtout supérieure à l'irritation substitutive locale. Qui croira que l'inflammation de la peau puisse à elle seule, en pareille occurrence, paralyser en quelques heures l'action syphilitique, sans l'intervention de touL l'organisme, emporté par la fièvre dans un suprême mouvement d'élimination morbide?
C'est si vrai, que l'eczéma rubrum mercuriel localisé est loin d'agir aussi énergiquement qu'une fièvre générale, même sans érythème, sur les syphilides occupant les points où il s'est développé. Et cependant il a en sa faveur la spécificité curative de la cause qui l'a produit. Bien plus, je craindrais que l'eczéma rubrum n'aggravât le mal, au lieu de le guérir. Dans les syphilides conlluentes des parties génitales, dans les grandes infiltrations éléphantiasiformes que suscite quelquefois l'accident primitif, je n'ose pas recourir à l'onguent mercuriel comme traitement local. J'ai peur que, dans cette région, où l'eczéma rubrum se développe avec une si déplorable facilité, cette éruption cutanée n'irrite les néoplasies au lieu de les résoudre, et ne les entraine par là dans un de ces mouvements de destruction rapide qui aboutissent à la gangrène ou à la fonte ulcéro-phagédénique.
La prédisposition joue un rôle prépondérant dans les actes morbides ou curatifs que l'économie subit ou suscite. Chaque organisme procède à sa façon dans sa lutte contre les agents morbigènes qui l'assaillent. Mais son originalité ne s'efface-t-clle pas quand ces agents morbigènes sont doués d'une puissante spécificité? Ils ne se bornent pas alors à mettre en jeu une simple réaction banale; ils la frappent de leur empreinte et lui donnent une physionomie qui est a peu près la même clie/. tous les individus, surtout quand ils procèdent avec violence et rapidité, sans nous laisser le temps de réagir, suivant le mode le plus adapté a noire manière d'être habituelle. Que l'individualité organique et la, spécificité morbide ou toxique soienl en conflit permanent ou momentané, vous verrez se produire les résultats les plus variés. Mais
EFFETS GURATIPS TRANSITOIRES DU 1/IIYDHAHflVRIK CUTANÉE
les grandes lignes subsisteront toujours. lit si je fais celle digression, c'est pour en revenir à l'hydrargyrie scarlalinif'orme de noire malade. Nul doute qu'il n'y fut prédisposé et qu'il n'en ait été pour ainsi dire le créateur; mais nul doute aussi qu'elle ne l'ail maîlrisé complètement et n'ait développé, dans la plénitude de sa spécilicité, son action plilogistique et cutanée.
Malheureusement, cette action curative n'a pas été de longue durée. Le malade a eu, quelques mois après sa guérison, une troisième poussée de syphilide papuleuse très sérieuse, quoique un peu moins que la seconde. Cette fois, je n'ai pas osé recourir aux frictions mereurielles. Je me suis contenté d'administrer le proloiodure hydrargyre. Il a élé aussi bien toléré qu'au début de la syphilis; mais il n'a pu accomplir que lentement son œuvre de guérison.
Sera-t-elle aussi transitoire que les deux autres?
Supposons qu'il nous fût permis de développer à volonté, chez nos malades, une hydrargyrie cutanée aiguë. Devrions-nous le faire dans le traitement des syphilides? — Oui, si nous avions la certitude que cette hydrargyrie se maintiendra dans telles et telles limites; qu'elle ne restera pas en deçà, qu'elle n'ira pas au delà de la réaction fébrile et de la poussée érythémateuse, propres à guérir en quelques heures la syphilide, et surtout qu'elle ne fera courir, ni pour le présent ni pour l'avenir, aucun danger à nos patients. Mais cette certitude, nous sommes loin de l'avoir; par conséquent, il n'y a aucune déduction pratique à tirer de ce qui précède.
Toujours est-il qu'on en doit conclure : 1° Qu'une hydrargyrie cutanée générale ét aiguë, avec réaction fébrile, est parfois un événement très favorable dans le traitement des syphilides; 2° que, sous la double influence de la réaction générale fébrile et peut-être aussi de l'érythème aigu, les syphilides cutanées s'améliorent, se résolvent et se réparent avec une incomparable rapidité; 3° que les médications spécifiques générales et les traitements locaux, isolés ou combinés, seraient incapables de produire en aussi peu de temps et d'une façon aussi catégorique, mais malheureusement momentanée, la guérison d'une syphilide.