BOULEVARD SAINT-GERMAIN
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INTRODUCTION
Nous nous proposons dans cet ouvrage d'indiquer à nos confrères ce que quatre années d'études méthodiques nous ont appris sur l'emploi de la créosote chez les tuberculeux. Nous n'avons pas la prétention de faire une monographie complète ni de passer en revue toutes les recherches antérieures aux nôtres, nous ne voulons relater que ce que nous avons vu ou fait par nous-même : un index bibliographique détaillé, que nous devons en partie à l'obligeance de M. le Dr Petit, bibliothécaire adjoint à la Faculté de médecine, facilitera d'ailleurs toutes recherches aux personnes qui s'intéressent aux travaux parus sur la créosote en ces dernières années.
Nous avons été placé pour nos études dans des conditions très favorables, que nous ont souvent enviées les confrères ou les maîtres qui nous honoraient de leur visite au Val-de-Grâce. Ces conditions exceptionnelles, nous les devons à nos chefs militaires qui ont bien voulu encourager nos travaux :
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à M. le Médecin chef de l'hôpital du Val-de-Grâce qui, en nous laissant quatre ans dans le même service, nous a donné la possibilité de faire un travail suivi ; à M. le Pharmacien en chef du Val-de-Grâce, M. le professeur Burcker, qui nous a donné un précieux concours en surveillant la préparation irréprochable de la créosote et de l'huile qu'il nous livrait (53 kil. 500 de créosote rectifiée et 816 kil. d'huiles de diverses sortes toutes rectifiées par l'alcool).
Une mention de reconnaissance doit aussi être adressée aux médecins stagiaires du service qui nous aidaient à prendre les observations des malades.
Nous avons eu la bonne fortune d'avoir un excellent personnel d'infirmiers ; parmi eux plusieurs étudiants en médecine et en pharmacie s'intéressant à nos travaux étaient pour nous de précieux auxiliaires.
Nos malades eux-mêmes étaient des malades de choix, pour la plupart détenus militaires, souvent fort intelligents et à même d'apprécier l'importance de nos recherches ; ils avaient en nous une confiance absolue parce qu'ils voyaient que nous ne procédions qu'avec la plus extrême prudence et qu'ils constataient souvent des résultats très encourageants chez leurs camarades et sur eux-mêmes.
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Nous ne procédions avec eux que par persuasion, sans jamais chercher à leur imposer le traitement créosote, sans jamais dissimuler les quelques accidents inséparables de toute intervention active. Le titre de piqueur en chef était fort ambitionné par ces infirmiers improvisés : il y avait environ un piqueur pour dix malades, ayant luimême sous ses ordres un auxiliaire destiné à le remplacer quand il quittait le service. Le piqueur avait pour mission de donner à ses malades la dose de créosote prescrite tous les jours à la visite ; de marquer sur un cahier spécial l'heure du début et l'heure de la fin de l'injection, les moindres incidents survenus pendant et après l'opération; de prendre et de marquer la température 2 fois, 6 fois, 10 fois par jour dans certains cas. Tous ces détails étaient relatés sur des feuilles d'observation préparées et tenues à jour par deux copistes de bonne volonté. Le contrôle le plus rigoureux était exercé soit par nos infirmiers, soit par nous-même en des visites inopinées à toutes heures du jour. Le poids des malades était relevé toutes les semaines par deux hommes chargés spécialement de ce service, qui n'était pas non plus laissé sans contrôle. Les lavements étaient donnés avec le même soin, et nous avions pris nos précautions pour savoir s'ils étaient gardés pendant
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la nuit. Il n'était pas jusqu'au nombre d'heures pendant lesquelles ils étaient gardés qui ne fût scrupuleusement consigné. Chaque malade était doté d'une feuille qui comportait une première colonne pour l'observation sommaire de la maladie, antécédents, causes, état général, histoire de la maladie. Dans cette colonne étaient détaillés avec le plus grand soin les signes stéthoscopiques observés avant tout traitement. Ils étaient le plus souvent contrôlés par un des médecins qui nous faisaient l'honneur de venir voir nos malades ; c'était là un impôt que nous prélevions sur les visiteurs. Et voici comment s'établissait le contrôle. Sur un schéma tracé à l'avance, un infirmier écrivait ce que dictait le visiteur et seulement alors on comparait avec le schéma rempli par nos soins : s'il y avait le moindre désaccord, on étudiait à nouveau, ou bien l'on prenait pour arbitre un troisième observateur. Les mêmes soins étaient pris, dans la mesure du possible, pour l'examen du malade à sa sortie et dans le courant du traitement. Toutes ces observations étaient consignées sur la feuille du malade. À l'étage inférieur de cette feuille se trouve une sorte d'échelle indiquant jour par jour la dose d'huile injectée ou prise en lavements, l'heure et la durée de l'injection ; cà l'étage moyen est réservée une place pour les tem-
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pératures; à l'étage supérieur sont indiqués les résultats des recherches bactériologiques, les modifications survenues dans les principaux symptômes, les poids relevés tous les huit jours et l'étude de la capacité thoracique au moyen du spiromètre de Mathieu. Voici d'ailleurs le modèle auquel nous nous sommes arrêté : à la lecture de ces feuilles, on se rend assez bien compte des principaux détails de l'évolution de la maladie et de tous les incidents qui ont pu la traverser.
Nos malades n'étaient pas, comme ceux des hôpitaux civils, libres d'échapper inopinément à notre observation. En outre, nous les gardions longtemps pendant des mois et parfois des années. Les uns (gardes républicains proposés pour la retraite ou la réforme) attendaient de longues semaines l'arrivée de leurs titres. Les autres (détenus militaires) n'étaient proposés par nous pour la réforme qu'après deux et trois mois d'observation, et après réforme ils attendaient encore leur grâce des mois entiers.
Nous avons de notre mieux groupé les divers matériaux réunis pendant ces quatre précieuses années d'observation et c'est ce travail que nous livrons à l'appréciation du lecteur, travail sans prétention, incomplet encore, et dont le principal mérite est la sincérité.