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ÉTUDE DE LA CRÉOSOTE

Les créosotes sont des mélanges complexes extraits des goudrons de houille et de bois. Celles qui proviennent de la houille sont à rejeter de tout usage thérapeutique; celles qui proviennent du bois sont plus ou moins bonnes : l°suivant l'essence du bois. Celles de hêtre sont, de toutes, les meilleures; 2° suivant le soin avec lequel a été conduite la distillation du bois.

Les créosotes sont des liquides légèrement oléagineux, à odeur plus ou moins pénétrante suivant qu'elles sont plus ou moins pures. Leur densité varie entre 1060 et 1087, suivant qu'elles sont plus ou moins rectifiées.

Le codex français exige une densité de 1067. Cette prescription est, en somme, très sage, car

une créosote qui a une densité inférieure à 1067 est forcément très pauvre en gaïacol.

Composition des créosotes.

Considérées dans leur ensemble, les créosotes sont des mélanges, en proportions variables, de vnonophénols et A'éthers de diphénols, sur lesquels on possédait, en réalité, peu de données précises. Leur étude vient d'être reprise entièrement par MM. Behal et Choay ; ces auteurs, par des méthodes analytiques rigoureuses et contrôlées par la synthèse, ont cherché à établir la véritable constitution des créosotes.

Sans entrer dans le détail de ces recherches beaucoup trop techniques pour être exposées ici, nous dirons que les corps retrouvés constamment dans les créosotes livrées par le commerce sont les suivants :

Monophénols :

Phénol ordinaire (acide phénique) bouillant à 182°. Cil5 M Ortho-Crésylol (Ortho-Crésol) . . d° 189». C«H*<0H (aj

/QHS fi

Méta-Crésylol (Mélh.-Crésol) . . . d° C«H\0h |j

Para-Grésylol(ParaCrésol). . . cl» 200". C«II*<g\Y" j!)

, do 220». C«IF-CIP-CH3-0H

Phlorol

Ethers Méthyliques de Diphénols :

Créosol

Gaïacol bouiUantà20&°. «n<°=H,

d. 217». C8H»-CH'^oCH!

Il est à remarquer tout de suite que les diphénols caractérisés par les deux fonctions phéno- OH

liques <( qjj n'existent pas à l'état libre dans les

mélanges, comme cela a lieu pour les monophénols, corps caractérisés par leur unique fonction phénolique OH. Ainsi, on ne trouve pas dans les créosotes les deux diphénols ci-dessous :

Diphénols :

Pyrocatéchine ^6^*\0H

Homopyrocatéchine CeH3 ^^3\qj{

Mais bien leurs éthers monométhyliques, c'est-àdire :

Ethers Monométhyliques de :

la Pyrocatéchine ou Gaïacol C8H*/^^

l'Homopyrocatéchine ou Crésol. . . . roTis n H3/ 0 II

• un \ochs

Ainsi, toutes les créosotes du commerce contiennent en proportions variables ces divers composés bouillant à des températures différentes, ayant des densités différentes. On comprend, dès lors, comment il n'y a pas deux créosotes qui se ressemblent; comment les unes distillent entre 185 et 210 degrés, les autres entre 210 et 220 degrés, etc. Mais, dira-t-on, si l'on distillait les créosotes entre deux températures extrêmes bien déterminées, entre 200 et 210 degrés par exemple, n'aurait-on pas la

certitude d'avoir des mélanges sinon d'une composition toujours identique, du moins d'une composition à peu près fixe? Ce sont précisément les prescriptions du codex français; si on les appliquait rigoureusement, on aurait des créosotes rectifiées identiques à celles dont nous nous servons depuis quatre ans et qui, en somme, nous ont donné toute satisfaction. Étudions donc la composition de la créosote ainsi rectifiée.

D'après ce que nous avons dit des températures d'ébullition des divers corps qui composent les créosotes, on croirait qu'en distillant entre 200 et 210 degrés, il ne doit passer à la distillation que le paracrésylol qui bout à 200 degrés, le métacrésylol qui bout à 201 degrés, et le gaïacol qui bout à 205 degrés. Mais ce serait mal connaître les lois qui président à la distillation des mélanges. La vérité est que, outre les trois corps ci-dessus, il passe à la distillation des traces d'ortbocrésylol et d'acide phénique, bien que le point d'ébullition de ce dernier soit assez éloigné de 200 degrés, et des traces notables decréosol et de phlorol, bien que ces deux corps n'entrent en ébullition qu'au-dessus de 2 10. degrés. Bref, celte immixtion dans la créosote officinale distillée entre 200 et 210 degrés de produits de tète et de queue est inévitable, elle le sera tant qu'on préparera la créosote et qu'on la rectifiera par les procédés anciens. Pour avoir une créosote toujours identique à elle-même, il faudra

arrivera la faire de toutes pièces, en mélangeant en proportions invariables le gaïacol et les autres produits constituants préparés eux-mêmes par synthèse.

Si nous avons insisté sur ces détails chimiques, c'est pour que le lecteur sache bien que la créosote même rectifiée, telle que la prépare M. Choay, sous le nom de créosote alpha, et telle que nous l'a donnée M. Burcker en n'utilisant que 70 pour 100 de la créosote fournie par la Pharmacie centrale militaire, n'est pas un mélange à composition simple et tout à fait déterminée.

Mais nous aurions mauvaise grâce à méconnaître les services que la créosote ainsi rectifiée nous a rendus, et c'est elle que jusqu'à nouvel ordre nous continuerons à employer.

C'est un liquide de consistance très fluide, à odeur pénétrante, mais agréable, incolore; peu soluble dans l'eau, mais se dissolvant en toutes proportions dans l'huile.

Nous préférons cette créosote au prétendu gaïacol livré jusqu'ici par le commerce et que nous avons expérimenté. Il est vrai que le gaïacol était lui-même un produit mal défini ne contenant de gaïacol pur qu'à peine 50 pour 100.

Le gaïacol pur n'est connu que depuis mars 1893.. Il a été découvert et préparé synthétiquement par MM. Behal et Choay qui ont pu le présenter à l'Académie des sciences à l'état cristallin. Avant cette

découverte on croyait que le gaïacol était un liquide; or c'est un solide quand il est pur, blanc, très bien cristallisé, fusible à 28°, 5. On croyait que ce prétendu liquide bouillait à 200 degrés : de là, par parenthèse, le soin que mettaient les distillateurs de goudron de bois à recueillir tout ce qui passait à la distillation au voisinage de 200 degrés pour le livrer à la pharmacie sous l'étiquette de gaïacol ; or le vrai gaïacol ne bout qu'à 205 degrés, sa densité est 1,143 à 15 degrés.

Il n'est pas soluble dans la glycérine officinale, alors que quelques pharmacologistes ont avancé qu'un des meilleurs caractères de pureté du gaïacol était sa solubilité dans la glycérine officinale.

Bref, tous les médecins qui jusqu'ici ont cru employer le gaïacol n'ont employé qu'un produit mal défini; nous-mêmes l'avons essayé et n'avons pas obtenu de résultats sensiblement différents de ceux que nous donnait la créosote rectifiée. Or, comme ce prétendu gaïacol est d'un prix de revient bien plus élevé que la créosote, toutes nos préférences sont jusqu'ici pour cette dernière.

Est-ce à dire que le gaïacol chimiquement pur n'est pas préférable à la créosote? C'est possible, mais ce n'est pas encore démontré pour nous ; la question est à l'étude.

Choix et purification des créosotes.

Tous les pharmaciens peuvent fournir de la créosote rectifiée s'ils veulent bien redistiller entre 200 et 210 degrés la créosote du commerce et prendre en outre les précautions qu'il nous reste à indiquer : 1° s'assurer que la créosote ainsi rectifiée est neutre ; 2° qu'elle est suffisamment riche en gaïacol. Elle doit en contenir de 18 à 20 pour 100. MM. Behal et Choay ont indiqué le moyen de faire cette détermination quantitative (Ac. des se, mars 1893). 3° Il faut savoir que certaines créosotes à odeur de fumée contiennent des bases pyridiques et nécessitent, par conséquent, des lavages . à l'eau acidulée. 4° On n'arrive à se débarrasser complètement des corps à fonction phénolique qu'en distillant la créosote dans un appareil muni d'une colonne de rectification. Nous avons vu fonctionner un semblable appareil construit spécialement pour cet usage, et notre surprise fut grande en remarquant ce que donnait une créosote ayant toute l'apparence d'un produit sincère et qui avait été recueillie préalablement par distillation simple entre 200 et 210 degrés. Il s'était séparé un liquide mobile surnageant la créosote, à odeur d'esprit de hois, acide au tournesol, mélange de carbures, d acetones> d'alcool méthylique et même d'acide Pyroligneux. On juge l'utilité de cette opération.

5° Enfin, comme dernière purification, signalons l'élimination de l'acide phénique qui a pu être entraîné à la distillation et par conséquent retenu dans le mélange. Assurément il ne peut rester qu'une très faible quantité de ce corps quand on dispose de l'appareil à colonne dont nous venons de parler; mais il n'en va pas de môme quand on procède par simple distillation, les proportions d'acide phénique peuvent être notables, et d'après ce que l'on sait de la toxicité de ce corps, c'est avec raison qu'on se préoccupe de son élimination. Pour atteindre ce but, on met à profit les différences de solubilité de la créosote et de l'acide phénique dans l'eau glycérinée ; si l'on additionne de glycérine une créosote phéniquée, et qu'ensuite on ajoute de l'eau, la créosote se sépare tandis que l'acide phénique reste en dissolution. Il suffit alors de séparer les deux couches et de redistiller la créosote pour avoir enfin un produit qui peut être administré sans crainte d'accident.

En résumé, on voit qu'il faut des précautions nombreuses et délicates pour obtenir une créosote propre aux usages thérapeutiques, mais ces difficultés ne sont pas insurmontables.

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