ARTICLE IV
De la créosote dans les autres tuberculoses chirurgicales.
Le traitement créosoté intensif nous a donné des résultats remarquables dans plusieurs cas de tuberculoses chirurgicales ; dans d'autres, il a misérablement échoué; dans d'autres enfin, il n'a en rien modifié la lésion locale, mais a singulièrement remonté l'état général.
Quelles conclusions logiques faut-il tirer de ces divers résultats?
C'est qu'il faut toujours essayer d'abord le traitement créosoté, et la tâche sera d'autant plus facile que, chez ces malades à lésions limitées, le plus souvent apyré tiques, la tolérance est presque toujours parfaite.
On peut donc atteindre rapidement les hautes doses si l'on réussit, comme dans le cas du capitaine X... (Observ. 12); tout est pour le mieux, on évite aux malades des opérations quelquefois corn-
promettantes et souvent fort difficiles; si l'on •échoue au point de vue de la lésion locale, on n'a pas pour cela perdu son temps, car on a mis le malade en état de résistance et l'opération chirurgicale ultérieure a certainement plus de chances •de succès, car tout le monde avouera qu'il vaut mieux opérer un homme robuste, digérant bien, urinant bien, qu'un malingre sans appétit et sans ressort.
Le traitement créosoté est donc une bonne préparation à l'intervention chirurgicale, il doit être essayé dans tous les cas.
L'exemple le plus remarquable que nous ayons à •citer est celui de Lah.... Quand cet homme nous •est arrivé d'une prison centrale en septembre 1892, il était dans un état si lamentable, que nous ne songeâmes même pas à le confier aux soins des chirurgiens du Val-de-Grâce; il avait des ganglions suppurés du cou, des fistules anciennes, des gommes tuberculeuses de la peau sécrétant un pus sanieux, une arthrite suppurée du poignet gauche; une tumeur blanche du genou droit; une arthrite suppurée de l'articulation sterno-claviculaire droite telle que l'articulation était ouverte, et que l'on voyait très bien l'extrémité de la clavicule cariée.
C'est sans grande conviction que nous soumîmes ce malade au traitement créosoté, d'autant qu'au •début il y avait une grande intolérance; on ne pouvait pas lui injecter plus de 10 grammes d'huile au
1/15 sans provoquer de la fièvre, du refroidissement, etc. Nous le perdîmes de vue en octobre 1892, époque à laquelle il passa dans le service deM. Moty, professeur agrégé de chirurgie, et quel ne fut pas notre étonnement de le retrouver en avril 1895, dans le même service, singulièrement amélioré, ayant repris depuis un mois, sur le conseil de M. Moty, des injections eréosotées à doses non plus insignifiantes comme au début, mais à doses pleines de promesses, 15, 20 et 50 grammes par jour; il était en voie de grande amélioration, ses fistules étaient presque taries et M. Moty se demandait si le moment n'était pas venu de lui faire une résection du genou droit légitimée par l'arthrite suppurée du genou, et la rétraction douloureuse des muscles postérieurs de la cuisse.
Le mois suivant, l'amélioration de l'état général se maintint et le malade nous parut en état de supporter non pas la résection du genou, mais l'amputation de la cuisse, qui fut décidée d'un commun accord, entre M. Moty et nous.
L'opération fut donc pratiquée avec notre modeste concours à l'union du 1/5 supérieur et du 1/5 moyen et l'examen du membre enlevé nous démontra que cette importante mutilation avait eu sa raison d'être, car non seulement le genou était dans l'état que l'on devine après un si long temps de suppuration ; mais il y avait tout le long de la partie interne de la cuisse, jusqu'au niveau de l'incision, une fusée
purulente avec dégénérescence profonde desmuscles qui avaient l'aspect de la chair d'anguille.
Une fois le malade remis du choc opératoire, il eut un sommeil qu'il avait perdu depuis trois mois a cause des douleurs provoquées par la rétraction des muscles de sa cuisse, et, huit jours après l'opération, il reprit les injections d'huile créosotée, qu'il eut d'abord de la peine à supporter à la dose de 5 grammes; mais peu à peu la tolérance s'établit, les forces et l'appétit revinrent, la fièvre disparut. Trois mois après l'amputation, Lah... allait aussi bien que possible, sa plaie opératoire était cicatrisée, le moignon avait bon aspect, l'état général -était bon; les autres tuberculoses locales ne donnaient presque plus de pus. Bref, le malade, qui serait mort depuis longtemps, était en voie de guérison.
Nul doute que la créosote ne soit pour beaucoup dans cette amélioration. Elle fut, il est vrai, momentanée, car le malade devint phtisique par la suite et ne tardera pas à succomber aux progrès d'une tuberculose pulmonaire que nous avons vu débuter quatre mois après l'amputation de la cuisse.
Ce fait prouve une fois de plus qu'il faut savoir retarder les interventions chirurgicales, surtout quand on utilise le retard pour reconstituer le patient avec la créosote.
ARTICLE V Tuberculose testiculaire.
C'est surtout dans les tuberculoses génitales, si difficilement accessibles à l'intervention du chirurgien, que le traitement créosoté doit être employé.
Outre les trois malades atteints de tuberculose génitale dont l'observation résumée figure dans ce travail, nous avons eu à traiter une dizaine d'autres malades dont les observations n'ont pas été assez soigneusement recueillies; dans presquetousles cas, qu'il se soit agi d'orchites aiguës tuberculeuses (fièvre testiculaire de Morton), de tuberculose suppurée du testicule, de tuberculose de la prostate et des vésicules séminales, nous avons cru remarquer des améliorations notables par le fait du traitement créosoté. Tel est aussi l'avis du docteur Dubousquet qui traita avec nous un de ses malades.
En tout cas, comme la créosote ne peut jamais être nuisible, il y a toujours lieu de l'essayer.
Les lavements ne nous ont pas paru plus recommandables que les piqûres dans ces cas.
ARTICLE VI Tuberculoses cutanées.
Dans un cas de tuberculose ulcéreuse de la peau, nous avons obtenu un résultat des plus avantageux;
l'Ait LA CRÉOSOTE
mais dans un cas de lupus, le traitement a complètement échoué. Nous avons relaté cette dernière observation dans le cours de ce travail ; notre étude à ce sujet étant très incomplète, nous n'insistons pas davantage, puisque nous avons pris le parti de ne parler que de ce que nous avons vu ou fait
CHAPITKE IX