OBSERVATION XVIII
Tuberculose pulmonaire fibro-caséeuse unilatérale droite à forme congestive : caverne apexienne ; foyer pneumonique à la région moyenne. Tentalive de pneumothorar artificiel ; aucune compression par suite d'adhérences pleurales.
Marie V..., 16 ans, journalière, entre le 17 janvier 1911, dans le service de M. le docteur Lyonnet ; elle a de bons antécédents héréditaires ; elle-même tousse tous les hivers depuis l'âge de 10 ans.
Au mois d'avril 1910 survint une hémoptysie, qui se répéta au mois d'août ; à Ce moment, température très élevée (38°, 40°). Sanatorium et tuberculine sans grands résultats.
Le 17 janvier, a son entrée, la malade apparaît point trop amaigrie, plutôt floride, mais sa température est à 40° le soir. L'expectoration contient des bacilles peu nombreux, moniliformes. À l'examen, tandis que le poumon gauche £st partout normal, on trouve, à droite, de la matité et des vibrations exagérées sur toute la hauteur ; à l’auscultation, signes cavitaires au sommet ; dans la fosse sous-épineuse, souffle tubo-creux et râles sous-crépitants qui s'entendent jusqu'à la base. A la radiosccpie, tout ce côté droit est obscur. Tachycardie (130). Pouvoir agglutinant au 1/15 le 6 janvier.
Le 21 janvier on pratique une première injection de 800 cc. ; le 24 janvier, deuxième injection : 400 cc. ; le 28 janvier, 160 ce. Pas de signes de pneumothorax à la suite de ces injections, qui se font difficilement ; oscillations manométriques très faibles. La température baisse le soir de chaque injection et remonte ensuite à 40°.
Le 31 janvier, apparition, à gauche, de bruit de tempête sur toute la hauteur du poumon. On injecte avec beaucoup de difficulté 129 cc. Le 6 février, la malade paraît avoir beaucoup maigri et depuis quelques jours elle est très dyspnéique ; la fièvre atteint toujours 40° chaque scir. Les râles de bronchite persistent à droite.
Devant la généralisation probable du processus et l'exis-
RE
tence d'adhérences, on renonce au traitement. La malade sort le 7 février, et meurt le 12 février 1911.
EN RÉSUMÉ, chez celte malade qui paraissait réaliser toutes les indications de la cure, quatre injections ne produisirent aucune compression notable par suite d’adhérences. Aucun résultat thérapeutique appréciable ne put done être obtenu (cependant abaissement de la température le soir des injections). On interrompit le traitement devant l'extension du processus au côté gauche, extension qui amena rapidement la mort.
OBSERVATION XIX æ roncho-pneumonie tuberculeuse, à prédominance unilatérale droite ; fouer de râles sibilants à la base qauche. Hémoytysies initiales. Pneumothorax artificiel.
Antonine V., 14 ans, entre à la Charité dans le service de M. le professeur Collet, le 6 juin 1911.
Antécédents. — Père mort de tuberculose, mère bien portante, a eu trois autres enfants bien portants.
La malade n'a eu d'autres maladies antérieures que la rougeole à 3 ans ; elle n’a jamais toussé. Le 5 juin, en pleine santé apparente, elle eut cinq hémoptysies, de la valeur d'une demi-tasse chacune. Le 6, elle eut deux petites hémoptysies. À l'entrée, l'état général est en apparence très bon ; la malade n'est nullement amaigrie. La température est à 40° ce matin. Ni point de côté, ni dyspnée. A l'examen, rien d'ancrmal du côté gauche. Au poumon droit, au sommet, en arrière et dans la fosse sous-épineuse, matité, vibrations exagérées. Léger souffle surtout expiratoire, et râles crépitants fins : on retrouve ces mêmes signes en avant.
Rien d'anormal aux autres appareils.
Pendant le mois de juin, la température oscille d’abord entre 37°5 le matin et 39° le soir, puis entre 3805 et 3905.
Le 4 juillet. — La malade est toujours d'apparence floride, mais la température demeure à 3905. Appétit bon, un peu de
diarrhée. Les crachats contiennent de nombreux baciiles de Koch. Sur toute la hauteur du poumon droit, om entend une pluie de gros râles sous-crépitants, avee quelques râles bulleux et sibilants. A la base gauche, on perçoit aujourd'hui, pour la première fois, des sibilances. Le foie et la rate sont gros. Pculs à 140. On tente cependant un pneumothorax artificiel. Première injection : 400 cc; P=+4— L'aiguille s’obture à quatre ou cinq reprises ; l'injection est bien tolérée.
Le 5 juillet, les sibilances augmentent à la base gauche, cn injecte 1.000 ce P= + 14. Le 13 juillet : La fièvre oscille toujours autour de 39° ; à l'examen du poumon droit, on ne constate que de l’atténuation dans l'intensité des bruits. A la base gauche, gros sous-crépitants à timbre gargouillant. Troisième injection 700 ce P=+8. Le 18 juillet, le foyer de la base gauche s'étend. A la radioscopie, le poumon droit, très sombre, apparaît serti d’un espace clair.
Le 19 juillet, on injecte 650 cc P=+15, quelques douleurs dans.le côté.
Le 21 juillet — L'eppression augmente depuis quelques jours, la température est toujours à 39°. Le 20, oppression plus forte, cyanose, et mort le 21, à 1 heure du matin.
L’autopsie, le 22 juillet, révéla qu'il s'agissait d’une forme broncho-pneumonique tuberculeuse, prédominante à droite, avec poussée granulique à la base gauche; certaines lésions trouvées au sommet droit (gros tubercules et caverne à parois lisses), devaient être antérieures au début clinique signalé par la malade. Par suite d’adhérences nombreuses et anciennes, le pneumothorax fut très incomplet, et nullement compressif, 1l ne joua done probablement aucun rôle dans l’évolution du processus.