RÉSULTATS IMMÉDIATS
L'établissement d’un pneumothorax artificiel est presque, immédiatement suivi d’une modification des symp-
tômes généraux, des signes fonctionnels, des réactions humorales que présentait le malade.
Signes généraux. — La fièvre est d’une façon presque constante heureusement influencée. Tant que la compression n'est pas totale, la fièvre persiste, mais il n’est pas are de constater chez certains malades, le soir de chaque injection, une chute très remarquable de la température. Nos observations I et VIT sont particulièrement probantes à cet égard: chez ces malades, ce phénomène était absolument constant. Chez d'autres malades, au contraire, on constate une poussée thermique le soir de chaque injection.
Lorsque la compression est complète, la température tombe progressivement, et définitivement. Au bout d'une quinzaine de jours au plus, la température est et reste normale.
Les nouvelles poussées thermiques observées au cours du traitement sont dues soit à l’évolution des lésions du poumon suppléant, soit à l’apparition d’un épanchement. Dans le cas de lésions bilatérales, le malade reste souvent Subfébrile: Enfin, ces malades ont, comme tous les tuberculeux, de linstabilité thermique : un refroidissement (obs. IT), un surmenage (obs. VIIT) peuvent amener une élévation passagère de la température.
Le poids nous a paru être influencé de façon moins constante. Certains de nos malades, très améliorés à tous les autres points de vue, n’ont pas engraissé {cbs. VIE, IX) ou même ont maigri (obs. X): il s'agissait cependant de malades ayant perdu leur poids normal. Dans l’observation VIIF, nous avons observé cependant, chez une petite malade pesant 32 kilos, un engraissement de 41 kilos.
Fa —
Les sueurs nocturnes disparaissent; tous les malades sont très affirmatifs à ce point de vue.
Il nous faut signaler aussi une sensation de bien-être très accusée, et affirmée par tous les malades. Les forces reviennent, l'appétit est meilleur. Il s’agit là d’un symptôme subjectif, où doit certainement jouer un rôle Ja suggestion thérapeutique (considérable avee la méthode de Forlanini); nous avons vu eet optimisme persister chez des malades aggravés:; cependant, nombre d'auteurs insistent sur la constance de ce phénomène.
Les froubles digestifs sont également heureusement influencés d'ordinaire; on observe le retour de l’appétit, la disparition de la diarrhée. Une de nos malades (obs. I) a pourtant présenté des troubles gastriques persistants.
Signes fonclionnels. — La {oux est favorablement influencée par le pneumothorax; les quintes nocturnes et matinales s’espacent, puis disparaissent complètement chez les malades unilatéraux. Après les premières injections, on observe, d’une facon constante, une augmentation passagère de l’expecloration; la compression du poumon vide les cavernes et les bronches de leur contenu: chez plusieurs de nos malades, l’expectoration doublait où triplait; chez les cavitaires, ce phénomène est particulièrement sensible.
Cette augmentation de l’expectoration dure deux ou trois jours après chaque injection. Lorsque le poumon est totalement comprimé, l’expectoration diminue considérablement et finit, chez les malades unilatéraux, par disparaitre complètement. Nous avons pratiqué fréquemment chez tous ces malades l'examen bactériologique des crachats.
Dans deux cas (obs. IX ‘et VIII), nous avons observé la disparition complète des bacilles. Dans cinq cas, nous avons pratiqué des examens systématiques: nous voulions chercher si la compression pulmonaire n’entraînerait pas des variations morphologiques des bacilles, du même ordre que ces variations spontanées, dont. la constatation est si utile au diagnostic et au pronostic (Piéry et Mandoul). Nous n'avons pu saisir aucune modification sensible et constante dans la morphologie des bacilles, sous l'influence de la compression; généralement on trouve une formule mixte, homogènes courts et monififormes longs, mais les bacilles diminuent de nombre et tendent à disparaître, Il faudrait, pour conclure, suivre un certain nombre de cas strictement unilatéraux: cette dernière condition à manqué pour trois de nos observations.
Les hémoptysies ont la réputation d’être très favorablement influencées par le pneumothorax artificiel. La compression doit être à priori pour le poumon comme pour l’utérus, la meilleure des hémostases. Aussi, de nombreux auteurs croient le pneumothorax particulièrement indiqué dans les formes hémoptoïques. Cayley (1885), Heisler et Tomor le considèrent comme un moyen de traitement des bémoptysies graves: Kelly, comme un moyen d'hémostase des plaies pulmonaires. Deux de nos malades (obs. XIIL et XVI) ont cependant suecombé à des hémoptysies foudroyantes. Mais dans le premier cas, il s’agissoit d’un malade certainement décomprimé; chez le second, le pneumothorax, très incomplet, n’accolait certainement pas les parois de la grosse caverne où l'hémorrhagie s’est produite. Nous ne croyons donc pas que ces deux chservations contredisent l'opinion générale; notre obser-
vation X est d’ailleurs favorable.
pepe,
On pourarit croire que le pneumothorax artificiel provoque de la dyspnée; il n’en est rien. Non seulement la suppression fonctionnel d’un poumon n’aggrave pas l’oppression du malade, mais, dans certains cas, elle la diminue. Sans doute, les malades porteurs d’un pneumothorax artificiel sont plus ou moins des dyspnéiques d'effort, mais à l’état de repos, leur ventilation pulmonaire est normale et aucune action défavorable du pneumothorax sur leur nutrition générale n’est à redouter. C’est la conclusion qui résulte des expériences de Graziadei, Cavarello et Riva Rocci : ils étudièrent comparativement la ventilation pulmonaire chez cinquante et un sujets sains €t chez douze sujets à surface respiratoire réduite (pneumothorax artificiel, épanchement pleurétique, ete.). Leurs conclusions furent les suivantes
« Une réduction très notable de la surface respiratoire, même de 66 %, ne modifie pas sensiblement, dans lattitude de repos, ni la ventilation pulmonaire, ni le chimisme respiratoire: »
Saugmann et Heitmann, dans des travaux récents, sont amenés aux mêmes conclusions.
Réactions humorales. — Elles ont fait l’objet de recherches récentes. Les indications de l'indice opsonique, au cours de la cure, ont été étudiées par Pigger (Davos) et Carpi (Pavie). Pigger a observé cinq malades. Dans un cas, tuberculose était bilatérale, la mort survint au cours de la cure; l'indice opsonique, après une élévation passagère, fléchit. Dans les quatre autres cas, unilatéraux, l’élévation de l’indice opsonique ne fut que transtoire tant que le poumon ne fut qu'à demi comprimé. Quand la compression fut complète, l'indice opsonique, après une première
phase d’oscillations positives ou négatives, resta d’une façon permanente au-dessus de la normale, et subit encore un accroissement passager à chaque injection d'azote.
Carpi a observé quatre malades. Dans un cas, il n'y eut pas d’élévation appréciable de Findice opsonique. Dans trois autres, l’indice opsonique, « négatif » avant le début du traitement (0,60-0,76), devint nettement positif (1,2- 1,4) Cette élévation de l’indice est, pour ces deux auteurs, la conséquence du ralentissement de la circulation lymphatique, entraînant une moindre résorption des toxines : la défense de l'organisme, sa vaccination progressive seraient ainsi favorisées.
Une conclusion tout autre résulte des constatations récentes de M. le professeur P. Courmont, sur les variations du pourvoir agglutinant. »
Dans deux cas, il a observé une baisse de ce pouvoir agglutinant de 1 p 10 à 4 p 5 dans un cas, de 1 p 5 à 1 p 3 dans l’autre. Il est difficile de savoir si eette baisse baisse résulte de l’aggravation du malade, ou de l’intervention, bien que dans le second cas les examens furent faits avant et le lendemain d’une injection. Dans un troisième cas, où le taux était très élevé, 1 p 80, il n’y a pas eu de variations appréciables.
M. le professeur Courmont pense que le pneumothorax artificiel, en réalisant l'expression vasculaire. du poumon, accroit passagèrement la résorption rapide d’une grande quantité de produits. tuberculeux avant d’en amener la diminution par ralentissement de la circulation lymphatique- Cette résorption peut avoir une action défavorable sur les réactions humorales, les produits peuvent être anaphylactisants. Il sera prudent, chez les sujets à faible
pris
réaction humorale, de procéder très prudemment à la compression du poumon.