RÉSULTATS TARDIFS
En établissant un pneumothorax artificiel, on se propose comme but la cicatrisation des lésions pulmonaires. L'amélioration immédiate que l’on constate serait un résultat bien médiocre, si l’on retrouvait des lésions en activité lorsqu'on supprime le pneumothorax. Il n’en est rien: au sein du poumon comprimé, la guérison des lésions s'opère par le mécanisme babituel de Ja cicatrisation, par la production de tissu conjonctif.
Le pneumothorax artificiel provoque la guérison par le processus suivant (Forlanini) (1) : Dans un premier Stade, il y à arrêt de la formation du matériel anatomique primitif, qui, dans la suite, tombe en caséification, des exsusdats, des proliférations pneumoniques, des nodosités tuberculeuses; en même temps se produit une vigoureuse prolifération conjonctive, ou plutôt une augmentation de la sclérose normale au cours de la tuberculose, qui pénètre et envahit partout les foyers des lésions, les isole en une masse distincte en régression avancée, ou caséeuse. Enfin, dans une dernière période, celle ce la guérison, tout matériel primitif a disparu : une riche production cicatricielle à pris la place de l’ancienne solution de continuité.
(1) For lanini.— 5 Il preumo 01 ace € rtificiale guarisce la Tisi ‘ E In 14 . TÉL MN { 0 à
sl —
Tels sont les phénomènes qui se passent d’après Forlanini, dans un poumon collabé par un pneumothorax artificiel. La preuve incontestable en a été donnée par ües vérifications anatomiques.
Au cours d’une conférence faite en 1907 à l'Association Sanitaire milanaite, Forlanini a présenté des microphotographies de poumon cicatrisé par le pneumothorax artificiel; on y voit, au niveau des lésions anciennes, des amas de faisceaux conjonctifs compacts, d'âge, d'aspect el de consistance variables, irrégulièrement distribués et entrecroisés.
En aucun point, on ne peut trouver trace de tuberculose en activité. Pas le moindre résidu quelqu’il soit, nécrosé ou dégénéré. Pas de tubercules néoformés: A l’examen microscopique, on ne constate en aucun point de cellules géantes reconnaissables, ni de cellules épithélioïdes, ni d’amas lymphoïdes qui puissent être pris pour des nodules tuberculeux, les parois des vaisseaux et des bronches sont fortement augmentées d'épaisseur par néoformation conjonctive. Toutes les lésions destructives sont cicatrisées.
Graetz & fait trois autopsies de malades comprimés avant succombé à des complications : il arrive aux mêmes conclusions : arrêt du processus, encapsulement des foyers caséeux par du tissu conjonetif.
La forme pneumonique lui semble moins propice à la cure que la forme nodulaire. L’atélectasie du poumon favorisant la pénétration de corps étrangers dans les voies lympathiques, il y à 1à un danger : propagation de la tuberculose aux ganglions lymphatiques et à tout lorga-
nisme.
lie
Wamecke, à l'examen microscopique d’un poumon Comprimé par cinq mois de pneumothorax, trouve une intense prolifération conjonctive, une énorme dilatation des vaisseaux lymphatiques, une pigmentation intense par les granulations charbonneuses : ce qui plaide en faveur d’une stase lymphatique. L’épithélium alvéolaire était devenu, par endroits, cubique ou cylindrique (transformation trouvée par nombre d’anatomo-pathologistes, dans les formes fibreuses de la tuberculose)
Il y à enfin des autopsies de Drasche, signalées par Graetz et Warnecke, mais que nous n’avons pas retrouvées, de Lemke, de Saugmann et Begtrup Hansen. Thue a étudié un cas de pneumothorax spontané.
Mais ce ne sont pas seulement des preuves anatemiques, ce sont des preuves cliniques de cette cicatrisation pulmonaire que Pon réclame aujourd’hui. Après la décom pression, le poumon malade est-1l et surtout reste-t-il guéri; n'y a-t-il pas des récidives; le malade ne reste-t-il pas un fragile, dont la capacité de travail n’est pas totale ?
La méthode est malheureusement de date récente, et les statistiques de résultats éloignés rares encore. Deux auteurs cependant, Lucius Spengler et Forlanini, en ont donné.
Lucius Spengler exige pour ses « succès durables » les conditions suivantes :
1) Le pneumothorax doit être résorbé depuis au moins neuf mois;
2) Il n’existe aujourd’hui ni toux, ni fièvre, ni expecration. Si l’expectoration persiste, elle ne contiendra plus | de bacilles ;
3) Tous les malades ont repris leur ancienne capacité au travail.
Cinq cas remplissent ces conditions sur une statistique totale de 102 observations, publiées en 1914 (dont il faut
exclure pour juger sainement les observations de 1909 et 1910.)
Sans nous donner de statistique d'ensemble, Forianini nous donne également d’intéressants résultats éloignés (1).
Que la guérison survienne réellement, et réellement suivant le mode sus-indiqué, cela résulte aussi de mes observations cliniques.
Dans mon expérience récente encore du traitement par le pneumothorax appliqué avec une certaine largesse, je compte un certain nombre de cas dans lesquels la guérison clinique, dans tout: son intégrité, date de plusieurs années, sans interruption et peut, par conséquent, être considérée comme une guérison anatomique. Dans un cas, la guérison dura huit ans, quand elle fut interrompue par une tuberculose de l'autre po:mon, qui fut guérie avec succès par un deuxième pneumothorax.
Dans un deuxième cas, la guérison date de plus de six ans, 11 malade se maria, eut une grossesse, allaita, tout en exerçant un métier très pénible. Dans deux autres cas, la guérison date de cinq ans ; l’un de ces deux cas est une maîtresse d'école publique, elle a repris ses fonctions et les remplit sans difficulté. — Dans deux autres cas, la guérison date de deux et de trois ans.
Thue, sur dix cas, a eu trois cas où les malades ont pu reprendre leur travail.
Saugmann et Bergrup Hansen ont 33 cas où le traitement a plus de huit mois d'existence: de ces 33 cas, il faut déduire six cas où la cure fut entravée par les adhérences,
(1) Forlanini.— Il pneumotorace artificiale guarisce la Tisi ? Ed in qual modo ? (Riforma medica, anno NAVII, num, 1,)
deux cas où les lésions, bilatérales, s’aggravèrent rapidement, À cas où l’on fit un pneumothorax diagnostic (1).
Sur les 24 malades restant, 8 ont quitté l’hôpital très améliorés, mais un seul est décomprimé et considéré comme cliniquement guéri.
Nos observations françaises sont encore pour la plupart récentes. Cependant, M. le professeur P. Courmont à récemment présenté, au nom de M. Dumarest, une malade (ramollissement et petite caverne) qui, après un an de compression, présente une guérison clinique complète.
Une autre question que soulève la discussion des résultats éloignés est la suivante : quelle est la valeur fonctionnelle du poumon guéri ?
Deux circonstances, en effet, peuvent modifier la fonction pulmonaine, dit Forlanini : d’une part, la réduction de la surface respiratoire par la masse cicatricielle et les adhérences pleurales; d'autre part — pure hypothèse —— une modification de la structure pulmonaire par une compression prolongée.
En général, cette réduction doit être assez faible, et Forlanini à osé tenter un pneumothorax « successivement bilatéral ». Dans ces deux cas, un poumon, guéri par un pre-
(1) Il s'agissait d’un malade où l’on hésitait à faire le diagnostic de lésions bilatérales, car on croyait à une transmission des râles, du poumon le plus atteint au côté opposé. On comprima donc le poumon le pius malade : les râles persistérent du côté suppléant et on arrèêta les injections,
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mier pneumothorax, a seul assuré pendant de longs mois la fonction respiratoire.
Forlanini a étudié dans ces deux cas la capacité vitale pulmonaire, la pression négative et positive de l’inspiration et de l'expiration soutenue, la ventilation pulmonaire et Sa fréquence, le chimisme respiratoire. Dans le premier cas, la surface respiratoire était réduite de moitié seulement, loin certainement des 66 °4 indiqués comme limite par Riva Roccei. Toutes les données furent trouvées normales au repos; nous n'avons pas de renseignements sur le résultat final de la cure. Dans le second cas, au contraire, la surface respiratoire était réduite au 1/5°, dépassant les limites normales; capacité vitale pulmonaire de 600 ce seulement; la malade présenta une dyspnée considérable; respiration fréquente et superficielle, chimisme respiratoire inférieur à la normale, entraînant un grave état de cachexie; phénomènes aggravés par l’altitude et que Forlanini pensa un moment soulager par la chambre de compression. Mort en janvier 1911 par broncho-pneumonie grippale.
Quelle durée faut-il donner à la cure ? Il ne faut pas se presser pour la réexpansion du poumon guéri. « Mieux vaut comprimer un an de plus qu’un mois de moins », dit Saugmann; le poumon, en reprenant son expansion, peut contracter des adhérences et empêcher une nouvelle compression en cas de récidive. Un an doit être considéré comme un minimum. Forlanini a même proposé le pneumothorax indéfini. La réexpansion du poumon guéri s’aceompagne de phénomènes stéthoscopiques : râles crépitants, respiration bronchique qui, pour Forlanini, aurait un timbre particulier,
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